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Soeur Saint-Pierre

SOEUR M.  A. JOSEPHINE JONES
de
SOEUR SAINT-PIERRE

22 octobre 1881

Sœur Marie-Anne-Joséphine Jones naquit dans le comté Cavan, Irlande, de parents protestants qu'elle perdit encore jeune. Elle fut alors adoptée par l'un de ses oncles qui l'amena avec lui en Amérique. Il formait le dessein de s'établir aux États-Unis.

L'enfant tomba malade durant la traversée en sorte qu'en arrivant au Canada, l'oncle la plaça en pension dans une famille protestante de Montréal. La maladie s'étant déclarée contagieuse, ces personnes, qui craignaient pour leurs propres enfants, envoyèrent la jeune Maria à l'Hôtel-Dieu où les soins des bonnes religieuses la ramenèrent à la santé.

Ce fut dans cette institution qu'elle eut l'inspiration de se faire catholique et, en effet, après une préparation suffisante, elle reçut le baptême. Peu après, son oncle revint en Canada pour la reprendre avec lui, mais voyant que sa nièce avait renoncé au protestantisme et qu'elle tenait fortement aux croyances catholiques, il l'abandonna. La jeune Maria fut alors internée chez nos Sœurs Grises de Montréal, parmi les orphelines. Plus tard elle entra au noviciat des Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame, mais sa faible santé ne lui permettant pas d'y persévérer, elle retourna à l'orphelinat des Sœurs Grises.

Lors de la fondation de notre communauté à Ottawa, alors Bytown, en février 1845, Maria Jones, âgée de 26 ans, accompagna Mère Bruyère au nouvel établissement. Elle entra au noviciat le 10 mars suivant et elle eut le bonheur de prononcer ses vœux le 29 juin 1847. On lui donna le nom de Saint-Pierre, qui était celui du patron du Père Telmon, O. M. I., fondateur de la mission d'Ottawa.

Toute la carrière religieuse de notre bien-aimée et regrettée Sœur Saint-Pierre peut se résumer dans les mots suivants: esprit de sacrifice héroïque, dévouement sans bornes à notre congrégation, obéissance à toute épreuve, charité pour les pauvres et les abandonnés. Toujours employée dans les charges les plus importantes, notre chère sœur y montra une grande prudence, un jugement rare et un véritable esprit religieux.

Les Supérieures qui connaissaient le mérite et les très fortes aptitudes de celle qu'on appelait toujours à bon droit la Mère Saint-Pierre, et qui comptaient sur sa parfaite soumission, n'hésitèrent jamais à lui confier les missions les plus difficiles, et l'on sait que quelques-unes de nos maisons doivent leur survivance à ses travaux et à ses sueurs. Malgré l'extrême délicatesse de sa santé, elle ne s'épargna jamais ni peines, ni fatigues pour l'avancement de l'œuvre qui lui était confiée, et, comme une vraie fille de notre Mère la Congrégation, elle chérissait toutes ses œuvres également.

La première mission où la Mère Saint-Pierre exerça son zèle fut celle de Saint-André, dans le diocèse de Kingston, et elle sut alors gagner l'estime de tous ceux à qui elle eut affaire. En 1857, elle fonda notre mission de Buffalo, notre première aux États-Unis, et les sœurs y prirent charge de l'école paroissiale. Cette mission avait été offerte aux Sœurs Grises de Bytown par Monseigneur Timon, évêque de Buffalo, à la demande du Père Chevalier, curé de la paroisse des Saints-Anges de cette ville. Les compagnes de la chère Mère Saint-Pierre peuvent dire ce qu'elle a eu à souffrir de privations et de contrariétés dans les six ou sept ans qu'elle passa dans cette maison.

Placée ensuite successivement à la tête de nos missions de Plattsburg et d'Ogdensburg, elle y déploya toujours le même zèle et ses efforts furent toujours couronnés de succès. Renommée supérieure du couvent de Buffalo en 1874, notre chère Sœur Saint-­Pierre reprit avec un nouveau courage la direction de cette importante académie. Ce fut pendant son second triennat que nos sœurs de Buffalo furent si cruellement éprouvées par l'incendie de cette maison qui avait coûté tant de labeurs et de sacrifices. Mais cette catastrophe ne pouvait déconcerter une âme trempée comme celle de la Mère Saint-Pierre, accoutumée aux épreuves de tout genre et toujours prête, comme la Vénérable Mère d'Youville, à dire le Te Deum sur des ruines fumantes. Aussi se remit-elle sans retard au travail de la reconstruction avec sa confiance invincible en la Providence qui vint à elle par des secours nombreux. En peu de mois, nos sœurs et leurs élèves étaient de nouveau réunies sous le toit des Saints-Anges, devenu si florissant, grâce sans doute, à la protection de sa fondatrice.

Rappelée de Buffalo en 1879, la Mère Saint-Pierre devint supérieure de la maison de Buckingham, puis de celle d'Aylmer, et celle-ci fut le dernier théâtre de sa féconde activité.

Sa santé s'affaiblissait sensiblement, quoique son énergie la fît lutter vaillamment contre le mal dont elle souffrait. Au commencement de septembre 1881, une violente hémorragie causa de vives alarmes à ses sœurs; en vain essaya-t-elle de résister encore, cette fois elle dut céder à la nature. Aussitôt que cette nouvelle arriva à notre bonne Mère Phelan, elle partit pour Aylmer et ramena notre chère malade à la maison mère: c'était la dernière étape avant le ciel. Le lendemain, Mère Saint-Pierre eut une faiblesse et l'on crut prudent de lui faire administrer les derniers sacrements qu'elle reçut par le ministère du Père Gaudet, chapelain.

Notre chère ancienne vécut encore plusieurs semaines pendant lesquelles on ne put trop admirer ses humbles, mais constantes vertus; jamais une plainte ne sortait de sa bouche, et, loin d'être devenue exigeante par la maladie, elle ne songeait même pas à demander quoi que ce fut. Parfaitement résignée à la volonté de Dieu, elle était prête à se remettre au travail s'il lui plaisait de rendre la santé à sa petite servante, comme aussi, elle était contente de mourir si le Seigneur le voulait ainsi. Elle ne témoignait aucune crainte, se confiant en la miséricorde du Sacré-Cœur dont l'amour l'avait toujours animée en toutes ses œuvres.

Dans une visite qu'il lui fit, un prêtre lui adressait quelques paroles d'encouragement propres à son état de souffrances et il lui dit entre autres choses: "Ma sœur, vous faites là votre purgatoire. -Oh! mon Père, répondit-elle, qu'ai-je fait autre chose dans ma vie que mon purgatoire?" Et elle avait raison. Les croix de toute espèce que cette digne mère avait eu à porter ne l'avaient-elles pas purifiée tout en lui préparant d'inénarrables délices au paradis?

Le 22 octobre, les signes avant-coureurs d'une fin prochaine s'étant manifestés, notre malade reçut le saint Viatique et l'indulgence plénière accordée par l'Église à l'heure de la mort; elle avait sa pleine connaissance et faisait des efforts pour répondre aux prières et faire le signe de la croix.  À huit heures et demie du soir, de violentes douleurs d'estomac l'ayant encore saisie, elle y succomba, et rendit à Dieu sa belle âme enrichie de mérites nombreux.

Mère Saint-Pierre était âgée de 63 ans et 1 mois, et elle avait passé en religion 36 ans et 8 mois.

Elle n'est plus, mais son souvenir vivra longtemps parmi nous.  Puisse son exemple nous animer dans l'esprit de sacrifice, de renoncement, et de soumission à l'autorité qui l'ont transfigurée à nos yeux pendant sa vie, et qui lui attirent notre vénération.

R. I. P.

Tiré de : "Nécrologies des Soeur Grises de la Croix", Tome 1, 1850 à 1909, Maison mère, Ottawa, 1932, p. 131 - 133

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