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Sœur Gertrude Boucher
Sœur Hélène-de-la-Croix
retournée à la Maison du Père le 15 mars 2010
à l'âge de 96 ans
et 71 ans de vie religieuse+ 2032
1883
« Bénis le Seigneur, ô mon âme;
n’oublie aucun de ses bienfaits. »(Ps. 102,2)Se rappeler la mémoire de Sr Gertrude Boucher, c’est voir devant soi une personne qui a su vivre sa vie à plein, utilisant tous les dons dont le Seigneur l’avait gratifiée.
Née à Lowell, Massachusetts, aux États-Unis, le 1er février 1914, la deuxième enfant d’Édouard et d’Hélène (Lemay) Boucher, la venue de cette petite crée une certaine anxiété, puisque l’aînée était décédée prématurément. Mais l’enfant était bien en santé et sera suivie de deux autres soeurettes.
M. Boucher est bon travailleur, issu de souche canadienne française, mais naturalisé américain. Ces parents chrétiens mettent à l’honneur les pratiques de dévotion : messe quotidienne, Vêpres du dimanche, offices religieux, récitation du chapelet. Cette dernière pratique est parfois remplacée par la récitation des 40 Paters, au plaisir des petites filles qui voyaient ainsi raccourci le temps de prière à genoux.
Gertrude sera baptisée et fera sa première communion à l’église Saint Joseph de Lowell, mais sera confirmée dans la paroisse Sainte Jeanne d’Arc nouvellement ouverte en 1924. Elle s’inscrit au cours élémentaire de l’école Sainte Jeanne d’Arc avec les Sœurs Grises de la Croix de la 1ère à la 4e année, puis à l’école St Joseph, encore avec les mêmes religieuses de la 5e à la 8e année. L’ouverture du cours secondaire en 1928 lui permet de poursuivre ses études malgré un temps de dépression économique où la plupart des parents dirigeaient leurs filles vers les filatures. Encore sous la direction des Sœurs Grises de la Croix, Gertrude se distingue dans ses études et reçoit un diplôme « cum laude ».
C’est à la fin de son cours qu’elle parle à ses parents de son projet de vie religieuse, mais son papa lui demande d’attendre un peu. Gardant son secret au plus profond d’elle-même, la jeune adolescente s’adonne à tous les aspects de la vie paroissiale, civique et sociale : rencontres de jeunes, pièces dramatiques, sports, fréquentations. Durant ce temps, elle enseigne au cours primaire de l’école Sainte Jeanne d’Arc, tout en poursuivant ses études post-secondaires. À l’âge de 22 ans, la décision est prise et Gertrude fait son entrée au noviciat d’Hurdman’s Bridge.
Tôt après sa profession en 1938, Sr Hélène-de-la-Croix reçoit une obédience pour la 9e année à l’école Sainte Croix d’Ogdensburg, NY. Elle reviendra à Ottawa l’année suivante pour enseigner l’anglais pendant six ans au couvent Notre-Dame-du-Sacré-Coeur. En 1945, elle retourne à son Alma Mater de Lowell comme professeure d’anglais et de latin, ainsi que bibliothécaire. Elle assumera le poste de directrice de 1955 à 1968, voyant à la fusion de l’école secondaire avec le collège des Frères Maristes pour devenir cours secondaire mixte.
Ayant obtenu un Baccalauréat du collège Rivier de Nashua, NH, ainsi qu’une Maîtrise en Bibliothéconomie de l’Université Villanova de Pennsylvanie, en plus des cours en administration scolaire de l’Université catholique de Washington, D.C., Sr Gertrude se voyait bien prête à entreprendre tout poste que l’obéissance lui confierait. C’est surtout comme bibliothécaire, à l’école Saint Joseph de Haverhill que Sr Gertrude se trouvera vraiment dans son élément et y vivra 22 ans d’apostolat avant d’y prendre sa retraite à l’âge de 75 ans.
Pour elle, ceci n’invite pas au chômage. Elle est embauchée à temps partiel au bureau de la paroisse où elle s’initie à l’ordinateur. Deux fois par semaine elle se rend au Centre civique donner des cours d’alphabétisation aux adultes ou aider ceux qui se préparent pour l’examen leur permettant de décrocher un diplôme du secondaire.
Le Mouvement charismatique l’intéresse, et pendant dix ans, elle participe aux rencontres de prières, aide dans la formation des responsables, se faisant présence et appui pour les membres. Elle devient ministre de l’Eucharistie à la paroisse et dans les foyers d’accueil pour personnes âgées.
Un talent d’artiste découvert tôt dans la vie et toujours entretenu se développe davantage pendant ces années plus tranquilles. Elle s’inscrit à l’Association des Artistes de Haverhill et participe aux expositions annuelles avec ses peintures à l’huile. Partout où elle passe, Sr Gertrude se fait des ami(e)s et laisse sa trace de femme à l’écoute.
En 1994, voyant le ralentissement de ses activités, elle accepte d’élire domicile à la Résidence Saint Joseph. Malgré quelques revers de santé, on la voit, assise dans la balançoire avec une compagne aveugle pour partager une lecture, ou visitant les résident(e)s au Manoir D’Youville, rédigeant des nécrologies, confectionnant au crochet des chapeaux, des mitaines ou des ensembles pour nouveau-nés, aidant au réfectoire ou au téléphone – jamais à ne rien faire, Sr Gertrude trouve des façons de servir.
La dégénérescence maculaire l’empêche de s’adonner à la lecture à son goût, mais elle réussit à obtenir les services d’un organisme qui fournit gratuitement des cassettes de lecture pour les aveugles. Son intérêt aux activités communautaires, aux nouvelles locales et mondiales reste toujours en éveil et tout est porté dans sa prière. Son sens de l’humour ne la quitte pas, même dans ses dernières années où elle se demandait si Dieu l’avait oubliée. Elle s’intéressait à tout, jusqu’à rédiger une lettre à l’ex-président Bush pour exprimer son désaccord avec la déclaration de la guerre en Iraq. Sr Gertrude avait écrit sur un bout de papier avec une plume feutre : « Vieillir, c’est accepter d’être recyclée! » C’est une devise qu’elle vivait à plein!
En 1994, elle composa la prière suivante, inspirée d’une image de ballons flottant librement dans un ciel ensoleillé :« Ô la joie d’être libérée de tout ce qui nous retient captive : libre de t’aimer, Seigneur d’un cœur qui reconnaît sa pauvreté; libre d’espérer avec un sens d’appartenance à son Dieu; libre de croire avec l’assurance de ta présence aimante; libre de lâcher prise pour s’envoler très haut dans la sécurité de l’insécurité.
Toi seul, Seigneur, peut m’aider à voir le monde de cette optique, ce monde blessé en quête de guérison. Merci, Seigneur, de dénouer les liens qui me retiennent. Merci pour les dons que tu m’as donnés pour que je les partage. »
Consciente jusqu’à son dernier moment, Sœur Gertrude fit librement le don de sa vie au Seigneur et s’envola paisiblement vers son Dieu qui l’attendait à bras ouverts.