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Notice biographique

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Soeur Régina Boutin

Sœur Régina Boutin
Saint-Cyrille
 

retournée à la Maison du Père le 28 octobre 2010
à l'âge de 93 ans
et 73 ans de vie religieuse

 

+ 2004

 

1897

 

 

Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau,
et moi je vous soulagerai.

(Mt 11, 28)

Rappeler le souvenir de Sœur Régina Boutin c’est évoquer le visage d’une personne joviale, entreprenante et toujours prête à égayer ses compagnes, à susciter leur rire, à favoriser leur détente. De prime abord, on pourrait la juger un peu « Roger bon temps », mais ce serait ignorer à quel point la vie a été exigeante pour elle. Voyons comment lui conviennent ces mots du « Venez à moi... »

Deuxième enfant de Victor Boutin et de Bertha Marseille, Régina naît le 20 octobre 1917, à Lorrainville. Le lendemain, en l’église Notre-Dame de Lourdes, elle reçoit au Baptême les noms de Marie, Berthe, Régina. Un an plus tard, une jolie petite sœur lui est donnée, joie bientôt assombrie par les ravages de la terrible grippe espagnole; sa jeune maman de 22 ans décède. C’est la désolation et les grands-parents Marseille, désireux de soulager la famille si durement touchée, prennent temporairement Régina avec eux. Ainsi secondé, Monsieur Boutin reprend courage, mais trop débordé de travaux domestiques et champêtres, il se débrouille difficilement jusqu’au jour où ses proches lui conseillent un bon parti déjà connu de lui, en la personne de l’institutrice du 5e rang, Mademoiselle Marie-Anna Baril, une femme au cœur d’or, en pension chez les grands-parents. Après six mois de veuvage, Monsieur Boutin épouse Marie-Anna et de nouveau le bonheur règne au sein de la famille où, de 1920 à 1939, s’ajoutent onze autres enfants.

Dans ce foyer très chrétien, les devoirs religieux sont à l’honneur : prière du soir, chapelet en famille, Bénédicité et Grâces aux repas, et surtout messe dominicale à l’église paroissiale, où Monsieur Boutin est chantre. Dans cette atmosphère, la jeune Régina se prépare tout naturellement avec ferveur à sa Première Commu-nion, le 30 mai 1925, et à sa Confirmation conférée le lendemain par Monseigneur Louis-Rhéaume, évêque d’Haileybury.

Si la piété caractérise la vie familiale, la charité en fait aussi partie intégrante; à preuve la présence d’un voisin nécessiteux travaillant avec les Boutin, sur leur ferme : voulant sauvegarder la dignité d’un moins bien nanti, Monsieur Boutin a trouvé ce moyen plein de délicatesse. Régina, on l’a mentionné, a vécu des étapes difficiles et la suivante l’a profondément marquée. Un oncle, inconscient de sa maladresse, dit un jour aux trois aînés : « Marie-Anna n’est pas votre maman. » Trop jeunes pour se souvenir de leur mère, les enfants surpris sont peinés et très inquiets. Devant leur désarroi, Marie-Anna leur explique comment est décédée leur maman et leur fait comprendre qu’elle-même les aime comme s’ils étaient ses propres enfants. La joie alors restaurée dans leur cœur, les petits Boutin peuvent continuer de grandir en toute sécurité.

Le temps de s’instruire arrive et Régina, avec Édouard, son frère aîné, parcourt, à 5 ans, la route poussiéreuse reliant la demeure familiale à la petite école où elle commence, complétera ses études primaires et obtiendra le certificat de 7e année. Une déception assombrit cependant ce moment de fierté; elle doit interrompre ses chères études pour rendre service à sa mère et à son père, car la condition financière ne permet pas à la famille d’engager une servante et le seul garçon apte à de rudes travaux étudie au séminaire de Joliette. Pour atténuer le sacrifice exigé de sa chère adolescente, Monsieur Boutin lui offre d’être la marraine du bébé attendu prochainement. Touchée par cette grande marque de confiance, Régina l’est tout autant par le remarquable doigté de sa deuxième maman qui l’initie à la tenue de maison, à l’art culinaire, à la couture, au tricot et à la broderie, en résumé à toutes les connaissances nécessaires à une parfaite femme de campagne. Elle l’entraîne même à aider ses frères et ses sœurs cadets à rédiger leurs devoirs et à mémoriser leurs leçons. Sont-ce là des signes précurseurs d’une future vocation d’institutrice?

Sans le savoir, Régina fréquente une école hautement spécialisée, « l’école de la vie », et même si des activités exigeantes et nombreuses la retiennent à la maison, elle ne se sent pas malheureuse. Comme toute jeune fille de son âge, elle se questionne sur son avenir. Mariage, célibat, vie consacrée... Quelle route prendre? Son peu de goût pour les plaisirs du monde semble exclure le mariage et le célibat dans le monde mais, chose surprenante, elle n’a jamais pensé devenir religieuse, même si elle a connu et admiré les Sœurs de l’Assomption, enseignantes dans son village natal. Le Maître des destinés l’attend à ce moment d’incertitude et l’inspire d’aller consulter l’abbé Joseph Gauvin, curé de la paroisse. Celui-ci lui conseille de prier la Vierge Marie puis d’en parler avec ses parents. Ceux-ci, quoique peinés de voir leur fille chérie les quitter si tôt, sont honorés de la donner à Dieu et, animés d’un grand esprit de foi, ils accordent leur consentement. Régina s’empresse de visiter les Sœurs Grises de la Croix, à Ville-Marie, et s’informe de la procédure à suivre pour entrer dans leur communauté. La sincérité et la détermination de la jeune demoiselle incitent les religieuses à téléphoner à la Maison mère d’Ottawa dont elles reçoivent une réponse affirmative. Elles suggèrent ensuite à Régina de voyager en compagnie des Sœurs, prochainement en route vers la capitale pour leur retraite annuelle.

Le 20 août 1935, Régina arrive au postulat d’Hurdman’s Bridge où, pendant deux ans, elle se prépare, avec son sérieux coutumier, à prononcer ses vœux temporaires dans la joie et la ferveur, le 15 juillet 1937, sous le nom de Sœur Saint-Cyrille.

Devenue professe, elle poursuit des études la préparant à sa carrière : enseignante à Rollet, responsable des pensionnaires à Saint-François-du-Lac, retour à l’enseignement à l’Orphelinat Saint-Joseph d’Ottawa en 1944. Plusieurs écoles primaires du Québec ont aussi vu Sœur Saint-Cyrille à l’œuvre et ont profité de son dévouement et de ses compétences : Rollet, Ville-Marie, Saint François-du-Lac, Notre-Dame-du-Nord, Mont-Laurier, Saint-Jérôme, Shawinigan, Témiscaming et Rémigny. À sa retraite en 1978, notre Sœur laisse une réputation d’excellente professeure, aimée de tous.

Âgée de 61 ans, Soeur Saint-Cyrille trouve son bonheur en rendant divers services comme cuisinière, réfectorière et téléphoniste. Dans ce milieu communautaire, elle fait preuve d’un bel esprit fraternel, aime jouer des tours, est sans pareille comme conteuse d’histoires et excelle au jeu de cartes où elle mystifie ses compagnes par des trucs frôlant la magie... Le tricot pour les pauvres de nos missions, les visites amicales à ses consœurs malades, les moments de loisir plus nombreux la comblent, car elle peut enfin consacrer plus de temps à l’Hôte divin qui l’attend à la chapelle.

De nombreux revers ont marqué la vie de notre Sœur, décès, maladies, séparations, mais elle a aussi reçu sa part de joies dont la célébration de ses Noces d’Or, royalement fêtées en 1987 à la paroisse de Drummondville, puis à Lorrainville, sa place natale. D’autres événements sont dignes de mention; Sœur Saint-Cyrille a eu le rare privilège de fermer les yeux de son père, en 1969, et de sa mère, en 1971.

Comment Sœur Saint-Cyrille a-t-elle pu surmonter ses nombreuses épreuves? Serait-ce grâce à son indomptable optimisme, à sa volonté de fer, à sa capacité d’adaptation? Disons plutôt, qu’animée d’une grande foi, soutenue par une vive dévotion envers la Vierge Marie et un amour sans faille pour le Maître de sa vie, elle a triomphé d’un cancer, réappris à marcher après une paralysie, gardé le sourire jusqu’à la fin, à l’unité des soins du couvent Notre-Dame de Gatineau, où elle s’est éteinte le 28 octobre 2010. Toujours, elle a trouvé soutien dans cette Parole du Seigneur :

Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau,
et moi je vous soulagerai.

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