Sœur Pauline Boisvert
Sœur Saint-Jean-Baptiste
retournée à la Maison du Père le 24 juillet 2009
à l'âge de 83 ans
et 64 ans de vie religieuse
+2370
1869
Avec Toi, Seigneur, jusqu’au bout!
Quatre mots peuvent définir Soeur Pauline: Femme de foi, femme de décision, femme de service, femme au grand coeur. Ces caractéristiques, elle les a développées d’abord dans sa vie familiale.
Née le 18 juin 1926, à Saint-Marc de Shawinigan, Québec, Pauline est une enfant frêle. Dès les premières heures qui suivent son arrivée dans le monde, il lui faut entreprendre la lutte pour la survie; son certificat de baptême en fait foi: « Nous avons suppléé aux cérémonies du baptême de Marie, Cécile, Pauline, ondoyée à domicile par le docteur Justin Trudel. »
Les parents, Alphonsine Déry et Émile Boisvert, ont reçu du Maître de la vie trois enfants: Pauline, Mariette et Jean-Paul. Dans cette famille profondément chrétienne, très engagée dans l’Église, Pauline voit son père s'occuper d'oeuvres religieuses et sociales. Pendant vingt-cinq ans, il fait du porte à porte en faveur de l'Oeuvre du Petit Prêtre dont il est le responsable régional. Elle voit aussi le bon coeur de sa mère s’ouvrir à toute personne qui a besoin d’aide. À l'exemple de son père, Pauline devient membre du premier trio de la J.E.C., en 1940, à l'Académie Saint-Marc. Elle le demeurera jusqu'à son entrée chez les Soeurs de la Charité d'Ottawa, en août 1943.
Au postulat, le face à face de la vie communautaire est sa pierre d'achoppement. Au cours de la journée, quand elle éprouve de vifs désirs d'être seule, elle se retire à la chapelle ou au dortoir. Là, elle ferme les rideaux de sa cellule et adresse cette demande au Seigneur: « Pourquoi est-ce si difficile de toujours avoir quelqu'une en face de moi? » À force de bonne volonté et de persévérance, elle parvient à surmonter cet obstacle. Soucieuse de faire en tout la volonté du Père, elle demeure attentive à sa voix, prête à le suivre jusqu’au bout. Dans la confiance et la paix, elle fait profession le 16 juillet 1945, sous le nom de Soeur Saint-Jean-Baptiste.
Comme première obédience, Soeur Pauline vit au couvent Saint-Michel de Fort-Coulonge; elle y enseigne aux jeunes de 1re année, garçons et filles, en anglais et en français. La tâche n’est pas facile pour une jeune de Shawinigan qui ne connaît pas trop l’anglais. A-t-elle trouvé la tâche trop exigeante, a-t-on alors douté de ses capacités, on l’ignore; mais on sait qu’elle en a parlé à sa Supérieure et qu’une parole de cette dernière l’a marquée pour la vie; la voici: « Si vous n’étiez pas digne de la part des hommes, vous l’étiez de la part de Dieu. Allez, bon courage! » Cette phrase lui donne un élan et, dans maintes circonstances, les mots « vous étiez digne de la part de Dieu » l’aident à rester debout, à aller de l’avant.
Au cours de sa vie, l'obéissance l'a appelée à vivre la mission éducative en plusieurs milieux: Hull, Saint-François-du-Lac, Maniwaki, Ayersville, Shawinigan et Rouyn-Noranda. Tout en enseignant, elle étudie. Après 22 ans d'enseignement, à sa grande joie, on lui offre deux années d'étude à l'Université de Sherbrooke. Elle termine son Brevet A et un baccalauréat en pédagogie; elle devient détentrice d'une licence en lettres avec options: anglais et histoire. À partir de ce moment, elle enseigne au secondaire l'anglais et l'histoire, à Notre-Dame-du-Nord et au Séminaire de Rouyn-Noranda.
Le Seigneur l'appelle un jour plus au nord de la Province de Québec: elle devient directrice de l'École Sainte-Thérèse-de-l'Enfant-Jésus à Fort-Georges, Baie James. Ce fut une étape de sa vie qu’elle a beaucoup aimée. Elle répétait souvent que, sans ces cinq années à la Baie James, sa vie aurait été privée de beaucoup d'expériences enrichissantes.
Après la fermeture de la Mission de Fort-Georges, Soeur Pauline complète sa carrière d'enseignement au Collège Saint-Joseph de Hull où, pendant sept ans, elle remplit la fonction de directrice des élèves. Sévère, mais juste et capable d’humour, elle est très aimée des élèves qui se sentent toujours à l’aise pour lui parler dans son bureau. Pour des raisons de santé, elle quitte l’enseignement en 1987, après avoir compté 42 ans dans les écoles dont 19 comme directrice.
Puis on la retrouve au couvent Notre-Dame-de-la-Merci d’Aylmer, responsable de la cuisine, du personnel, de l'élaboration des menus et de l'achat des denrées. Après deux ans, les autorités lui confient la responsabilité de supérieure à la Résidence Saint-Pierre, Rouyn-Noranda. Même avec beaucoup de talents, elle trouve que le supériorat n’est pas son fort. Comme partout où elle a oeuvré, elle essaie de faire de son mieux, mais elle sent que « ça n'accroche pas » et se dit: « Si, moi, je ne suis pas heureuse dans ce service, il m'est impossible de rendre les autres heureuses. » En toute honnêteté, elle donne sa démission à la fin de sacinquième année. Une année sabbatique lui est accordée. Elle la passera à Ville-Marie.
De l’avis de ses compagnes, Soeur Pauline avait un grand sens de la justice, et demeurait attentive aux moins favorisés. Elle a été gratifiée de mille et un dons qu'elle ne craignait pas de mettre au service de ses Soeurs: elle se faisait tour à tour couturière, cuisinière, infirmière et dépanneuse dans la réparation de menus objets qui avaient cédé à l’usure, sous le poids du temps.
Soeur Pauline a appris jeune à se prendre en mains; forte de la prière et d’une foi inébranlable en la présence de Dieu, elle sait prendre les bonnes décisions. Douée d’un caractère fort, et souvent entier, elle n’est pas femme à faire semblant. Sa pensée, nous la connaissions, et parfois de façon très directe. Elle avoue que toute sa vie elle a essayé d’adoucir son timbre de voix trop autoritaire.
Femme d’action, Soeur Pauline est aussi femme de prière. Une grande dévotion à Marie l’habite. Pendant des années, lors de sa visite annuelle chez les siens, qui lui sont très chers et avec qui elle se sent si bien, elle accompagne une consoeur au sanctuaire de Cap‑de-la-Madeleine et passe de belles heures près de Marie. Là, elle aime prier dans une paix insoupçonnée. Souvent, Soeur Pauline ressent le besoin de se ressourcer dans des retraites de solitude; elle vit même un 15 jours de silence chez les Servantes de Jésus-Marie. Grande priante, elle demeure secrète sur sa vie spirituelle. Dans ses notes, elle lève parfois un coin du voile: « Alors que je passais une période plutôt orageuse, j’ai reçu le volume Les Chemins du Silence de Michel Hubaut. J’ai médité le chapitre 20: « Venez vous-même à l’écart dans le désert. » Je fus émerveillée de la tendresse de Dieu envers le prophète Élie. Plus je creusais le texte, plus je me sentais pressée de me relever, de prendre mon élan, et, consciente de la présence de Dieu qui m’habite, je me sentais poussée à communier à cette présence dans les autres par des gestes concrets et un accueil fraternel. Ce fut mon premier pas dans l’évangélisation avec tendresse. » Si ce fut son premier pas, il fut suivi d’une multitude d’autres inscrits au livre de l’Amour.
À la suite d’une année sabbatique vécue à Ville-Marie, dans la prière, la réflexion et le repos, Soeur Pauline revient à Aylmer. Responsable de la réception, elle s'occupe de la coupe des cheveux et de l'entretien des pieds. Ses forces diminuant, elle exprime le désir de venir à la Maison mère, où elle rendra service dans le domaine de la réception avant d’aller vivre à notre unité des soins du 4e; l’évolution de sa maladie l’achemine à la communauté Bon-Pasteur au couvent Mont-Saint-Joseph. Reconnaissante des bons soins dont elle bénéficie, Soeur Pauline ne se plaint jamais. Elle semble même abandonnée à sa souffrance. Toujours contente de recevoir des compagnes, elle les accueille avec un large sourire révélateur de sa gratitude et de son amitié. C’est au cœur de cette solitude graciée que le Seigneur est venu frapper à sa porte, un matin, à l’improviste. Préparée depuis longtemps à répondre à cet appel, Sœur Pauline nous a quittées rapidement, toute prête à prononcer les derniers mots de son pèlerinage terrestre : « Avec Toi, Seigneur, éternellement! »
