
Sœur Eugénie Hamel
Saint-Ernest
retournée à la Maison du Père le 6 janvier 2011
à l'âge de 88 ans
et 67 ans de vie religieuse
+ 2278
1906
Ce que vous avez fait au plus petit d'entre les miens,
c'est à moi que vous l'avez fait.(Matthieu 25, 40)
Cette Parole d’Évangile que Sœur Saint-Ernest aimait méditer, a inspiré sa vie; elle l’a soutenue dans les soixante et une années de sa vie apostolique active; elle l’a réconfortée dans les six années de vie recluse et effacée qu’elle a dû traverser avant de nous quitter.
Celles qui ont connu Sœur Saint-Ernest, gardent d’elle le souvenir d’une infirmière compétente, inventive et disponible, d’une Soeur dont la mission n’a pas eu de frontières. Ces traits, elle les a hérités sans doute de sa famille, mais elle les a fortifiés par son grand amour de Dieu et des autres.
Née Eugénie Hamel, Soeur Saint-Ernest appartient à une famille de Franco-Canadiens à qui les distances n’ont jamais fait peur. Son père, Ernest Hamel, est né à Saint-Janvier, au Québec, et sa mère, Valentine Labrosse, à St-Eugène, en Ontario. Puis le couple s’est marié à Marcelin, en Saskatchewan.
Désireux d’élever leurs enfants dans un milieu favorable à leur éducation et à leur avenir, ils ont acheté une ferme à Simpson, en Saskatchewan, à dix milles du village, un peu au nord de Régina. C’est dans ce milieu de paix qu’ils ont fondé une belle famille de dix enfants, dont quatre garçons : Paul, Armand, Wilfrid et Maurice, et six filles : Anne-Marie, Cécile, Simone, Roseline, Eugénie et Dorothée.
Sixième de la famille, Eugénie est née à Simpson, le 4 mars 1922. Vu l’état des routes et la trop grande distance de l’église, l’enfant fut baptisée un mois plus tard à Holdfast,en Saskatchewan. En 1929, la famille a déménagé à Marcelin, tout près de l’église et de l’école publique où enseignaient les Soeurs de la Présentation de Marie. C’est là qu’Eugénie étudiera de la première à la onzième année. Sa douzième année de secondaire, elle la vivra au couvent des Soeurs de la Présentation de Marie où demeurait une tante maternelle, Soeur St-Raymond-de-Pennafort, s.p.m., qu’elle a eu le bonheur d’avoir comme enseignante.
Eugénie était fière de ses parents et en parlait avec beaucoup d’affection. « Nous avions d'excellents parents qui nous ont donné de bonnes valeurs religieuses, a-t-elle dit. Papa était généreux, fervent, travailleur assidu, chrétien fervent et bon. Maman était douce, compréhensive, compétente et aimée de tous et dévouée. Nous ne manquions jamais la messe dominicale et nous récitions le chapelet en famille. Mes frères étaient servants de messe. »
Elle avait trois tantes maternelles religieuses, deux chez les Soeurs de la Présentation de Marie et une chez les Soeurs Grises de la Croix : Soeur Ste-Croix (Alina Labrosse). Elle était aussi appa-rentée à nos Soeurs Ste-Flavie-Domitille et Ste-Germaine dont la mère était Euphrosine Labrosse. Pas étonnant que de la belle famille Hamel soient issues quatre religieuses, deux Soeurs de la Présentation de Marie, Anne-Marie et Roseline, et deux Soeurs de la Charité d’Ottawa, Eugénie et Dorothée.
Toute jeune, Eugénie était habitée du désir d’être religieuse et missionnaire. À la fin de ses études, elle quitta le foyer paternel et, le 27 août 1941, fit son entrée à notre Noviciat d’Ottawa où elle fit profession en 1943 sous le nom de Soeur Saint-Ernest, nom qu’elle a tenu à porter définitivement.
Dès sa sortie du noviciat, Soeur Saint-Ernest fut étudiante en sciences infirmières à l’Hôpital Général d’Ottawa, d’où elle sortit infirmière licenciée en 1946. Elle exerça sa profession avec compétence et dévouement en Ontario, à l’Hôpital Général et à la Maison mère; au Québec, à l'Hôpital Saint-Michel de Buckingham et au Couvent Notre-Dame de Hull; en Alberta, à l’Hôpital Ste-Croix de Spirit River. Pendant 15 ans, elle s’est dévouée à la Baie-James, comme surintendante à l’Hôpital de Fort-Georges et à celui d’Albany. Toujours prête à secourir, douée de multiples aptitudes, elle se faisait à l’occasion dentiste, pédiatre, et n’hésitait pas à se rendre en traîneau dans les tentes, par grands froids, pour soigner les malades, assumant souvent le rôle de sage-femme.
Un jour, l’obéissance la conduisit en Afrique du Sud, au Lesotho. Après s’être dévouée à Pontmain et à Paray, elle fut supérieure au couvent Notre-Dame-de-la-Merci, à M’A’Mohau, un petit village de montagne, où, au début, on devait se rendre à cheval. Dans ce milieu alors très pauvre, elle s’est ingéniée à procurer aux Soeurs et aux malades une bonne nourriture et des remèdes efficaces. Femme de prière et femme de service, elle avait la conviction d’aimer et de servir Jésus Christ dans chacun des malades qui lui étaient confiés. Malgré la fatigue et l’étendue de son travail, tous bénéficiaient de la même attention, des mêmes bons soins médicaux. Après dix ans de service apostolique, Sœur Saint-Ernest dut revenir au Canada à cause de la maladie. Selon une consoeur africaine, Soeur Winifred Schofield, elle laissait au Lesotho l’excellente réputation d’une “Holy Sister”. Religieuses, prêtres, patients l’adoraient, louaient sa bonté, sa patience et sa grande compétence.
À son retour d’Afrique, elle accepte de servir auprès des Sœurs malades au Couvent Notre-Dame. Voici le témoignage d’une de ses consoeurs :
« J’ai vécu avec Soeur Saint-Ernest au temps où, après sa convalescence, elle fut responsable de l’unité des soins du couvent Notre-Dame, à Hull. J’ai pu admirer de près le savoir-faire et la valeur de cette infirmière que le médecin n’hésitait pas à consulter en vue d’un diagnostic. J’ai été témoin de son extraordinaire dévouement, car elle n’a jamais compté son temps, ni ménagé ses services. On peut dire, sans exagérer, qu’elle a toujours essayé de donner d'excellents soins aux malades, les visitait souvent et s’efforçait de soulager leurs souffrances dans la mesure du possible. »
La vie n’a pas été facile pour Soeur Saint-Ernest, mais soutenue par la force de la prière et un grand abandon à la volonté de Dieu, elle a pu vivre dans la foi l’éloignement des siens et des deuils successifs. Une des grandes joies de sa vie fut la présence de sa soeur, Dorothée, venue la rejoindre dans la Congrégation en 1959. Une belle complicité les unissait. Mais elle eut la grande douleur de la perdre à la fin de mai 2009.
Celles qui ont connu de plus près Sœur Saint-Ernest la décrivent comme une compagne agréable, intéressante, cultivée. De sa voix claire, elle participait aux discussions, avait la riposte facile, rapide et souvent pleine d’humour. Elle se plaisait à jouer aux cartes avec des compagnes fidèles à se regrouper, et, à l’instar de plusieurs, évaluait comme une bonne partie celle où elle avait le privilège de gagner.
Sa présence auprès des malades lui laissait peu de temps libre, mais elle a dû apprendre à s’arrêter, car sa santé devenait de plus en plus fragile. Le 30 septembre 2004, il lui fallut accepter de faire partie de la Résidence Sacré-Cœur, à la Maison mère, pour y recevoir des soins appropriés. Après une vie si active, elle a connu l’épreuve de l’arrêt du travail et de la solitude de sa chambre. Abandonnée à la volonté de Dieu, elle trouvait refuge et consolation dans la prière et la contemplation.
Soeur Saint-Ernest avait hâte de rentrer chez Dieu. Son grand désir fut exaucé, dans la nuit du 6 janvier 2011.
Au revoir, Soeur Saint-Ernest, soyez éternellement heureuse dans la maison du Père avec les vôtres que vous avez enfin retrouvés. Merci pour tout ce que vous avez fait pour nous et pour tant de personnes que vous avez aidées, soignées, soutenues, grâce à votre remarquable compassion.