Notre histoire

 

Notice biographique

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Soeur Délima Tremblay 

Sœur Délima Tremblay
Sœur Marie Léa

 

retournée à la Maison du Père le 24 janvier 2010
à l'âge de 91 ans
et 66 ans de vie religieuse

+ 2285

1879

 

Je suis la servante du Seigneur; qu’il m’advienne selon ta parole.

(Lc 1, 38)

« Comme Marie, je peux dire : “Je suis la servante du Seigneur” », lisons-nous dans les notes personnelles de Soeur Délima Tremblay.  C’est le constat de toute une vie qui se résume en ces quelques mots; oui, Soeur Délima a été vraiment la servante du Seigneur, comme nous allons le constater en lisant ce récit.

Le 10 juin 1910, un jeune couple, Albert Tremblay et Délima Barrette, s’étant juré fidélité au pied de l’autel dans l’église Saint-Joseph d’Orléans, s’établit dans la paroisse Notre-Dame de Lourdes, à Eastview.  Après trois ans de mariage, l’ardente épouse, n’ayant pas encore eu le bonheur de mettre un enfant au berceau, promet de faire un pèlerinage à Rigaud pour obtenir des enfants.  Ses vœux sont exaucés : elle sera mère de quatorze enfants.

Précédée de trois garçons, une frêle petite fille vient combler la joie des parents le 26 août 1918 et reçoit le Baptême le même jour, sous le nom de Marie Délima Claudia.  Vivra-t-elle, cette chère enfant, se demande la Maman, puisqu’elle ne marche pas encore à la veille de ses deux ans?  Autre inquiétude lorsqu’à l’âge de quatre ans, la petite Délima est atteinte de diphtérie.  Mais la Vierge de Lourdes, invoquée avec confiance, vient au secours de ce foyer chrétien qui ne se laisse pas vaincre en générosité.  En 1923, la famille doit aller demeurer à Merrickville, là où M. Tremblay trouve un emploi chez un riche propriétaire, M. H.F. MacClean.  Temporairement, la jeune Délima doit demeurer chez un oncle pour faire sa première communion; le curé de la paroisse la prépare à recevoir Jésus-Hostie.  Elle a six ans lorsqu’elle commence son cours primaire à l’école publique anglaise de Merrickville - tout un défi pour elle.  Le 15 septembre 1930,  elle reçoit le sacrement de Confirmation.  Pas facile non plus pour Mme Tremblay de s’adapter à un village tout à fait étranger et entièrement anglais; cependant elle n’en laisse rien voir aux enfants.  Étant d’une nature gaie, cette femme de maison dépareillée aime recevoir les visiteurs; toujours prête à rendre service, elle aime le beau, le chant, la musique.  La vie familiale suit son cours dans la piété et la pratique des vertus chrétiennes, bénéficiant des largesses et des bienfaits de M. MacClean. Mais l’épouse de cet homme fortuné ne l’entend pas de la même façon; rongée par la jalousie, elle suscite de graves difficultés au point d’obliger la famille Tremblay à quitter les lieux.

Le père devra se trouver un autre emploi.  En attendant, la famille vient demeurer chez les grands-parents à Eastview; c’est alors que M. Tremblay est embauché par M. John Heney (gérant d’une compagnie de charbon) à Ottawa, ce qui lui permet d’acheter un assez grand terrain, à Cyrville, pour y faire un jardin et garder quelques animaux.  À peine un an après l’acquisition de ce nouveau logis, le feu ravage la maison (le 15 décembre 1931); Délima se rappelle avoir sauvé son jeune frère de neuf mois, juste avant que le toit s’effondre.  Il n’y a aucune assurance sur cette maison, mais les parents mettent leur confiance en la Providence : « Le bon Dieu nous a aimés en nous donnant des enfants en pleine santé, dira la brave Maman;  je crois qu’avec l’aide de Dieu et de la Très Sainte Vierge, nous pouvons reconstruire un nouveau logis. »  La famille trouve refuge chez deux oncles à Estview, et ce n’est que deux ans plus tard que M. Tremblay peut acheter une maison assez grande dans le modeste village de Cyrville.

Quant à Délima, elle trouve un emploi chez une dame comme gardienne d’enfants, responsabilité qui lui convient à merveille.  Elle a 18 ans lorsqu’elle entend la voix de l’Époux l’appelant à la vie religieuse.  « J’ai dû abandonner mon idée, écrit-elle, car mes parents trouvaient que j’étais trop jeune, que je ne connaissais pas assez le monde. »  À 22 ans, sur le conseil de son directeur spirituel, le Père Antonio Hamel, O.M.I., elle fait une retraite fermée; celui-ci la dirige chez les Petites Sœurs de la Sainte-Famille et elle demande son entrée pour le mois de décembre.  Mais le décès subit de sa petite sœur de neuf ans, Berthe, le 3 décembre 1941, vient bousculer son itinéraire.  C’est plutôt chez nous, au Noviciat d’Hurdman’s Bridge, qu’elle fait son entrée le 15 janvier 1942.  Postulante, elle n’a aucune difficulté à s’initier aux différents travaux domestiques, car elle a été à bonne école auprès de sa mère, véritable cordon-bleu.  Cependant, l’épreuve de la maladie de celle-ci ébranle quelque peu la vocation de la novice; après un temps d’hésitation, elle s’engage résolument et adopte un idéal sérieux qu’elle exprime ainsi : Devenir une parfaite religieuse avec ce que j’ai. Ses deux années de formation religieuse terminées, elle prononce ses vœux de religion le 3 janvier 1944, sous le nom de Soeur Marie-Léa (du nom de sa sœur plus jeune, entrée six mois avant elle, Soeur Jean-Raymond).  Possédant beaucoup d’aptitude pour l’art culinaire, en plus d’une belle qualité de relations humaines, la jeune professe reçoit comme obédience la charge de cuisinière, tout d’abord à Fort-Coulonge, puis, elle est responsable, durant cinq ans, à la grande cuisine de l’Orphelinat Saint-Joseph; elle travaille ensuite, cinq ans à Rockland.  En 1952, ayant obtenu un diplôme supérieur en sciences domestiques (Ottawa-Bourget), elle sera, durant neuf ans, responsable de la cafétéria de l’Hôpital Général d’Ottawa.  On peut deviner la somme imposante de travail que cette responsabilité comporte.  En 1966, on la retrouve au service des chapelains à l’Hôpital Général d’Ottawa, durant sept ans, puis comme assistante-diététiste, durant quatre ans.  On apprécie la discrétion et la délicatesse de cette religieuse effacée, mais perspicace et soucieuse du travail bien fait.  En 1978, elle se rend à l’Hôpital Saint-Vincent travailler comme sacristine, durant sept ans, puis à la pastorale des malades, durant cinq ans, rôle qu’elle continue ensuite au Couvent Saint-Luc.  Toujours disponible et prête à dire Me voici, elle accepte, à son âge (75 ans), la supervision de la cuisine au Couvent Jean-Paul II.  Après deux ans, elle revient en pastorale au Centre de Santé Élisabeth-Bruyère.

La maladie a finalement raison de cette femme accomplie, comme l’a surnommée une compagne d’alors qui l’a vue à l’œuvre.  Admise à la Résidence Sacré-Cœur, en janvier 2003, Soeur Délima accepte avec sérénité sa condition de malade et avec grande reconnaissance les bons soins prodigués.  En toute simplicité, elle s’abandonne à la sainte Volonté du Père, goûtant davantage les bienfaits du silence et de la solitude.

Même avec une santé fragile, Soeur Délima laisse le souvenir d’une femme forte, réaliste et courageuse; elle a traversé ses dures années de labeur sans se plaindre de la fatigue, des contretemps inévitables, affichant toujours un sourire accueillant.  À l’instar de Mère Bruyère, elle a su relever les défis qui se présentaient, respectueuse des autorités, attentive au bonheur des autres; sa grande intériorité transparaissait sur son visage empreint de douceur et de bonté. Son attrait pour le jeu de cartes faisait d’elle une compagne agréable, très sociable, capable de patience et d’humour. Femme de foi, d’écoute et de compassion, elle savait au bon moment glisser un mot de Dieu d’une façon aimable et optimiste.  Heureux les malades qu’elle a visités, consolés et réconfortés!  Grande amante de la Vierge Marie, que de chapelets elle a égrenés à longueur de journées en faveur des membres de sa famille qu’elle aimait beaucoup et aux grandes intentions de l’Église et de la Congrégation.

Soeur Délima a placé toute sa confiance en la Vierge Marie, sûre de sa puissance et de son amour.  « Elle était ma protectrice, a-t-elle écrit, j’en ai eu des signes tangibles. »  Voilà le secret de sa spiritualité : « Marie, ma Mère, avait une grande place dans ma vie; j’avais recours à elle souvent afin que je puisse faire la sainte Volonté de Dieu. »  C’est pourquoi, en ce 24 janvier 2010, elle s’entend dire la Parole d’or : « Viens, bonne et fidèle servante; reçois le Royaume qui t’a été préparé; entre dans la joie de ton Maître. »

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