Sur la route

Lettres de Mère Bruyère

Lettres écrites en 1847

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À la Très Honorée Mère McMullen, Supérieure des Sœurs de la Charité, Hôpital Général, à Montréal

Hôpital Général de Bytown, le 26 avril 1847

Ma très chère Mère,

Nous sommes sorties de retraite bien contentes, avec l'espérance de mieux faire... Sr Rodriguez n'a pas encore fait la sienne parce qu'elle est malade; si elle se trouve capable, elle entrera en retraite avec mes Srs Curran, Normant et Dubé, ces deux dernières prennent l'habit avec Sr Curran.

Sœur Assistante n'est plus à la salle des hommes, elle est première visitatrice des malades et des pauvres avec Sr Xavier, cette dernière a aussi le réfectoire et la lingerie. Sr Pigeon est à la salle des orphelines et Sr Dubé à la salle des hommes, Sr Rivet va descendre du noviciat ces jours-ci, nous allons donc commencer à former une petite Communauté; jusqu'ici j'étais seule.

L'hôpital des émigrés va se bâtir sur notre terrain, nous irons deux Sœurs les soigner. On nous donne 12/6 par semaine pour chaque malade; les remèdes, le vin et les fruits et les frais de l'enterrement payés à part. Notre Père a reçu cette semaine la réponse à sa pétition de l'été dernier à l'Ordonnance, il paraît bien que nous allons avoir le terrain demandé, c'est-à-dire sept lots doubles.

Il nous est impossible de nous procurer ici des christs et des anneaux pour les Sœurs qui feront profession cette année. Je vous prie de faire faire un christ et un anneau pour Sr Hagan et Sr St-Pierre, cette dernière donne de solides espérances; je pense qu'elle fera profession avec Sr Hagan. Pour l'anneau de Sr St-Pierre, je vous enverrai l'anneau de Sr Rodriguez, qui lui va bien, par M. Curran et Sr Hagan le rapportera.  J'aimerais bien que Sr Hagan ignorât que vous lui faites faire un christ, etc. Je vous prie de m'envoyer son compte à part pour le faire payer par ses parents; veuillez lui donner une robe et un jupon de bon camelot, des petites manches, deux dominos et 6 coiffes noires, une grande coiffe.

Nous prions pour toutes nos chères Sœurs et en particulier pour notre bonne Mère.  Nos profonds respects à notre cher Père Larré, nous l'attendons après les retraites avec notre bon Père Supérieur.  Vous êtes attendue vous aussi, notre bonne Mère, aussitôt qu'il y aura un Évêque, et avant ce temps s'il retarde trop. J'ai pris en note tout ce qu'il ne nous est pas possible d'observer de notre règlement à cause des circonstances présentes. Je ne vous les envoie pas parce que vous arrangerez bien mieux cela ici, sur les lieux qu'à Montréal.

Je suis sur ma dernière année, Dieu merci; j'aurai le bonheur avec la grâce de notre bon Maître, de céder le gouvernement à une autre qui fera mieux que moi j'espère: je réprime la joie que j'ai de penser à cela parce que je puis bien mourir cet été et à chaque instant, cela m'arrête et me force d'attendre avec indifférence le moment qui me délivrera de mes chaînes.

Adieu bonne Mère, je vous baise bien fort et toutes nos Sœurs aussi. Mon fondateur McNulty est venu la semaine dernière pour savoir si vous aviez écrit à M. Marcoux. Voulez-vous nous envoyer des oignons de Lis et de Tulipes par Mr Curran et d'autres plantes si vous voulez, tel que Lilas, Acacias, Saule, boules de neige etc. etc.

Votre toute dévouée et respectueuse fille,
Sr É. Bruyère

Voulez-vous faire porter à quelqu'une de nos Sœurs les anneaux que vous ferez faire afin que s'ils noircissent vous puissiez les faire refaire.

Votre enfant,         
É. B.
main d'Élisabeth qui écrit

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