
Sœur Madeleine Montour
Sainte-Madeleine-Sophie
retournée à la Maison du Père le 6 novembre 2010
à l'âge de 97 ans
et 75 ans de vie religieuse
+ 1882
1899
Soleil levant, Lumière sur le monde, ô viens, Seigneur Jésus!
Samedi matin, le 6 novembre 2010, Sœur Madeleine Montour prend son déjeuner et, selon son habitude, se rend à la porte vitrée qui donne sur le balcon contempler le soleil levant, voir ce qui bouge sur le trottoir et dans la rue. Rien ne laisse présager que son heure est arrivée. Pourtant, à peine deux heures plus tard, un mal soudain la conduit aux portes de l’éternité. Responsables, infirmières et compagnes sont à son chevet, accompagnant la mourante de leurs prières et de leur affectueuse sollicitude. Appelé sur les lieux, M. l’abbé Léon Louké, prêtre, qui vient de célébrer l’Eucharistie, lui donne une dernière bénédiction et prie longuement près d’elle. Visiblement réconfortée par la prière, notre chère Sœur Madeleine rend paisiblement son âme à Dieu, laissant la Communauté sous le choc et l’émoi du « Vous ne savez ni le jour ni l’heure. »
Quels souvenirs gardons-nous de cette grande infirmière, décédée à l’âge de 97 ans, alors que le médecin famille lui avait refusé un certificat médical lors de son entrée en religion, à 20 ans, disant qu’elle ne résisterait pas à cause de son goitre?
Si surprenant que cela puisse paraître, c’est une ancienne élève de Sœur Sainte-Madeleine-Sophie, alors qu’elle enseignait à Guérin, qui nous la fait connaître aujourd’hui : « Je me rappelle, dit-elle, d’une jeune religieuse sûre d’elle-même, ayant déjà une année d’expérience à son crédit, qui nous expliquait l’Évangile du dimanche aussi bien qu’un théologien (à mes yeux d’enfant); musicienne par surcroit, elle nous enseignait le chant, la messe en latin, s’il vous plaît, si bien que sa compagne d’alors, Sœur Marie-Élisabeth (Évangéline Dufort), cuisinière au petit Couvent, venait assister à ses leçons dans la classe. »
Sœur Madeleine n’a pas fait carrière dans l’enseignement, mais bien plutôt dans le nursing. Née le 6 avril 1913 et baptisée le jour même à la paroisse Notre-Dame-de-la-Visitation de Pointe-du-Lac, au Québec, elle est la huitième d’une famille de neuf enfants. Le père, Adélard Montour, cultivateur très à l’aise, et la mère, Fridioline Garceau, savent faire honneur aux passants (il ne fallait pas dire les quêteux) en quête de nourriture ou de logement. « Mon père était sévère, écrit Sœur Madeleine, mais il avait un cœur d’or; généreux, très courageux et d’un très bon jugement, il n’était pas instruit, ne savait que signer son nom. J’aimais l’accompagner au piano, il avait une très belle voix; ma mère aussi d’ailleurs, femme douce, instruite, bonne cuisinière et excellente couturière. »
La petite Madeleine prend très tôt le chemin de l’école rurale, située tout près de la maison paternelle; elle étudie ensuite comme externe au Pensionnat Saint-Louis, en demeurant au village, chez sa grande sœur, Germaine, nouvellement mariée. Les deux années suivantes, elle est pensionnaire, heureuse d’entrer dans la confrérie des Enfants de Marie et d’apprendre le piano, durant quatre ans, de Sœur Laurence-du-Sacré-Cœur. À 18 ans, ayant obtenu son diplôme du Bureau Central, elle opte pour l’enseignement à l’école près de chez elle. Voilà qu’en fin d’année académique, une épidémie de diphtérie l’atteint et l’oblige à prendre une année de repos.
Interpellée par la vocation religieuse, Madeleine désire entrer chez les Carmélites, mais son guide spirituel l’en dissuade à cause de sa santé et lui propose plutôt les Sœurs Grises de la Croix. Forte de sa devise, Dieu et les âmes par Marie, elle entre au Noviciat d’Hurdman’s Bridge le 1er août 1933. « Je me suis ennuyée à mourir, écrit-elle; c’est grâce à Mère Sainte-Bathilde, responsable des novices, si j’ai persévéré. À ce moment-là, ma sœur aînée, Blanche (Sœur Bernard-du-Sacré-Cœur), travaillait à l’Hôpital Saint-Vincent. J’ai eu la grande joie d’apprendre que mon frère, Gérard, entrait chez les Trappistes d’Oka et j’eus le bonheur de le recevoir au Noviciat. » Nous savons que le père avait deux frères trappistes et deux cousins à la Trappe d’Oka. « Nous aimions aller les visiter, écrit Sœur Madeleine, voir les travaux de la ferme et entendre les Moines chanter l’Office divin. »
Le 16 juillet 1935, elle fait profession sous le nom de Sœur Sainte-Madeleine-Sophie, et reçoit comme obédience, d’aller ensei-gner à Guérin, au Témiscamingue. « C’était bien loin de ma famille; j’ai pleuré. C’est Dieu qui l’a voulu ainsi pour ma sanctification. Au cours de ces deux années, le Bon Dieu m’a donné l’occasion d’ensei-gner à de futures vocations sacerdotales et religieuses : deux prêtres et trois religieuses sont sortis de cette classe d’une vingtaine élèves. »
Se sentant attirée par le soin des malades, notre Sœur s’en ouvre à Mère Saint-Guillaume, lors de la visite canonique, et sa demande est agréée. Elle fera ses armes à l’Hôpital Saint-Vincent, avec la promesse de faire son cours d’infirmière. « J’ai beaucoup aimé l’œuvre, écrit Sœur Madeleine. Au contact d’une patiente incurable très pieuse, je me suis rapprochée du Cœur de Jésus; elle m’a fait beaucoup de bien. Elle a été ma patiente longtemps, je l’amenais à la chapelle en fauteur roulant, puis je la portais dans mes bras; j’étais portée à mettre plus d’amour dans tout ce que je faisais. »
Ce n’est cependant qu’en 1948 que Sœur Madeleine entre-prend ses études en sciences infirmières à l’Hôpital Sainte-Thérèse de Shawinigan. Infirmière licenciée en 1951, elle est nommée supérieure à l’Hôpital Saint-Joseph de Maniwaki et, en 1954, à l’Hôpital Sainte-Famille de Ville-Marie. En 1960, elle est transférée à l’Hôpital Youville de Noranda, et sera ensuite directrice de l’École des infirmières à Ville-Marie. En 1965, on la réclame comme infirmière-chef en neurologie à l’Hôpital Général d’Ottawa; deux ans plus tard, à la Résidence Saint-Louis. En 1968, elle accepte la responsabilité d’archiviste médicale à l’Hôpital Saint-Michel de Buckingham, puis à l’Hôpital Cloutier de Cap-de-la-Madeleine. De 1973 à 1976, le Foyer Sainte-Anne de Mont-Laurier bénéficie de sa compétence et de son dévouement comme infirmière autorisée.
L’heure étant venue, pour Sœur Madeleine, de passer à un travail moins exigeant, on lui confie la responsabilité de sacristine à la Résidence d’Youville de Cap-de-la-Madeleine; en 1982, elle rend service comme réceptionniste à la Maison Béthanie de Pointe-du-Lac. La proximité de sa famille lui vaut la grande joie de fêter les noces d’or de ses parents, avec toute la parenté, en l’église de sa paroisse. Elle note : « J’avais exercé mes neveux et nièces à chanter sur le théâtre “Mon âme en ce jour glorifie” (avec des paroles adaptées), je les accompagnais au piano. » Les épreuves aussi font partie de la vie; et ce n’est pas la moindre lorsqu’elle apprend, le 10 septembre 1978, le décès subit de son cher Frère Omer, trappiste.
Sœur Madeleine laisse le souvenir d’une infirmière dévouée, grande travaillante, très ordonnée, accueillante pour tout le monde, femme de principe, exigeante pour elle-même - et pour les autres -. En octobre 2003, elle est admise à la Résidence Sacré-Cœur, 4e étage de la Maison mère. Très autonome, elle est courageuse, ne veut pas déranger; plutôt solitaire, mais très fidèle à aller voir sa sœur, Blanche, plus malade. Sœur Madeleine a son caractère, parole brève parfois, n’hésite pas à donner son opinion; par contre, elle a le sens de l’humour, comique à ses heures, cohérente, très lucide jusqu’à la fin. Elle aime se faire dorer, plutôt rougir, le visage au soleil, jusqu’à attraper un bon coup de soleil. Religieuse détachée des choses matérielles, elle ne possède presque rien; femme de prière, elle passe des heures à la chapelle; grande amante de la Vierge Marie, elle dit souvent qu’elle a hâte d’aller voir le Bon Dieu.
Sans aucun doute, la Vierge du Rosaire qu’elle a tant priée, l’a enveloppée de sa tendresse maternelle pour la présenter à Jésus, Lumière sur le monde et Soleil d’éternité.