
Sœur Marie-Claire Denis
Saint-Léon-le-Grand
retournée à la Maison du Père le 25 novembre 2010
à l'âge de 88 ans
et 66 ans de vie religieuse
+ 2306
1903
La mère de Jésus dit aux servants :
« Faites tout ce qu’il vous dira. »(Jn 2, 5)
Cette parole de la Vierge Marie aux servants de la noce semble avoir été le mot d’ordre de Soeur Marie-Claire Denis qui s’est toujours montrée elle-même servante du Seigneur, heureuse de faire la Volonté de son Dieu là où l’obéissance l’a conduite.
Voyons le cheminement que fit notre Soeur Marie-Claire à l’école de la vie, étant la cinquième d’une famille de 13 enfants, dont deux sont décédés en bas âge. Née à Saint-Eugène de Guigues, au Québec, le 4 juin 1922, du mariage de Joseph Denis, cultivateur, et de Marie Mathieu, originaire de Waterville (Maine, É.-U.), elle reçoit le baptême, le 6 juin, sous les prénoms de Marie Claire Rose (nom de sa marraine et tante, sœur de son père). À l’âge de six ans, Marie-Claire reçoit Jésus Eucharistie pour la première fois, le jour de Noël 1928; elle sera confirmée le 16 juin 1934, à Saint-Eugène, par Mgr Louis Rhéaume, o.m.i., évêque de Timmins.
Petite fille intelligente et vive, elle tient une bonne place dans le milieu familial où règnent la joie et la paix; on aime chanter et prier en famille. Le papa est maître chantre à l’église, homme d’une grande bonté et charité, estimé de tous; la maman, d’un dévouement exemplaire, va jusqu’à prendre soin chez elle, pendant plusieurs mois, de deux jumeaux naissants pour venir en aide à une pauvre femme en détresse. Marie-Claire fréquente l’école du village dirigée par les Sœurs de l’Assomption de la Sainte-Vierge; cependant, l’étude ne suffit pas à contenir ses énergies. À la maison, elle se fait maîtresse d’école, enseigne la lecture à Rita, sa petite sœur de quatre ans, et interprète, en vraie pédagogue, les images de l’abécédaire - explications qui font parfois sourire les grandes personnes. Le Couvent n’étant pas loin de la maison, l’influence des religieuses enseignantes ne passe pas inaperçue : Marie-Claire et ses jeunes sœurs cherchent à imiter le comportement de ces éducatrices et elles se proposent de faire des Sœurs; d’ailleurs, leur tante paternelle, Soeur Léon-Joseph, leur envoie, chaque année, des images à l’occasion de Noël, ce qui les invite à intensifier leur vie de prière. Fidèle à aider sa mère, Marie-Claire devient, à son école, bonne cuisinière et habile couturière. De plus, elle ne cède pas sa place pour taquiner ou jouer des tours; c’est le boute-en-train, aussi bien que la seconde maman à l’occasion : attentive et perspicace, elle sait reprendre efficacement, et avec humour, ses jeunes frères, pas toujours enclins à obéir sur le champ. Le soin des petits, l’art de les choyer même, n’a pas de secret pour elle. Aussi, la maman apprécie-t-elle le savoir-faire de sa grande, et lorsqu’elle sentira venir la fin de ses jours ici-bas, c’est à Marie-Claire qu’elle confiera la responsabilité des « trois petites », comme on les appelait familièrement : Lisette, Clotilde et Nicole.
Un foyer chrétien, où Dieu tient la première place, est un endroit idéal à l’éclosion de vocations religieuses. Marie-Laure, l’aînée de la famille Denis, est déjà Soeur Grise de la Croix, lorsque Marie-Claire et Rita, sa sœur, projettent de demander leur entrée dans la même communauté. Initiée à la méditation de la Parole de Dieu, leur jeune sœur, Hélène, même si elle n’a que 16 ans, avait déjà pris la même décision : elle sera, elle aussi, Soeur Grise. C’est donc accompagnée de ses deux sœurs que Marie-Claire, âgée de 20 ans, se présente au Noviciat de la Maison mère le 1er août 1942. Postulante, elle se sent tout de suite chez elle dans ce lieu de prière, de silence et de travail; habituée à une vie active, elle est heureuse de prendre part aux nombreuses corvées qui se présentent et s’engage résolument dans l’apprentissage de la vie consacrée. Le 15 juillet 1944, c’est avec joie et ferveur qu’elle prononce ses vœux temporaires sous le nom de Soeur Saint-Léon-le-Grand, acceptant d’avance l’emploi qui lui sera assigné.
Une première obédience la conduit à notre Pensionnat de Saint-François-du-Lac, où on lui confie la responsabilité des petites pensionnaires. Une deuxième obédience ne tarde pas, car une grande épreuve l’attend avant même la fin de l’année scolaire : sa chère maman quitte cette terre le 20 juin 1945. Tel que promis, Mère Saint-André-Corsini, supérieure générale, autorise une obédience à Soeur Marie-Claire pour le Pensionnat Notre-Dame-de-Lourdes, à Ville-Marie, afin qu’elle puisse veiller à l’éducation de ses trois petites sœurs qui y seront pensionnaires. Avec quel dévouement et quelle sollicitude la jeune professe se montre-t-elle éducatrice, psychologue et maternelle à la fois! L’une d’elles est-elle malade, elle la soigne, fait venir le médecin si nécessaire; l’autre est-elle en manque de quelque vêtement, elle le confectionne; c’est ainsi qu’elle pourvoit, avec diligence, aux besoins de chacune et cela durant trois ans.
En 1948, Soeur Marie-Claire débute dans l’enseignement avec une classe de 1re et 2e années, à l’école paroissiale de Pointe-du-Lac; elle enseignera par la suite au cours élémentaire à différents endroits du Québec, à Wrightville, à Pointe-Gatineau, à Témiscamingue. Elle obtient son diplôme supérieur de l’École Normale Scolasticat Notre-Dame-de-Grâce, puis son Brevet A, après quoi elle enseigne à une 10e année du cours général, à Rouyn, puis à l’École Normale de Ville-Marie. En 1967, elle est supérieure et directrice à Notre-Dame-du-Nord. Après avoir obtenu son diplôme en administration scolaire, en 1970, elle est directrice de l’École Saint-Joseph, à Wrightville. De 1975 à 1977, directrice des élèves à l’École Secondaire Saint-Joseph de Hull; en 1979, elle est nommée responsable des étudiantes à la Maison Sainte-Thérèse.
Éducatrice dynamique et inventive, Soeur Marie-Claire est vraiment faite pour l’enseignement : heureux ascendant sur les jeunes, discipline ferme et douce à la fois, enseignement clair et méthodique, explications colorées, nourries d’images et d’exemples de son cru. Elle réussit à merveille; dès sa première année, elle reçoit la prime d’enseignement de l’inspecteur. Ses élèves l’aiment et apprécient en elle le professeur souriant, capable de blaguer, mais professeur exigeant, sévère même; ils ne manquent pas de l’exprimer clairement : « C‘est un prof comme ça qu’on veut pour réussir; c’est un prof comme ça qu’on aime. » Elle travaille fort, étudie avec constance pour obtenir la compétence et les diplômes requis. Elle aide ses collègues dans la préparation de leçons ou, plus particuliè-rement, à la décoration des salles de classe. Dans les petits couvents, où souvent la cuisinière manque, surtout les fins de semaine, elle s’adonne avec aisance à la cuisine, s’ingénie à préparer les mets pré-férés de ses Sœurs; douée d’une belle voix, elle participe à l’Office divin et agit comme choriste; elle excelle dans la couture, se fait elle-même plusieurs ensembles. Agréable compagne, douce et respectueuse dans ses paroles, Sœur Marie-Claire aime causer et rire, même si elle affectionne la tranquillité.
En 1980, elle doit prendre un temps de repos au Couvent Notre-Dame, à Hull. Toujours prête à rendre service, elle accepte ensuite de bon cœur les différentes tâches qu’on lui propose : sacristine, couturière, entretien ménager, réceptionniste, soit à Fort-Coulonge, soit à la Résidence Sainte-Thérèse de Shawinigan, soit à la Maison provinciale de Cap-de-la-Madeleine ou encore, de 1991 à 1994, au Cénacle Saint-Pierre, puis au Couvent Notre-Dame-de-Grâce. En 2003, elle est transférée au Couvent Notre-Dame, à Gatineau, où elle bénéficie de la présence réconfortante de sa sœur, Sœur Rita. Le personnel infirmier admire la patience de cette religieuse, son calme et son acceptation de la Volonté de Dieu.
Où donc Soeur Marie-Claire Denis puise-t-elle sa force et son courage, sinon dans son amour passionné de Jésus Eucharistie et sa grande dévotion à la Vierge Marie. En pleine activité ou malade et alitée, c’est toujours la même servante du Seigneur qui est à l’œuvre ou qui attend l’heure de la rencontre ultime avec le Bien-Aimé. Elle rend sa belle âme à Dieu, le 25 novembre 2010.