Notre histoire

 

Notice biographique

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Soeur Jacqueline Champagne 

Sœur Jacqueline Champagne
Jean-Lionel

 

retournée à la Maison du Père le 8 février 2010
à l'âge de 83 ans
et 61 ans de vie religieuse

+ 2480

1880

 

Avec Toi, Seigneur, jusqu’au bout!

Soeur Jacqueline est originaire d’un coin du Québec qui a donné beaucoup de vocations religieuses à la Congrégation des Sœurs de la Charité d’Ottawa.  Née à Shawinigan, le 1er mai 1926, elle était la première fille du deuxième mariage de son père, Monsieur François-Xavier Champagne. Sa mère, Marie-Anne Champagne, n’avait que vingt-quatre ans quand elle se maria, et d’emblée elle accepta généreusement les sept enfants de ce jeune veuf, enfants dont les âges variaient entre un an et demi et quatorze ans. Ces derniers l’ont toujours considérée comme une vraie maman.  De son mariage avec Monsieur Champagne, sont nés cinq enfants portant le compte de cette belle famille à douze enfants.  Chacun avait sa place dans le coeur de la mère et « elle nous traitait tous avec la même bonté », pouvaient-ils dire.  Les enfants du premier mariage ont quitté la maison assez tôt, c’est pourquoi Soeur Jacqueline les a peu connus.  Elle a grandi aves ses deux frères, Jean-Roch et Lionel, qui lui ont appris l’art de jouer, de se défendre, et qui l’ont initiée à jouer aux cartes.  Que de fois, le soir, après la veillée, au lieu de la laisser dormir, ils l’appelaient pour jouer aux cartes avec eux, malgré les réprimandes de leur mère.

De son père, Jacqueline a hérité l’esprit de travail et la générosité.  C’est lui d’ailleurs qui venait border les enfants tous les soirs au coucher, car aucun ne voulait s’endormir « sans avoir reçu son baiser paternel ».

Jacqueline avait 4 ans quand la famille déménagea en face de notre couvent Saint-Bernard de Shawinigan.  Un nouvel attrait s’offrait à l’enfant qui ne se privait pas de traverser la rue pour aller faire un brin de causette avec les Soeurs quand elle les voyait se promener dans leur jardin secret.  Un jour, une religieuse lui ouvre la clôture et la fait pénétrer dans le fameux jardin.  “Regardez, cette petite fera une religieuse plus tard”, dit la bienveillante Soeur à ses compagnes.  À partir de ce moment, Jacqueline eut au coeur une certitude: elle sera religieuse.  Pour cette petite fille issue d’une famille foncièrement catholique et née d’une mère qui avait désiré être religieuse, ce désir n’avait rien de surprenant.

Quand vint l’heure de l’apprentissage scolaire, à l’âge de 7 ans, Jacqueline aurait préféré aller jouer plutôt que de se plier aux contraintes de l’ABC.  Si bien qu’à peine rendue dans la cour de l’école, elle s’enfuit chez elle, et c’est son frère Armand qui dut reconduire jusque dans la salle de classe sa petite soeur en larmes.  L’adaptation se fit assez rapidement. Sage à l’école, active dans la J.E.C., Jacqueline passait souvent ses samedis au couvent pour aider la responsable de la J.E.C., avouant préférer la présence des Soeurs au cinéma.  Chaque année, elle se méritait deux prix: le prix de religion et le prix spécial de bonne humeur.

À l’âge de 9 ans, une grande épreuve l’attendait. Après seulement 5 jours de maladie, son père mourut, laissant sa femme avec trois enfants: Jean-Roch, 11 ans, Jacqueline 9 ans et Lionel, 8 ans.  La courageuse mère dut pourvoir seule à la subsistance de sa famille en trouvant un supplément de revenus grâce à des travaux de couture.  Madame Champagne était une femme travaillante, généreuse, de grand coeur, aimant faire plaisir, une femme que Jacqueline a toujours trouvée sans défaut.

Jacqueline poursuivit ses études et, à 17 ans, dut remettre à plus tard son projet d’entrer chez les Soeurs Grises de la Croix: seule fille à la maison, elle ne pouvait laisser seule une mère malade.  Mais là encore une cruelle épreuve l’attendait: sa mère mourut des suites d’une grave maladie de coeur.  Jacqueline avait 19 ans.  Elle restait seule à la maison avec son frère Lionel.  Après maintes réflexions, on vendit tout; Jacqueline alla rester chez sa sœur, Blanche (Madame Georges Martel), et Lionel se mit en pension dans une famille amie.  Pendant un an, Jacqueline fut pensionnaire à l’École ménagère régionale de Sainte-Ursule, faisant ainsi sa 12e année chez les Soeurs de la Providence.  Enfin, après bien des hésitations, elle entre chez les Soeurs Grises de la Croix, au mois d’août 1946.  Elle commence son postulat avec l’enthousiasme d’une jeune fille qui veut se donner à Dieu pour toujours.  À part l’ennui, qui la visite très souvent, elle connaît beaucoup de bonheur et n’hésite pas à prononcer ses pre-miers vœux, le 15 juillet 1948, sous le nom de Soeur Jean-Lionel.

Sa première obédience la dirige dans l’enseignement à Shawinigan.  Mais elle n’y est pas heureuse.  On lui offre alors de faire son cours d’infirmière licenciée à l’école d’infirmières de l’Hôpital Sainte-Thérèse de Shawinigan.  Plus tard, elle se perfectionnera par des études en soins psychiatriques à l’Hôpital Saint-Michel Archange de Québec-Mastaï et par l’obtention d’un baccalauréat en sciences infirmières de l’Institut Marguerite-d’Youville de Montréal.  Cette riche formation l’a bien soutenue dans sa vie de service auprès des malades pendant plus de 30 ans.  Plusieurs de nos hôpitaux ont bénéficié de sa compétence et de son dévouement: à Cap-de-la-Madeleine, à Noranda, à Shawinigan, à Maniwaki, à Buckingham, à la Maison mère et à Ville-Marie.  Elle fut aussi directrice de l’École d’infirmières de l’Hôpital Saint-Michel de Buckingham.  On lui confiera des postes importants: responsable du département de médecine-chirurgie, surintendante de nuit, responsable de la salle d’opération, de la pharmacie, directrice de l’École des gardes-malades auxiliaires et des gardes-bébés, écoles où elle avait été professeure.  Elle fut aussi supérieure à Maniwaki, à Ville-Marie et à Saint-Jérôme.  Sa belle plume savait agrémenter la vie communautaire par des tirades et des chansons, pleines d’humour et de finesse, en laissant parler son cœur.

Après une longue et fructueuse carrière au service des malades, suit une période de cinq ans dans les services communautaires à Cap-de-la-Madeleine.  Mais, en 1999, son état de santé l’oblige à se retirer à notre Maison Béthanie, où on la voit très attentive à une amie malade.  Toujours elle restera fidèle à sa piété mariale, à son chapelet et à sa dévotion aux saintes plaies de Jésus.  En mars 2005, on dut la transporter à la Résidence Sacré-Coeur de la Maison mère où la maladie la contraignit de se déplacer en fauteuil roulant, ce qui ne l’empêcha pas toutefois de continuer à jouer aux cartes quand sa situation le lui permettait.

Soeur Jacqueline aimait la vie et savait mettre de la vie là où elle était.  Son amour du Christ s’est traduit dans sa disponibilité de service et dans sa joie communicative.  Elle affirme avoir été heu-reuse partout où elle est passée et avoir toujours eu le goût d’apporter la joie dans son milieu.  Peu portée à se plaindre, à parler de ses épreuves, elle comprenait que la mort est vie et ne la craignait pas.  Après avoir été missionnaire de la vie, de cette vie qui est Amour, Soeur Jacqueline nous a quittées paisiblement, le 8 février 2010, laissant le souvenir d’une femme vaillante, courageuse et dévouée, d’une compagne joyeuse, riche d’un grand répertoire d’histoires, habile à dérider, à faire rire.  C’est sous cette dernière caractéristique qu’on l’a dépeinte le jour de la fête de ses noces d’Or, dans le couplet suivant:

Un soir de printemps
Constellé d’étoiles,
Un nom fut écrit dans le ciel.
Avec allégresse, Dieu dit:
Soeur Jacqueline Champagne
Sera une étoile joyeuse.
Et sa jovialité fera rire
Les étoiles tristes.
Et Dieu vit que cela était bon.

Au ciel des vivants, son étoile est toujours brillante.  Jusqu’au bout, avec le Seigneur, elle vit à jamais dans la joie du Père!

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