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Soeur Éléonore Thibodeau

SOEUR ÉLÉONORE THIBODEAU
L'UNE DES FONDATRICES DE NOTRE CONGRÉGATION

10 mars 1883

Si l'esprit donné de Dieu à chaque institut est le plus riche héritage que ce dernier puisse posséder sur la terre, rien ne contribue davantage à l'y conserver que le souvenir des vertus que cet esprit a fait éclater dans celles qui l'ont puisé à sa source.

Pénétrées de cette vérité et sous l'impression d'une affection et d'une reconnaissance bien méritées, nous traçons ici une esquisse fort imparfaite, hélas! de la vie de la plus ancienne parmi les fondatrices de notre maison d'Ottawa, de celle qui, sans contredit, a exercé la plus grande influence sur nos œuvres extérieures de charité.

Le souvenir de notre bien-aimée Sœur Thibodeau, si intimement lié avec celui de notre à jamais regrettée Mère Bruyère, restera toujours vivant dans le cœur de celles qui ont eu le bonheur de la connaître; mais ce souvenir pourrait s'éteindre à mesure que les contemporaines disparaîtront. C'est pourquoi nous voulons lui dédier ces humbles pages pour l'édification de celles qui viendront après nous. Les exemples qu'elle a laissés seront pour toutes un aiguillon et un puissant encouragement à marcher comme elle dans les sentiers du dévouement, de la charité, de la confiance en la divine Providence.

Éléonore Thibodeau naquit à Pointe-Claire, dans la province de Québec, le 15 novembre 1811, et elle fut baptisée le lendemain. Dès le bas âge, elle fut formée à la vertu par ses parents très recommandables par leur foi et leur piété. Le bon Dieu l'avait douée des qualités propres à la vocation qu'il lui destinait, car Éléonore possédait une grande âme, un cœur noble et généreux. Âgée seulement de seize ans, elle se sentit portée à embrasser une vie de dévouement envers l'humanité souffrante, et elle répondit à l'attrait de la grâce en demandant l'entrée au noviciat de nos Sœurs Grises de Montréal où elle fut admise le 25 juillet 1828.

La ferveur avec laquelle la jeune postulante se mit à l'œuvre pour se former aux devoirs d'une religieuse et d'une véritable Sœur de Charité lui mérita la faveur de prononcer ses vœux le 29 juillet 1830.   Heureuse d'être devenue l’épouse de Jésus et d'être enfin consacrée au service des pauvres et des malheureux, Sœur Thibodeau comprit mieux que jamais la sublimité de sa vocation et elle s'appliqua à s'en rendre de plus en plus digne. Désormais, elle soulagera son divin Époux dans ses membres souffrants et affligés, œuvre si chère au cœur de toute fille de la Vénérable Mère d'Youville.

Pendant quinze ans, Sœur Thibodeau fut employée à la pharmacie et c'était pour elle un besoin comme un bonheur d'apporter du soulagement aux souffrances de ses sœurs aussi bien que des malades du dehors qui venaient réclamer ses bons offices. Quand nos sœurs de Montréal entreprirent la visite des malades à domicile, au commencement de 1844, Sœur Thibodeau fut l'une des premières employées à cette œuvre qui devait produire tant de bien.

Déjà la population de Montréal ressentait les effets de la bienveillance et de la tendre charité avec lesquelles Sœur Thibodeau se prêtait à secourir les malheureux, lorsque la divine Providence fit un nouvel appel à son esprit de sacrifice et de dévouement.

À la demande de Monseigneur Phelan, évêque de Kingston, la Communauté des Sœurs Grises de Montréal avait accepté la fondation d'une mission à Ottawa, alors Bytown, et Sœur Thibodeau fut choisie pour être l'une des pierres d'assise de l'œuvre. Malgré le sacrifice qu'elle devait faire en se séparant d'une mère et de sœurs tant aimées et vénérées, malgré les difficultés de tout genre qu'il était facile de prévoir dans cette entreprise, notre chère sœur ne recula point et consentit à une immolation encore plus complète.

Choisie pour l'Hôpital de Bytown, le 27 novembre 1844, elle accepta cette obédience le 4 décembre, et le même jour, elle fut nommée assistante de Mère Bruyère, supérieure de la nouvelle maison. Ce fut le 18 février 1845, qu'avec Mère Bruyère pour supérieure, et les Sœurs Charlebois et Howard pour compagnes, elle quitta le foyer béni qui l'avait vue naître à la vie religieuse et croître dans l'acquisition des vertus de son état.

Dès les premiers jours après leur arrivée à Ottawa, nos quatre fondatrices, sous la direction du Père Telmon, O. M. I., commencèrent les œuvres que nous avons, depuis ce moment, exercées dans cette ville: la tenue d'un hôpital, la visite des pauvres et des malades à domicile et l'éducation des enfants. Les débuts furent très pénibles, mais ni peines, ni fatigues, ni difficultés ne purent ébranler le courage de nos mères, et la divine Providence bénit les sacrifices nombreux et journaliers qu'elles s'imposèrent.

Lorsque l'institution fut bien établie, il fut offert aux fondatrices de retourner à la maison mère de Montréal, ce que firent les Sœurs Charlebois et Howard. Notre vénérée Mère Bruyère et Sœur Thibodeau, refoulant dans leur cœur leurs plus légitimes affections religieuses, restèrent au poste pour continuer la grande mission qu'elles avaient inaugurée.

Notre bonne Sœur Thibodeau avait eu le bonheur de connaître quelques anciennes religieuses qui avaient puisé elles-mêmes auprès des premières fondatrices des Sœurs Grises de Montréal le véritable esprit de la communauté, celui qui nous a été légué par la Vénérable Mère d'Youville, esprit de charité, de simplicité, d'humilité et de dévouement à toutes les œuvres de miséricorde spirituelles et corporelles. Aussi, se rappelant les bons exemples qu'elle avait reçus, et naturellement inclinée vers la reine des vertus, la charité, Sœur Thibodeau remplissait le rôle de médecin et d'apôtre au milieu de la population de Bytown. Le zèle, et l'on pourrait dire, l'héroïsme de notre bien-aimée sœur lui valurent l'estime et la reconnaissance de tous.

Cette ville, comme toutes les agglomérations nouvelles de population, n'était guère organisée et n'eut pendant longtemps que peu de médecins. Sœur Thibodeau, qui avait fait une étude spéciale de l'art des saints Côme et Damien, voulut satisfaire au besoin qui se faisait sentir et se mit à donner des soins médicaux. De toutes parts, on venait requérir ses services et elle les rendait avec une habileté et une obligeance admirables. Il serait impossible de dire combien elle a ainsi soulagé de familles pauvres qui n'avaient pas les moyens de payer le docteur; elle leur apportait aussi avec empressement les aumônes qu'elle avait quêtées pour elles chez des personnes charitables: cœur sensible et compatissant, courage intrépide capable de tout braver pour secourir les misérables.

Pendant la terrible épidémie de 1847, nos chères sœurs se portèrent, au péril de leur vie, à soigner les malades atteints de typhus, et, à leur tête, se trouva toujours notre brave Sœur Thibodeau; son étonnante charité en cette occasion n'a jamais été oubliée.

Mais elle remplit une mission plus extraordinaire encore. La ville de Bytown, qui grandissait si vite, recevait beaucoup de gens tout à fait démoralisés. Sœur Thibodeau en entreprit la réforme et fit une croisade en règle contre le vice. Elle visitait les familles où se commettaient quelques désordres, les réprimandait et ne cessait de les rappeler au devoir tant qu'il n'y avait pas un changement complet; elle ne s'occupait nullement du mauvais accueil qu’on lui faisait souvent, ni des injures qu'on lui prodiguait. N’étant pas facile à intimider, elle ne reculait devant aucune menace; c'était la femme forte par excellence, et pendant plusieurs années, elle a joué dans Bytown le rôle de pacificatrice. À cette époque, les batailles occasionnées par l'ivrognerie, par les préjugés nationaux ou religieux, étaient d'occurrence journalière. Quand Sœur Thibodeau en avait connaissance, elle se rendait sur les lieux immédiatement; sa vue seule en imposait tellement, qu'aussitôt les querelleurs se séparaient et, grâce au don de persuasion qu'elle possédait, elle rétablissait l'ordre. On l'a vue s'interposer dans des rixes où les hommes les plus hardis n'osaient intervenir, et cependant, jamais personne ne se permit de porter sur elle une main sacrilège. On lui obéissait comme à une mère.

Vingt ans après l'arrivée de nos sœurs à Ottawa, c'est-à-dire en 1865, Sœur Thibodeau, de plus en plus animée d'un saint dévouement pour les malheureux, voulut élever un asile spécial pour les orphelins. Toute préoccupée de cette entreprise, et brûlant du désir de la voir s'exécuter, notre chère sœur alla se présenter à Monseigneur Guigues, évêque d'Ottawa, et lui demanda son autorisation. Sa Grandeur était d'avis que l'œuvre ne pourrait se soutenir et elle parla en ce sens à la vaillante religieuse, permettant toutefois de la commencer. L'évêque donna sa bénédiction à celle dont il admirait la courageuse charité et y ajouta l'aumône d'une piastre.

Sœur Thibodeau fonda donc sans tarder l'Orphelinat Saint-Joseph, se confiant en la divine Providence, car pour maintenir son institution, elle n'avait d'autres ressources que la charité du public. Plus tard, quand l'Orphelinat fut en pleine voie de prospérité, notre bien-aimée fondatrice nous redisait ainsi qu'à d'autres personnes qui admiraient le développement de cette maison : "Eh bien! j’ai commencé mon orphelinat avec une piastre et la bénédiction de Monseigneur Guigues."

La Providence se plut à récompenser sa confiance extraordinaire et seconda son énergie, son activité, en exauçant ses ferventes prières. Lorsque ses forces épuisées ne lui permirent plus de se livrer au service des pauvres et des malades, et que d'autres sœurs, formées à son exemple, lui succédaient dans ce ministère de charité, Sœur Thibodeau, tout en continuant à s'intéresser vivement à toutes nos œuvres, donnait plus particulièrement son attention à ses chers orphelins parmi lesquels elle aimait à passer ses journées. Même lorsqu'arrêtée complètement à l'infirmerie, dans sa dernière maladie, elle ne pouvait plus voir que de loin la maison des orphelins, cette tendre mère suivait, de sa chambre, tous les mouvements pour ainsi dire de sa chère famille, ne la perdant pas de vue, encore moins de la pensée. (L'Orphelinat occupait alors l'aile de la maison mère qui longe les rues Sussex et Cathcart.)

La vie de notre bien-aimée sœur, à l'intérieur de la Communauté, ne fut pas moins active et édifiante. Jusqu'en 1856, elle fut l'assistante de notre vénérée Mère Bruyère, mais ce titre ne l'empêcha pas de se livrer aux travaux les plus humbles, et elle servit en cela de modèle à ses sœurs qui l'estimaient et l'aimaient comme une mère.

Plusieurs années, Sœur Thibodeau remplit la charge de pharmacienne; si sa charité était merveilleuse envers les personnes du dehors, pourrait-on croire qu'elle fût moins ingénieuse quand il s'agissait de soigner et de remettre sur pieds des sœurs, ou plutôt des filles qu'elle entourait d'une maternelle affection? Même déchargée de la pharmacie, elle ne cessa jamais de s'intéresser à la santé de nos sœurs et elle se fit toujours un bonheur d'aider de sa longue expérience celles qui l'avaient remplacée. Elle s'appliquait à former les jeunes sœurs qui lui étaient données pour aides et elle désirait les voir toutes remplies de l'esprit de notre sainte vocation et pleines d'ardeur pour les œuvres qui en découlent.

Notre chère sœur voulait aussi voir se perpétuer parmi nous cette belle simplicité qui est un des caractères distinctifs d'une Sœur Grise et dont elle-même était un type parfait.

Nous ne pouvons omettre de parler de son amour pour la prière. Si les travaux qu'elle a entrepris ont si bien réussi, ce succès doit être attribué en grande partie, il me semble, à ses ferventes supplications. Elle invoquait avec une ferme confiance la divine Providence, la Vierge Immaculée, notre Vénérable Mère d'Youville, ainsi que le glorieux saint Joseph et la bonne sainte Anne. Ce fut surtout dans ses dernières années que, ne pouvant plus besogner comme autrefois, notre chère sœur consacra une grande partie de la journée à ses nombreuses pratiques de piété et de dévotion; lorsqu'elle fut trop malade pour s'en acquitter seule, elle se faisait réciter ces prières par son infirmière.

En témoignage de sa dévotion envers la Reine du ciel, voici une consécration particulière qu'elle avait écrite entre les bras d'une croix dessinée par sa plume: "Je, Marie-Éléonore Thibodeau, pauvre servante, choisis aujourd'hui et pour toujours, Marie, Mère de mon Jésus, pour ma Supérieure et ma Mère spéciale."  

Ce 10 mai 1841, autour de la Croix, on 1isait :"À Jésus et à Marie pour toujours."

Mais il est un événement dans la vie de celle qui nous occupe qui doit trouver sa place dans cette courte notice. Cinquante ans s'étaient déjà écoulés depuis le jour où, répondant à l'appel céleste, notre chère Sœur Thibodeau s'était vouée à l'immolation au pied des saints autels: le 29 juillet 1880 était le cinquantième anniversaire de sa profession religieuse; c'étaient donc ses Noces d'or. Elle voulut en ce jour ratifier sa consécration première en renouvelant ses serments. Ce n'est plus maintenant cette jeune vierge, riche seulement d'espérances et de saints désirs: elle a blanchi sous le poids des années et encore plus sous celui des travaux. Ses vœux seuls n'ont pas vieilli. Ce jour mémorable a été une fête pour toute la Communauté. Les sœurs se réunirent en grand nombre autour de leur vénérée ancienne; celles que la distance ou les circonstances empêchaient d'être présentes envoyèrent leurs félicitations avec l'assurance qu'elles s'unissaient de tout cœur à la joie de la famille. Des congratulations lui furent adressées par nos sœurs de Montréal, de Québec et du Manitoba, qui toutes savaient apprécier son mérite. Nos Sœurs Brault et Pinsonneault de Montréal, la première, sœur propre de notre Mère Thibodeau, nous firent l'extrême plaisir d'être avec nous pour cette circonstance extraordinaire.

Pour la messe de communauté, notre humble chapelle avait revêtu sa plus belle parure et le chant était digne de la solennité. Au moment de la communion, notre bon Père Gaudet qui célébrait le saint sacrifice adressa quelques mots bien touchants à notre vénérée sœur, puis celle-ci renouvela ses vœux avant de recevoir dans son cœur le Dieu de l'Eucharistie, à qui elle venait de jurer à nouveau une éternelle fidélité.

Le dévouement sans bornes de notre chère fondatrice au bien-être du prochain, et les services nombreux qu'elle avait rendus à la ville d'Ottawa étaient trop bien connus et appréciés pour que cette fête passât inaperçue au dehors de la Communauté. Le clergé et toute la population, tant protestante que catholique, voulurent témoigner leur vive reconnaissance et leur haute estime pour celle que tous regardaient comme une bienfaitrice. Une messe pontificale fut chantée à la cathédrale par Mgr Duhamel qui avait, dans sa paternelle bonté, interrompu la visite de son diocèse pour se trouver à Ottawa en cette occasion et faire sa part de la solennité. Les sermons de circonstance furent donnés en français par le Père Gaudet, et en anglais par le Père Dawson. Tous deux rendirent un haut témoignage au constant et courageux labeur de celle qui était l'objet de cette démonstration. Notre Père Gaudet surtout pouvait parler avec connaissance de cause, ayant été directeur de la communauté dans les premières années de la fondation, alors que nos mères enduraient tant de privations et se multipliaient pour répondre à tous les besoins.

Au soir de ce jubilé, une députation des catholiques de la ville vint présenter, en français et en anglais, des adresses accompagnées d’une offrande. Monseigneur d'Ottawa fit aussi un cadeau de deux cents dollars, pour la corbeille de noces de notre Mère Thibodeau. Il était destiné à son œuvre de prédilection, l'Orphelinat.

Dans cette dernière institution, il y eut une agréable soirée pendant laquelle les chers enfants redirent en diverses manières leur amour et leur gratitude pour leur insigne bienfaitrice et mère tendrement chérie.

Notre regrettée Mère Bruyère devait, du haut du ciel, en cette fête de famille, regarder avec complaisance et bonheur les témoignages de vénération offerts à celle qui tant d'années avait été la compagne de ses fatigues et qui, sous sa direction, avait peiné humblement au développement de l'Institut qu'elles avaient établi. Aussi parut-il qu'après ces preuves de haute estime données sur la terre, il lui tardait que sa bien-aimée compagne et fille fût, avec elle, dans la patrie pour partager la récompense comme elle avait partagé les labeurs.

Dès l'été de 1880, la santé chancelante de notre chère Sœur Thibodeau donnait de vives inquiétudes; en dépit des soins multipliés et des prières faites pour son rétablissement, notre mère ne fit que s'affaiblir et, vers la fin de 1881, elle dut garder l'infirmerie presque complètement. Au mois de février 1883, il n'y avait plus à se faire illusion, la dernière de nos vénérées fondatrices allait nous être ravie par l'ange de nos destinées. Le vingt-deux de ce mois, les derniers sacrements lui furent administrés par le Père Gaudet, en présence de Mère Phelan et de toutes nos sœurs, qui se faisaient un pieux devoir, dans cette douloureuse épreuve, d'offrir à Dieu des supplications ferventes pour celle qu'elles vénéraient à juste titre. Notre bien-aimée sœur languit encore quelques semaines au milieu de souffrances très cruelles, qu'elle endurait avec sa force d'âme habituelle. Elle trouvait secours dans les prières qui se faisaient presque continuellement auprès d'elle, à sa demande.

Enfin le dix mars, vers neuf heures du matin, elle s'en allait, confiante, paraître devant le Dieu à qui elle avait consacré sa vie entière. Elle a été, nous en avons la conviction, accueillie favorablement, car n'est-ce pas à ceux et à celles qui ont secouru le pauvre, le malade et l'orphelin que le Souverain Juge adresse ces paroles: "Venez les bénis de mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé."

À ses derniers moments, notre bien-aimée sœur était assistée par le R. Père Gaudet, chapelain, qui récita auprès d'elle les prières des agonisants; notre Mère Supérieure et toutes nos sœurs de la maison mère entouraient sa couche funèbre. Monseigneur Duha­mel étant entré dans la maison, en ce moment, voulut aussi se rendre auprès de la mourante et unir ses oraisons aux nôtres. Notre chère sœur a donc eu toutes les consolations que notre sainte religion peut procurer en cette heure solennelle et redoutable.

Aussitôt que le corps fut exposé et que la perte que nous venions de faire fut connue dans la capitale, des personnes de tout rang, les riches et les pauvres, les protestants et les catholiques vinrent rendre un tribut d'hommage à celle qui avait été pour un grand nombre une conseillère discrète, et pour tous, une amie sincère.

Outre le service qui fut chanté dans notre chapelle, des citoyens de la ville, au nom de toute la population, en demandèrent un à la basilique et ils se chargèrent de l'organisation des funérailles. Cette cérémonie eut lieu au milieu d'un concours immense d'amis de toutes les classes de la société. Monseigneur Duhamel officia et le sanctuaire était rempli par le clergé. Les chœurs réunis de toutes les églises d'Ottawa prêtaient leur concours à l'orgue.

Après le service, le cortège se dirigea vers le cimetière Notre-­Dame; la Communauté précédait le cercueil, qui était suivi du personnel de l'Orphelinat Saint-Joseph. Le public venait ensuite.

La communauté de Montréal était représentée par les Sœurs Brault et Thibodeau, sœur et nièce de la chère défunte, et les Sœurs Grises de Québec, par la Mère Saint-Louis, Supérieure Générale, et Sœur Marie-du-Bon-Secours.

Les funérailles ont été imposantes, mais la population ne pouvait trop faire, croyait-elle, pour honorer celle qui avait dépensé une existence entière au service de l'humanité souffrante.

Sœur Thibodeau était âgée de 70 ans, 3 mois, 24 jours, et elle avait passé dans la vie religieuse 54 ans, 7 mois et 14 jours.

R. I. P.

Tiré de : "Nécrologies des Soeur Grises de la Croix", Tome 1, 1850 à 1909, Maison mère, Ottawa, 1932, p. 137 - 144

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