
Sœur Rose Minor
Saint-Victor
retournée à la Maison du Père le 1 novembre 2010
à l'âge de 86 ans
et 64 ans de vie religieuse
+ 2392
1898
Restez en tenue de service.
(Lc 12, 35)
Sœur Rose Minor laisse le souvenir d’une personne à la disponibilité désarmante, au dévouement inlassable et à l’attention constante aux besoins d’autrui. N’est-ce pas là le propre d’une femme toujours en tenue de service? Parcourons le récit de sa vie édifiante et voyons comment elle a répondu au précepte du Maître.
Dans la nuit du 26 janvier 1924, sur une ferme de la petite municipalité de Mattawa, naît la troisième fille de Pierre Minor et de Marie Ouellette. À cause du temps glacial et de la distance de l’église, l’enfant est présentée au baptême la semaine suivante par son frère et parrain, Victor, et sa marraine, Paula Séguin. On la nomme Marie Rose.
Ses parents, différents par la santé et par la langue parlée, sont la vivante confirmation d’une populaire croyance selon laquelle les contrastes s’attirent. Madame Minor, dotée d’une forte constitution, vaque aux travaux de la ferme et laisse à son époux, plutôt chétif, les tâches domestiques et l’éducation première des enfants. Ceux-ci, avec un père anglophone et une mère francophone, deviennent bilingues bien avant de fréquenter l’école; ce précieux atout sera maintes fois utilisé par Rose durant sa carrière. Les époux Minor sont très unis et s’entendent à merveille pour assurer la bonne marche de la routine journalière et l’épanouissement de chaque membre de la famille. Rose, ses quatre frères et ses trois sœurs grandissent donc heureux dans un climat calme et joyeux. Tous se développent physiquement et aussi spirituellement, car de solides convictions religieuses animent parents et enfants et les rassemblent chaque jour pour la récitation du chapelet.
À 8 ans, Rose entre à l’école rurale dont l’unique professeure est unilingue anglaise et où, l’année suivante, avec une nouvelle institutrice, une seule heure par jour est consacrée à l’enseignement du français, situation sans conséquence nuisible pour une enfant parlant déjà les deux langues. Tout en s’instruisant, la fillette soupire après la venue de Jésus en elle et son désir est comblé le jour de sa Première Communion; la joie alors éprouvée atteint sa plénitude quand elle est confirmée, le 22 mai 1933.
Quelques années plus tard, une cruelle épreuve la frappe au début de l’adolescence. « Lorsque j’avais 12 ans, écrit-elle, Dieu venait visiter notre demeure pour amener à Lui mon pauvre papa âgé de 49 ans. » Elle raconte ensuite comment son père, hospitalisé pendant quelques semaines à Toronto, puis deux mois à Mattawa, est ramené à la maison où il décède. Dans son récit, Le Seigneur l’a rappelé à Lui, les phrases faisant allusion à l’action de Dieu dans la vie de son père, montrent quel esprit de foi anime notre Sœur et, sans doute, celui de toute la famille.
La vie reprend son rythme chez les Minor et, à 18 ans, Rose quitte la maison paternelle pour le monde du travail, laissant derrière elle sa bonne maman et Louise, sa jeune sœur de 16 ans. Elle rejoint sa sœur, Angéline, embauchée depuis trois ans à un bureau de l’Hôpital de Mattawa. Les autorités, ignorant le peu d’attrait de la nouvelle employée pour le soin des malades, l’affectent à cette tâche. « Pendant deux ans et demi, je me suis dévouée auprès des malades, dit-elle, ce qui me déplaisait beaucoup au commencement, mais, avec le temps et la pratique, j’ai appris à aimer mon travail. »
Secrètement attirée par l’Époux des vierges, durant sa troisième année de travail à l’Hôpital, Rose décide de devenir religieuse; Madame Minor, en apprenant cette décision, se dit heureuse du courage dont sa fille fait preuve. Le 1er août 1944, dès 3 heures du matin, elle est conduite à la gare de Mattawa par Victor, son frère; elle note : « C’était pour moi le moment difficile où je saluais ma mère et ma sœur. » Le trajet vers Ottawa lui semble bien long et la vue de la grande Maison mère la surprend : « Comment faire pour ne pas me perdre, se dit-elle en elle-même? »
Peu de temps après son arrivée au postulat, Sœur Rose se voit confier successivement le soin des vieillards à l’Hospice Saint-Charles, le service de nuit chez nos Sœurs malades et, pendant son noviciat, la responsabilité d’une infirmerie réservée aux postulantes et aux novices. Elle s’acquitte de tous ses devoirs avec diligence, tout en poursuivant sa formation religieuse et, le 16 juillet 1946, pleine de ferveur, elle fait profession sous le nom de Sœur Saint-Victor.
On a vite fait de remarquer, chez la nouvelle professe, le dévouement inlassable, la capacité d’adaptation, le Fiat toujours aux lèvres et la rapidité à deviner les moindres désirs. Recourir à elle dès qu’un besoin se fait sentir devient tout naturel et, souventes fois, elle doit faire ses valises pour aller soigner les malades dans divers milieux : infirmeries, sanatorium, salles d’urgence et hôpitaux d’Ontario, du Québec et même de la Zambie, en Afrique Centrale.
Douée d’une conscience professionnelle peu ordinaire, elle accompagne les patients à leurs rendez-vous, accomplissant cette tâche avec discrétion, compétence et doigté. Elle sait panser les cœurs comme les corps, grâce à son exquise sensibilité et à son savoir faire. Ses compagnes admirent l’habilité, la patience et le respect avec lesquels Sœur Rose soigne les prêtres âgés ou malades.
Présence active et efficace auprès des patients pour leur redonner santé et joie de vivre, Sœur Rose l’est combien plus au chevet de compagnes arrivées au terme de leur vie. Toute prévenante et désireuse de les réconforter dans leur dernier voyage vers le ciel, elle les veille, devine d’instinct leurs besoins et leur offre consolation, prière, silence et menus soins.
Si Sœur Rose, l’infirmière, nous édifie, qu’en est-il de la religieuse? Lève-tôt, debout dès 5 heures du matin, elle prend un bon café, entre à la chapelle et s’entretient avec son Dieu. Durant sa longue journée de travail, dès qu’un moment libre se présente, elle revient auprès du tabernacle et lit un passage de la Bible. Ce contact avec la Parole de Dieu transforme sa vie en page d’Évangile et son esprit de prière en fait une précieuse avocate pour nous, auprès de son Seigneur bien-aimé. Sa foi et son grand amour de l’Eucharistie sont les racines profondes de sa charité compatissante.
Comme compagne, Sœur Rose est une femme heureuse; fidèle à ses devoirs, douce, compréhensive et de commerce facile, elle est de toutes les corvées et toujours de bonne humeur. Loin d’être exubérante, elle se révèle pourtant taquine à ses heures et apporte volon-tiers une note de gaieté dans le milieu communautaire. Son âme d’artiste lui fait voir de la beauté en tout et en toute personne et, grâce à son pouce vert, elle fait des heureuses par ses dons ou ses arrangements de plantes.
Femme de cœur, chaque samedi, durant cinq ans, elle visite sa sœur, Louise, atteinte d’Alzheimer, geste apprécié de ses neveux et nièces, très attachés à leur tante. Femme sage et prudente, éprouvant un jour le besoin d’un ressourcement spirituel et d’un repos physique, elle s’est inscrite à l’Année de foi, en 1970, et a obtenu un an de repos l’année suivante.
Quand arrive la retraite, en 1993, Sœur Rose se dévoue à la cuisine et en pastorale, assiste ses supérieures ou accompagne des malades. En janvier 2009, affaiblie, elle se joint à la Communauté Marguerite-d’Youville, au Couvent Mont Saint-Joseph, mais comme ses facultés cognitives se détériorent à vue d’œil, on l’admet à la communauté Bon Pasteur. Avec les Sœurs qu’elle affectionne d’une façon particulière, parce que les plus vulnérables, les plus faibles et par conséquent les préférées du divin Pasteur, Sœur Rose termine sa mission d’amour, se tenant aux aguets – se faisant veilleuse telle un guetteur d’aurore –, elle est restée en tenue de service jusqu’à l’instant sublime de sa rencontre avec le Maître bien-aimé, survenue ce 1er novembre 2010, le jour même de la belle fête de la Toussaint.