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Sœur Yvette Dugré
Sainte-Augustine
retournée à la Maison du Père le 17 février 2010
à l'âge de 94 ans
et 73 ans de vie religieuse+ 1941
1881
L’amour de Yahvé à jamais je le chante.
(Ps 89, 2)Avec le départ de Soeur Yvette, disparaît, dans notre Congrégation, le dernier fleuron de la grande et célèbre famille Dugré de Pointe-du-Lac. Un des descendants de cette famille de souche française, Modeste, est venu s’établir à Pointe-du-Lac, en 1785, au rang Saint-Charles. Depuis, les Dugré ont vécu à Pointe-du-Lac, l’ont en quelque sorte modelé en y développant des valeurs humaines, religieuses et sociales qui font encore aujourd’hui sa renommée. Ce fief est en quelque sorte la patrie des Dugré.
Soeur Yvette était très fière d’appartenir à la famille des Dugré. Elle était aussi très fière de ses six tantes Soeurs Grises de la Croix qui ont laissé des empreintes ineffaçables dans la Congrégation et qu’elle aimerait que l’on rappelle aujourd’hui en son nom: les Soeurs Saint-Gilbert, Saint-Guillaume, Sainte-Léa, Paul-de-la-Croix. Marie-des-Martyrs et Louis-Joseph. Soeur Yvette était aussi très fière de ses deux oncles paternels Jésuites, célèbres au Canada français, les Pères Alexandre et Adélard Dugré.
Mais l’insertion de Soeur Yvette dans une si belle famille ne fut pas une assurance-vie contre la souffrance, les deuils et la maladie. Toute l’histoire de la vie de Soeur Yvette est marquée du sceau de l’épreuve.
Née à Plessisville, au Québec, le 6 octobre 1915, baptisée le lendemain en l’église paroissiale Saint-Calixte, Yvette était la 8e enfant d’une famille qui en comptera 14, mais dont 3 décéderont en bas-âge. Son père, Joseph-Arthur Dugré, électricien pour la Northern Electric Company, était gérant de la compagnie électrique Plessis. Sa mère, Augustine Fortin, était une grande chrétienne et une vaillante maîtresse de maison malgré sa faible santé.
Yvette fréquenta les classes du Couvent Saint-Calixte, dirigé par les Soeurs de la Charité de Québec. En mars 1928, à 13 ans, elle eut la douleur de perdre sa mère bien-aimée, âgée de seulement 42 ans. Cet événement obligea le père à placer ses enfants encore aux études: les cinq garçons dans divers collèges aux environs de la paroisse, et trois filles, au Pensionnat Saint-Louis, à Pointe-du-Lac. Les trois plus jeunes sont demeurés à la maison, sous la surveillance d'une dévouée demoiselle Turgeon.
Monsieur Dugré attendait avec impatience le terme de l'année scolaire 1928-1929, pour ramener tout son monde à la maison. Mais une terrible croix attendait les 11 enfants. Pendant leurs vacances, le 19 juillet 1929, leur père mourut à l’âge de 49 ans. En l’espace de 16 mois, ces enfants avaient perdu et leur mère et leur père. Ce double deuil, Yvette en sera marquée à jamais. L’absence de ses parents très aimés sera pendant toute sa vie une privation qu’elle ressentira avec beaucoup d’acuité.
Un problème d’envergure s’est alors posé: qui s’occupera des onze orphelins? Oncles et tantes ouvrirent alors leur coeur et leur maison. Yvette, une de ses soeurs et les deux petits derniers, âgés de 5 et 3 ans, sont reçus au foyer d’Oliva Dugré, leur oncle paternel.
Pour leur éducation et leur instruction, les filles furent confiées à leur tante, Soeur Louis-Joseph, alors supérieure au Couvent Notre-Dame-de-la-Merci d’Aylmer.
Après avoir obtenu le brevet Supérieur d’enseignement, Yvette demeura encore un an au pensionnat d’Aylmer avec ses deux petites soeurs. Elle remplaçait les religieuses absentes ou malades, soit à l'École Labelle, soit au Couvent, expérience précieuse pour sa voca-tion future, car Yvette avait pris la décision de devenir religieuse. Mais la croix - si présente dans sa vie - est venue retarder son désir d'entrer au Noviciat d'Hurdman's Bridge. Le 3 janvier 1934, la veille du jour tant espéré, son genou gauche s’est démis. Une intervention chirurgicale s’imposa. Yvette dut attendre le 1er août pour réaliser son rêve. Le15 juillet 1936, elle prononçait ses premiers voeux sous le nom de Soeur Sainte-Augustine, du nom de sa mère.
Dès les débuts de sa vie apostolique, Soeur Yvette est assignée à l’enseignement et à bien des tâches connexes; comme elle est douée d’une très belle voix et d’un grand talent pour le chant, elle a souvent la responsabilité d’une chorale paroissiale ou scolaire; on la retrouve à la sacristie de l’église ou du couvent et comme responsa-ble de la JEC.
Lors de sa première année d’enseignement, la maladie s’installe dans sa vie, épreuve qui se renouvellera très fréquemment. En février, une hépatite exige l’ablation de la vésicule biliaire et un temps de convalescence. Comme Soeur Yvette a un physique imposant, on est porté à la croire en excellente forme, mais les apparences sont trompeuses, car la santé de Soeur Yvette fut toujours débile: tout le long de sa carrière d’enseignante, après une année de dévouement intense, Soeur Yvette doit ou prendre un temps de repos ou subir une intervention chirurgicale.
Tant d’épreuves n'arrêtent en rien le don qu’elle fait d'elle-même sans mesure. D'où lui vient cette force? Voici la réponse qu’elle nous donne dans ses notes personnelles: « dans l'amour de l'Eucharistie, la dévotion à l'Esprit-Saint, ma confiance en Marie avec la récitation du chapelet et du Souvenez-vous, et surtout grâce à l'acceptation de la Volonté de Dieu, jour après jour. » La vie lui a enseigné très tôt à mettre toute sa confiance dans le Seigneur en qui elle a trouvé non seulement lumière et courage, mais un abri sûr, une réponse à sa soif de tendresse et de sécurité. C’est ce qui lui a permis de tenir ferme dans les épreuves qui ont jalonné sa route pénible mais fructueuse.
Les milieux qui ont bénéficié de son apostolat sont nombreux: citons, entre autres, Hull, Rollet, Notre-Dame-de-la-Salette, Notre-Dame-du-Nord, Gatineau, Ville-Marie, Rouyn, Guérin, Maniwaki.
Supérieure à Montebello, elle le fut aussi à l’École secondaire Saint-Joseph de Hull. Elle sera ensuite aide-économe à Aylmer; comptable au couvent Christ-Roi de Maniwaki; chargée de la fermeture du Couvent Sainte-Thérèse de Gatineau; elle terminera sa vie active au couvent Notre-Dame à Hull, en y assurant divers services communautaires dont ceux de réceptionniste et de rédactrice de chroniques.
En 1985, la maladie a raison de ses forces. Pendant sept ans, Sœur Yvette doit vivre à l’unité de soins Notre-Dame, pour être ensuite transférée à la Communauté Bon Pasteur en avril 2002. C’est dans ce vestibule du ciel que vint pour elle le moment de nous quitter. Mystère déroutant, celle dont la mauvaise santé donna tant d’alertes défia tous les pronostics et connut une longue vie de 94 ans, dont 73 ans de profession religieuse.
La messe de ses funérailles fut célébrée le samedi 20 février 2010. Par une heureuse coïncidence, la date de cette célébration alliait le souvenir de deux femmes que Sœur Yvette vénérait comme mères, modèles et protectrices, la Vierge Marie et Mère Élisabeth Bruyère, venue fonder notre Congrégation à Bytown, le 20 février 1845.
Soeur Yvette nous laisse le souvenir d’une femme énergique, engagée, dévouée, présente aux autres, toujours prête à rendre service, soucieuse de dépassement, mais victime de sa fragilité. Elle fut une femme de grande foi, une femme que l’épreuve a patiemment burinée, une nièce fière des siens et si désireuse de leur faire honneur. Merci, Sœur Yvette, de tout ce que vous avez fait pour nous. Retrouvez enfin la famille dont vous avez été si douloureusement privée et, avec eux tous, chantez sans fin votre joie et votre action de grâce.