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Sœur Gabrielle Jean
Jean-de-Milan
retournée à la Maison du Père le 8 juin 2010
à l'âge de 86 ans
et 65 ans de vie religieuse
+ 2321
1885
« À qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup. »
(Lc 12,48)Comment résumer une vie remplie comme celle de Sr Gabrielle Jean? Née à Lowell au Massachusetts, la deuxième enfant d’Alfred et de Claudine (Guillemette) Jean, elle est tôt entourée de trois petites sœurs et de deux frères, dont un ne vivra que quelques jours. Dans un humble logis du Petit Canada, le long de la rivière Merrimack, Gabrielle apprend tôt les pratiques religieuses du temps et les tâches domestiques.
Frêle de santé, la maman succombe à la tâche et laisse son époux seul pour élever les six jeunes, dont l’aîné a à peine 12 ans. Les enfants sont tous inscrits à l’école Saint-Joseph sous la direction des Sœurs Grises de la Croix qui les entourent d’affection et de sollicitude et les préparent à la réception des sacrements. Quoique le père embauche une jeune fille pour s’occuper des jeunes, ça ne suffit pas, et voici qu’il est aussi ravi à ses enfants trois ans après la perte de la maman.
Les grands-parents paternels et une tante célibataire prennent la relève. Gabrielle termine son cours primaire et est inscrite au cours secondaire catholique où elle réussit à merveille.
Un texte écrit de sa main lors de ses années de formation religieuse nous révèle qu’adolescente, elle caressait trois rêves : devenir institutrice, obtenir un doctorat et se faire religieuse.
Entrée au postulat en 1942, on s’aperçoit tôt de ses talents et elle se voit rattachée à Sr Paul-Émile qui est à rédiger l’historique de la Congrégation en préparation du Centenaire. Cette expérience lui servira plus tard.
Une fois professe, une seule année à l’enseignement primaire fait vite discerner qu’elle n’est pas tout à fait dans son élément. L’année suivante, les élèves plus sérieuses du secondaire lui plaisent davantage. Tout en enseignant, Sr Gabrielle poursuit ses études en vue de l’obtention du Baccalauréat en biologie, suivi de la Maîtrise en orientation. L’heure est aux évaluations psychologiques des candidates à la vie religieuse et Sr Gabrielle retourne aux études pour décrocher un Doctorat en psychologie, afin de pouvoir assumer ce service communautaire dans la Province Saint-Joseph. Et voilà que ses trois rêves d’adolescente se réalisent!
De 1961 à 1970, Sr Gabrielle enseigne la psychologie au niveau universitaire dans les États du Missouri, du New Hampshire, puis du Rhode Island. Ensuite, à la demande du théologien rédemptoriste Bernard Häring, elle reçoit la permission de passer un an à Rome afin de contribuer à l’édition de la traduction anglaise de ses volumes en morale et en éthique médicale.
Après deux ans comme conseillère au centre thérapeutique pour religieux, House of Affirmation, dans l’État du Massachusetts, la communauté lui demande de revenir à Lowell assumer le poste d’administratrice du Manoir D’Youville de 1976 à 1980. C’est dans cette période qu’elle instituera le Centre de Jour où des personnes âgées pourront y passer la journée, recevoir les soins voulus, et retourner au sein de la famille en soirée et en fin de semaine.
En 1981, elle élit domicile dans la capitale nationale de Washington, D.C., et œuvre pendant deux ans à CARA, centre de recherche pour l’apostolat, puis donne trois ans par la suite à l’Institut Saint-Luc, centre thérapeutique pour clergé et religieux.
À partir de 1986, jusqu’à 1994, lorsqu’elle sera nommée supérieure provinciale, Sr Gabrielle s’adonne à l’évaluation des candidats pour la prêtrise et le diaconat permanent dans l’Archidiocèse de Washington, ainsi que des candidats à la vie religieuse pour certaines congrégations masculines.
Tout au long de cette période, Sr Gabrielle publiera plusieurs articles dans des revues destinées aux religieux, commentera la Lettre pastorale de la Conférence des Évêques sur les soins de santé et présentera des conférences dans des organismes à l’échelle nationale.
Entre temps, la congrégation lui demande d’entreprendre la traduction des deux volumes de Sr Paul-Émile sur Élisabeth Bruyère et l’historique de la Congrégation afin que nos Sœurs anglophones aient accès aux sources de notre histoire. Lors de la parution de la biographie d’Élisabeth Bruyère, oeuvre de M. Émilien Lamirande, on lui en confie aussi la traduction officielle. Cette immersion dans nos racines et notre histoire lui permit par la suite d’offrir des présentations très appréciées aux Sœurs de la province, aux Associés et Associées, ainsi qu’à des rassemblements de Sœurs Grises.
Lors de son mandat comme supérieure provinciale, malgré le vieillissement qu’elle constate tout autour d’elle, Sœur Gabrielle tente d’ouvrir une nouvelle mission à Newark, NJ, parmi une population plutôt espagnole. Les Sœurs y demeureront onze ans. Elle voit aussi à la construction d’un nouvel édifice pour le Manoir D’Youville (maintenant D’Youville Senior Care Center) afin de mieux servir la population aînée selon les normes révisées du gouvernement. Elle participera pleinement à l’expansion des services qui y sont offerts.
Les talents de Sr Gabrielle ne se limitaient pas au domaine intellectuel. Qui n’a pas admiré ses broderies et ses tricots, ou dégusté ses mets lorsqu’elle revenait à Lowell au temps des Fêtes?
Malgré les succès dont a joui Sr Gabrielle et la longue liste d’honneurs qui lui furent octroyés, ce n’est qu’en lisant son curriculum vitae que l’étendue de ceux-ci nous est connue. Sr Gabrielle n’était pas du genre à se vanter de ses exploits. Le Seigneur l’avait comblée d’une intelligence supérieure qu’elle a utilisée pleinement pour la gloire de Dieu et non pas la sienne.
Qui aurait soupçonné que cet esprit brillant succomberait à une terrible maladie, celle de la dégénérescence des cellules du cerveau? Pendant plus de cinq ans, Sr Gabrielle fut soignée dans l’unité des soins spécialisés qu’elle avait elle-même fait établir à D’Youville Senior Care Center. Elle qui avait cherché à apporter des soins appropriés aux plus vulnérables parmi les aînés se voit invitée à vraiment s’identifier à eux et à partager leur sort. Sans doute, le Seigneur l’y attendait et l’a choyée de maintes façons grâce aux soins excellents qu’elle y reçut.
Sœur Gabrielle s’éteignit doucement l’après-midi du 8 juin 2010. Que Dieu lui accorde maintenant la récompense réservée aux fidèles servantes.