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Notice biographique

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Soeur Agathe Houle

Sœur Agathe Houle
Agathe-du-Sacré-Coeur
 

retournée à la Maison du Père le 6 décembre 2010
à l'âge de 96 ans
et 75 ans de vie religieuse

 

+ 1907

 

1904

 

 

Je plonge en l’infini, c’est là mon héritage.

Après avoir maintes fois répété cette parole d’Élisabeth de la Trinité, durant ses heures d’adoration offertes au Seigneur chaque jour, depuis l’âge de 65 ans, Sœur Agathe Houle exécute le grand et définitif plongeon en ce début de décembre. Quelle vie l’avait préparée à répondre sans crainte ni hésitation à l’appel de son Dieu?  Cherchons la réponse dans les lignes suivantes.

Née à Clarence Creek, en Ontario, le 15 février 1914, et baptisée le lendemain, elle est la sixième d’une famille de onze enfants, « donc le noyau de la famille », écrit-elle. Son père, Amédée Houle, est chef et télégraphiste à la gare du chemin de fer Grand Tronc à Clarence Creek. Ayant vécu l’expérience de la vie religieuse chez les Clercs de Saint-Viateur et chez les Trappistes, il est resté attaché à la vie monastique dont il conserva quelques pratiques austères. Aldena Méloche, son épouse, le seconde dans l’éducation des enfants.

Chaque soir, la famille se rassemble au pied du crucifix pour la récitation du chapelet et la longue prière précédée des litanies de la Sainte Vierge. Membres de l’Adoration nocturne, les parents se lèvent la nuit une fois par mois, prient et chantent devant un autel dressé non loin de la chambre des enfants endormis au son de leurs cantiques. Avides d’inculquer à leurs enfants les vertus chrétiennes, monsieur et madame Houle s’entendent aussi pour parfaire leur culture intégrale; jouissant d’une certaine aisance, ils les font profiter des moyens existant dans le domaine du chant, de la musique, de l’art dramatique et encouragent leur participation aux activités paroissiales; ils cultivent avant tout la distinction, le savoir-vivre et la bonne entente.

Par un rare privilège accordé à cette époque, Agathe fait sa première Communion à l’âge de cinq ans. La messe quotidienne devient pratique régulière pour elle; dès sa 7e année scolaire, elle se sait appelée à la vie religieuse et est bien décidée d’y répondre affirmativement. Dès lors, tous ses loisirs et sorties sont reliés à la prière. Ses professeures ont-elles perçu en elle une future vocation, comme semble le démontrer le fait suivant? L’une d’elles accueille un jour l’écolière vêtue de sa première robe noire avec collet et poignets blancs en lui disant : « C’est en attendant de porter une robe grise. »  L’étudiante est toute fière d’avoir été devinée.

Tous les enfants Houle fréquentent l’école Sainte-Félicité dirigée par les Sœurs Grises de la Croix. Agathe y complète sa 10e année et s’inscrit, à 17 ans, au High School de Rockland pour sa 11e année, malheureusement interrompue par la fièvre typhoïde; elle frôle la mort. Plus tard, elle compose un poème où elle questionne le Seigneur : « Pour quelle mission me gardes-tu sur terre? Quelle est ta volonté? De moi, Dieu, que veux-tu? » On la sent déjà toute éprise de Jésus et de sa sainte Volonté.

En 1932, pensionnaire au couvent d’Embrun, elle fréquente l’École Modèle en vue de l’obtention d’un certificat d’enseignement et elle se lie d’amitié avec quelques religieuses toutes prêtes à lui inculquer le goût de vivre à perpétuité auprès de l’Hôte divin du tabernacle. À la fin de cette année, portée par la grâce, elle prépare son départ pour le noviciat d’Hurdmand’s Bridge. Le 22 août 1933, elle fait ses adieux à ses parents, à ses frères et sœurs, et les offre au Seigneur en écrivant ces lignes : « Ceux que j’aime, c’est à vous que je les confie.  Faites-les saints. »

Peu de temps après avoir revêtu la livrée violette des postulantes, elle se trouve, pendant six mois, devant son premier groupe d’élèves à l’école Routhier d’Ottawa. Ainsi s’ouvre sa carrière, longue de 43 ans d’enseignement. Dès le début du postulat, ces paroles du cantique J’irai toujours deviennent son leitmotiv et, à l’arrivée de chaque petite épreuve elle chantonne « J’irai toujours », ajoutant selon les circonstances : « malgré l’ennui…, malgré la solitude…, malgré les incompréhensions…, malgré les défaillances…, malgré les noirs soucis…, malgré la lassitude…, la sécheresse, l’oubli…, etc. » À la prise d’habit, on lui donne le nom qu’elle-même a suggéré, Sœur Agathe-du-Sacré-Cœur. Quelle joie de pouvoir ajouter celui de son bien-aimé Sauveur à la suite du sien!

Pendant une quinzaine d’années, elle demeure à la Maison mère. Artiste dans l’âme, elle savoure les fêtes liturgiques lesquelles ont pour elle un goût du ciel. Elle enseigne alors aux écoles Saint-Charles et Routhier, tout en assumant la charge de directrice. Deux obédiences antérieures à cet enseignement dans Ottawa l’ont amenée à se dévouer auprès des élèves de Bourget et de Verner.

Entre-temps, malgré des tâches absorbantes, Sœur Agathe-du-Sacré-Coeur poursuit des études la conduisant au baccalauréat ès arts, requis pour enseigner dans les écoles publiques françaises, et obtient enfin un High School Assistant. Avec fierté, elle se rappelle plus tard le succès remporté à deux reprises par ses élèves du Couvent Notre-Dame-du-Sacré-Cœur au concours provincial de français et aussi une décoration qui lui fut décernée après ses vingt-cinq ans d’enseignement dans Ottawa, tant au niveau primaire que secondaire. Soulignons, en passant, son intérêt pour les événements politiques, le fait français et les problèmes mondiaux lesquels alimentent souvent sa prière. Sa joie est grande lors de l’adoption du drapeau canadien.

Si Sœur Agathe passe la majeure partie de sa vie d’enseignante en Outaouais, elle se dévoue aussi pendant deux ans auprès des élèves de l’École Saint-Joseph de Sudbury. Elle y laisse un excellent souvenir; croisade eucharistique, chorale scolaire, séances de section juvénile, animation liturgique se partagent aussi son temps. Dans son journal intime, elle écrit avoir pleinement joui des années où elle préparait les petits à leur première Communion, ainsi que des dix années où, étant directrice, elle exerçait une influence marquée sur un plus grand nombre d’élèves.

Quand sa carrière professionnelle prend fin en 1980, Sœur Agathe devient aide-économe au Couvent Mont-Saint-Joseph; en 1990, elle prend la direction du personnel et s’acquitte de cette tâche avec compétence, énergie, prudence et sagesse jusqu’à l’heure de la retraite définitive, le 4 décembre 1994. Affaiblie par un cancer décelé en 1989, traité au cobalt et récidivant en 1993, elle se joint à la communauté Sainte-Marie et accomplit avec courage et humilité de menues tâches, jusqu’à son transfert à la communauté Marguerite-d’Youville, le 15 mars 2004. Son attitude face à cette épreuve? « Nous acceptons le bonheur comme un don de Dieu. Et le malheur, pourquoi ne l’accepterions-nous pas? », écrit-elle. Peut-on être plus positive? En 2009, elle est admise à la communauté Bon-Pasteur.

Sœur Agathe aimait beaucoup la musique et le chant. Elle écrit : « Le chant a charmé toute ma vie, comme le disait une chanson apprise au cours de mon jeune âge : “Que serait notre vie sans le charme touchant d’une douce harmonie et d’un gracieux chant? ” » Aussi la voyait-on se promener en fauteuil roulant, chantant des airs de son cru et invitant les gens de passage à chanter avec elle.

De tempérament plutôt sérieux hérité de son père, Sœur Agathe se révéla, tout au long de sa vie, amie du vrai, du bien et du beau, se montrant, à ses heures, rieuse et enjouée. Sa promptitude à s’acquitter à la perfection des tâches à elle confiées, tire son origine et sa force de sa remarquable vie de prière. Sa belle rigueur spirituelle a fait d’elle une femme d’Avent capable, comme Marie, de laisser grandir Jésus en elle. L’Eucharistie étant le centre de sa vie, l’oraison et l’heure sainte quotidienne sont devenus ses moments privilégiés d’écoute des vouloirs de Dieu. Voilà la source de sa confiance inébranlable et de sa promptitude à exécuter, à 96 ans, le plongeon en l’infini, son héritage.

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