Notre histoire

 

Notice biographique

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Soeur Annette Mignault 

Sœur Annette Mignault
Sainte-Jacqueline

 

retournée à la Maison du Père le 25 février 2010
à l'âge de 95 ans
et 72 ans de vie religieuse

+ 1985

1882

 

« Ce que vous avez fait au plus petit des miens,
c'est à moi que vous l'avez fait. »

(Mt 25, 40)

Cette parole de Jésus a été le leitmotiv de notre chère Soeur Annette Mignault.  Toutes celles qui l’ont connue sont unanimes à reconnaître en elle l’image de la bonté du Père pour tous ses enfants, surtout les petits, les faibles et les mal pris.  Le coeur attentif, le regard lumineux, un sourire réconfortant, les mains ouvertes, ne jugeant personne, ne condamnant jamais, Soeur Annette a été la bonté incarnée, une réplique filiale de la charité de Mère d’Youville qu’elle chérissait et priait.

D’où lui vient cette orientation évangélique?  Son milieu fami-lial peut nous l’expliquer, partiellement du moins.  Annette vit le jour à Sherbrooke, le 31 octobre 1914, et devint enfant de Dieu et de l'Église le même jour en la cathédrale qui, à cette époque, n'était qu'un soubassement.  Elle fut la première enfant à égayer la famille de Louis Mignault et de Joséphine Cartier. Le père était un arpenteur-géomètre pour la Province de Québec, travail qui occa-sionnait de nombreux déplacements.  La maman était née dans la maison historique aux sept cheminées qu'avait occupée feu Sir Georges-Étienne Cartier, son grand-père, un défenseur des droits de notre peuple canadien-français.  Soeur Annette compte d'autres gens importants parmi ses ascendants, tels que Monseigneur Alexandre Taché, illustre prélat de l'Ouest canadien, le Père Alexandre Taché, o.m.i., et notre sainte Marguerite d'Youville du côté de sa mère, petite-fille de Pierre Boucher, ancien gouverneur de Trois-Rivières.  Leurs enfants, deux garçons et deux filles bien choyés par les parents, les grands-parents et les oncles et tantes, ont reçu de la maman une éducation soignée.

Annette commence à fréquenter l'école au Mont Notre-Dame de Sherbrooke à 7 ans, école privée dirigée par les Soeurs de la Congrégation Notre-Dame.  À 8 ans, elle reçoit le Corps du Christ pour la première fois, à la cathédrale de Sherbrooke.  Les parents quittent cette paroisse en 1923 pour s'établir dans le quartier Saint-Jean-Baptiste;  Annette retrouve alors les filles de sainte Marguerite Bourgeois dans l'école de son patelin.

Toute jeune, Soeur Annette a senti qu’elle avait reçu de Dieu un charisme spécial.  Sa mère désirait des parchemins pour son aînée, et rêvait de lui assurer une éducation supérieure en l’envoyant dans les meilleures écoles, elle lui fit même apprendre le piano;  mais Annette ne manifestait aucun goût pour l’étude et pour tout travail intellectuel.  Très espiègle et quelque peu revêche, Annette essaie de tromper la vigilance de sa bonne maman.  Un jour, elle simule des douleurs aux jambes, pour ne pas se rendre à l'école.  Fine psycho-logue, la maman devine le motif du subterfuge de sa fillette.  Elle avertit la bonne de ne monter qu'un très léger déjeuner à la prétendue malade.  À 11 heures, la maman lui fait repasser ses leçons... Désarmée, Annette décide de retourner à l'école dès l'après-midi.

Secrètement, le Seigneur la modelait à l’image de son Fils.  Il lui a fourni maintes fois l'occasion d'exercer la compassion envers les démunis.  Elle aimait nous rappeler la joie qu'elle éprouvait lorsque, âgée de 8 à 10 ans, à Sherbrooke, sa ville natale, elle allait visiter les personnes de l'Hospice Saint-Charles avec sa grand-mère;  la satisfaction qu'elle ressentait à porter aux familles pauvres les paniers préparés par sa chère maman; l'exemple de l'oncle médecin qui visitait les familles sur les petites rues, car, lui disait-il, « il y a beaucoup de médecins qui visitent les grandes rues ».

Annette a 10 ans quand sa famille déménage à l'Annonciation, comté Labelle.  Des Soeurs de Sainte-Croix continuent sans succès la formation académique de la trop peu studieuse élève.  Parvenue à 13 ans, Annette doit accepter d'être pensionnaire à Saint-Denis sur Richelieu.  Les parents en viennent à cette décision dans l'espoir de voir leur adolescente prendre goût à l'étude.  La grand-maman reçoit sa petite-fille les jours de congé.  En 1928, la famille Mignault est appelée à vivre à Hull.  C'est au Pensionnat d'Aylmer, tenu par les Soeurs Grises de la Croix, qu'on retrouve Annette pendant deux ans.  Une tante de celle-ci, religieuse chez les Soeurs Grises de Saint-Hyacinthe, avait recommandé cette maison d'éducation aux parents soucieux de l'avenir de leur fille. Durant plusieurs années, les parents lui ont fait donner des cours de piano, croyant que l'art musical serait un champ d'intérêt pour la jeune fille.  Annette aimait la musique mais n'avait pas confiance en elle. À 17 ans, Annette apprend l'anglais au Collège Gloucester d'Ottawa, puis à 18 ans, elle a la chance de suivre un cours commercial.

Entrée au noviciat en 1935, il s’en fallut de peu qu’elle retourne chez elle, car des membres de l'Administration générale voulaient en faire une maîtresse d'école ou de piano.  Mais la postulante affirme qu'elle restera en communauté pourvu qu'on mette à profit son charisme de compassion dans des oeuvres de charité comme celles de Mère d'Youville.  Devant la sincérité de l'aspirante, les autorités y voient une orientation à respecter.  Aussi dès son postulat, on l'envoie à l'Hospice Saint-Charles d'Ottawa.  Là, elle se sent heureuse et comblée.  C'était la voie que le Seigneur lui traçait.

Toujours, Soeur Annette, s’est donnée au service des autres.  Sa bonté innée, fruit de l'Esprit, la gardait attentive et présente à tous ceux qui réclamaient une attention, un service.  Que ce soit le vieillard souffrant de solitude, l'enfant de l’Orphelinat Saint-Joseph cherchant une main tendue, la fillette pensionnaire qui s'ennuyait ou la consoeur qui avait besoin d'écoute, Soeur Annette était là, femme disponible et heureuse, prête à consoler ou à secourir.  Son champ de service actif n’avait pas de frontières.  Mais c’est peut-être pendant ses 24 années d’apostolat à la Baie James, à Fort-Georges et à Albany, qu’elle fut le plus heureuse, près de ces petites pensionnaires à qui elle a donné sans jamais se lasser tout ce que son coeur de mère inventait pour leur bonheur.  Elle allait jusqu’à se priver de vacances l’été pour rester auprès de celles que leurs parents laissaient au couvent.  Avec Soeur Annette, les petites se sentaient en sécurité, aimées, choyées, et ne manquaient de rien.  Retraitée, Soeur Annette nous montrait fièrement des photos de ces petites Amérindiennes et leurs lettres touchantes dans lesquelles elles l’appelaient tendrement : “Mummy”.

Un livre qui lui était cher et qui ne la quittait pas, surtout quand elle eut plus de temps à elle, c’était sa Bible.  Que de fois on l’a vue, dans la solitude de la chapelle, penchée sur sa grosse Bible, comme en dialogue avec la Parole, et ne se privant pas d’écrire ses réflexions directement dans son livre.  « C’est ma Bible », nous disait-elle, comme pour s’excuser.  Que d’heures elle a passées ainsi dans la prière, la contemplation.

Cette identification progressive au Christ Jésus ne faisait pas de Soeur Annette un être désincarné.  La famille a toujours compté à ses yeux.  Elle était fière de son ascendance et avait bien des raisons de l’être.  Très attachée aux siens, à sa sœur, Jacqueline, et à ses frères, Pierre et Cartier, à son oncle Alexandre, aux enfants de Cartier, Louise, Charles et Guy, qui lui étaient si chers et qui lui ont apporté tant de bonheur par leur présence et leur affection.

Après une belle vie de 95 ans, cette femme, pleine de tendresse envers les démunis de toutes sortes, qu'elle a servis comme si elle avait servi le Christ lui-même, entend certainement le Christ lui répéter en lui tendant les bras: « Ma chère Annette, ce que tu as fait au plus petit des miens, c'est à moi que tu l’as fait.  Viens partager ma vie. » Connaissant Soeur Annette, nous pouvons lui dire: « Nous avons encore besoin de toi.  Au Ciel, près de Mère d’Youville et avec elle, souviens-toi de nous, continue à aimer, à faire du bien aux petits et aux mal pris de la terre. »

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