
Sœur Claire Ménard
Claire-du-Crucifix
retournée à la Maison du Père le 4 octobre 2010
à l'âge de 74 ans
et 51 ans de vie religieuse
+ 2933
1894
Vivre pleinement mon quotidien,
l’aujourd’hui de Dieu plein de son appel.La joie est à son comble au foyer de Lorenzo Ménard en ce 17 novembre 1935. Son épouse, Délisca Myre, vient de mettre au monde une fillette pleine de santé, la sixième enfant de cette famille. Portée au baptême le jour même, à l’église Saint-Alphonse-de-Liguori de Hawkesbury, elle reçoit le nom de Marie Emma Claire.
La vie s’écoule paisible et heureuse sous ce toit où règnent la foi chrétienne et l’amour. Le père, vaillant menuisier architecte, doit trimer dur en cette crise économique des années 30 au pays. La mère s’ingénie à développer les qualités de cœur de sa progéniture à qui elle inculque une éducation de choix. Bientôt, un septième enfant viendra compléter la lignée.
L’heure de fréquenter l’école sonne enfin pour la petite Claire, pétillante d’esprit et de joie. Quel bonheur d’aller rencontrer des amis et d’apprendre plein de choses à l’Académie Sacré-Cœur!
Très tôt hélas, la bambine doit affronter de pénibles épreuves. À peine âgée de 7 ans, elle perd sa chère maman emportée par la maladie dans la fleur de l’âge. Le courageux papa, assisté de Cécile, sa fille aînée, doit assumer toute la responsabilité de la maisonnée. À cette même époque, la charmante enfant vit les moments très profonds de son premier pardon, de sa première communion, de sa Confirmation. L’absence de sa maman se fait ressentir de façon cuisante devant l’impossibilité de partager avec elle. Bientôt, un autre deuil cruel s’abat sur ces gens déjà éprouvés : un camion hors contrôle vient faucher le fils cadet, Maurice, alors qu’il jouait paisiblement sur le trottoir. La jeune Claire pleura amèrement ce petit frère chéri, son compagnon de jeu de tous les jours.
Ses études à l’école secondaire de Hawkesbury, marquées par une intelligence brillante et une application impeccable, la gardent en contact avec des Sœurs Grises de la Croix. Très jeune, elle avait éprouvé un attrait pour la vie religieuse; au cours de sa formation à l’école Normale de l’Université d’Ottawa, son rêve se précise : elle deviendra religieuse missionnaire en Afrique. Après une année d’enseignement aux tout-petits dans sa ville natale, elle entre au noviciat des Sœurs Grises de la Croix le 1er août 1957 et fait profession en 1959 sous le nom de Sœur Claire-du-Crucifix.
Sa vie professionnelle s’amorce à l’école Genest d’Ottawa où, pendant trois ans, elle forme le cœur et l’esprit des bambins de première année. Enfin, le rêve caressé depuis si longtemps se concrétise. Au lendemain de sa profession perpétuelle, le 7 août 1962, elle met le cap sur l’Afrique centrale, région du Malawi et de la Zambie, où elle se dépensera pendant 17 ans; sans délai, elle se met en devoir d’apprendre la langue du pays, le Chichewa. Affectée d’abord au directorat et à l’enseignement élémentaire à Guillemé puis à Ludzi, (Malawi), elle revient au Canada en 1968 pour un ressourcement en missiologie à l’Université d’Ottawa. Entre les années 1969 et 1974, on la retrouve à Ludzi, (Malawi), puis à Kasiya, (Zambie), où elle enseigne les matières commerciales. Finalement à Chipata, (Zambie), elle dispense son savoir dans notre école-pensionnat Sainte-Monique qui regroupe 500 élèves.
De retour au Canada en 1974, elle profite d’abord d’un ressourcement religieux, l’année de foi. Deux années d’enseignement privé au Collège Notre-Dame de Sudbury et cinq ans auprès de ses « choux à la crème », à Carlsbad’s Springs, marquent son dernier congé au pays. Au cours de cette même période, un événement inqualifiable vient bouleverser sa famille si unie. Au matin du 16 septembre 1980, on lui annonce que son frère, Raymond, restaurateur à Hawkesbury, a été retrouvé lâchement assassiné dans son restaurant la nuit précédente. La Providence avait permis que cette tragédie se produise alors qu’elle était au Canada, où elle pourrait être une source de réconfort auprès des siens. Jusqu’à sa mort, Soeur Claire a sans cesse prié pour la conversion du meurtrier.
En 1982, c’est le retour en Afrique. L’école Ste-Monique de Chipata la reçoit de nouveau pour deux années, au cours desquelles elle remplit également les mandats de supérieure et de comptable au couvent. Durant les trois années suivantes, ses talents de secrétaire sont mis à profit au séminaire des Pères Blancs, à Kachebere, Malawi. Selon le témoignage d’une compagne qui a œuvré avec elle en Afrique, Sœur Claire a toujours démontré une grande perfection dans l’exécution de son travail. Très ardente, sans jamais manifester d’ennui ou de fatigue à la tâche, et sans calculer son temps, elle était toujours disposée à rendre service. Elle aimait ses élèves et le peuple en général, et elle fut très aimée en retour.
Les mêmes traits de sa riche personnalité se vérifient également au Canada. Fière de sa congrégation, heureuse d’en être membre, elle vit son engagement avec enthousiasme et fidélité. Ses compagnes recherchent sa présence joviale, ses rires en cascade, ses fines taquineries, ses conversations intéressantes. Son intelligence très vive lui permet de s’adapter à la nouvelle technologie. La moindre délicatesse suscite chez Sœur Claire, très sensible, une grande joie, comme le plus petit coup d’épingle lui inflige une profonde blessure.
L’année 1987 la retrouve définitivement au Canada. Elle exerce ses multiples talents au service interne de la congrégation; tout d’abord, elle prête main-forte au secrétariat général pendant plus de onze ans. Considérant alors son profond esprit communautaire, on lui confie la responsabilité des Associés à la Congrégation pour la province Sacré-Cœur, tâche où elle se dévouera pendant cinq ans. Elle remplit, de plus, la fonction de responsable du secrétariat au cours des Chapitres généraux de 1992 et 1998. En 1998, elle est nommée secrétaire et conseillère de la province Notre-Dame (Hull).
Sœur Claire fait preuve d’un grand attachement envers sa famille qui le lui rend bien. Elle fait coïncider sa visite annuelle avec l’anniversaire de naissance de sa sœur aînée Cécile qu’elle nomme affectueusement sa « petite mère ». Elle vibre à chaque événement qui surgit parmi eux : mariages, naissances, deuils ou anniversaires.
Sœur Claire est la fille privilégiée de Mère Bruyère. En 1989, à l’occasion du procès informatif diocésain en vue de la béatification, elle exerce la responsabilité de pro notaire. Selon son propre témoignage, cette expérience unique lui insuffle un élan spirituel nouveau et l’incite à se donner toujours davantage au service de sa communauté et de l’Église. Ce long périple la conduit, en 2001, à son obédience ultime, celle d’œuvrer au Centre de la Cause d’Élisabeth Bruyère où son travail - correspondance, recherches, revue Échos - la baignent sans cesse dans le cœur de sa Mère.
La vie spirituelle de Sœur Claire s’unifie autour d’une conviction profonde : VIVRE PLEINEMENT SON QUOTIDIEN, ce quotidien apprêté exclusivement pour elle par son Dieu qui l’assaisonnait généreusement de son Amour divin. Ses notes personnelles regorgent d’allusions à son désir de rester branchée sur Dieu à l’écoute de ses appels constants. Une telle spiritualité constitue le fondement de sa fidélité à la prière, particulièrement à l’Eucharistie. Elle explique encore sa grande application au travail bien fait ainsi que la qualité de ses relations avec le prochain.
La maladie s’insinue dans sa vie et trop tôt, le verdict fatal s’abat sur elle : un cancer sournois est devenu son hôte indésirable. Notre vaillante lutteuse accepte les traitements proposés en dépit des effets secondaires très pénibles. D’autres lourdes épreuves marquent la période de son séjour à l’infirmerie : ses deux seuls frères vivants la précèdent dans la tombe. Une faiblesse extrême marque ses dernières semaines, bien qu’elle garde une parfaite lucidité.
La veille de sa mort, elle se communie elle-même, tendant la main pour saisir son Dieu qui venait à elle. Le lundi 4 octobre, après une heure de semi-coma, elle va retrouver son Dieu pour vivre l’éternel AUJOURD’HUI.