Notre histoire

 

Notice biographique

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Soeur Yvette Ménard 

Sœur Yvette Ménard
Sœur Saint-Barthélémy

 

retournée à la Maison du Père le 20 novembre 2009
à l'âge de 94 ans
et 73 ans de vie religieuse

+ 1908

1875

 

« Seule la mort pourra combler
celui qui a beaucoup d’espace dans son coeur. »

(A. de Saint–Exupéry)

Qui saurait mesurer et combler l’espace contenu dans le cœur de celle dont nous relatons aujourd’hui la belle vie?

Le 19 août 1915, la nature, encore toute parée du coloris de ses millions de fleurs, l’accueille à Field, en Ontario. Neuf jours plus tard, ses parents, Napoléon Ménard, de Châteauguay, et Marie-Berthe Mondoux, de Thurso, la présentent aux fonts baptismaux où elle reçoit le nom de Marie Marguerite Hélène Yvette.

Munie de la grâce du baptême, Yvette s’épanouit, ainsi que ses trois frères et ses deux sœurs, grâce aux soins diligents de son père et de sa mère. Elle est voulue, aimée et choyée.

À cause de son travail de menuisier et d’ingénieur en construction, M. Ménard doit déménager fréquemment avec sa famille. Pour cette raison, Yvette commence son cours primaire en Saskatchewan et le complète, soit de la 5e à la 8e année, en Ontario, notamment à l’école Duhamel d’Ottawa. C’est au Pensionnat Notre-Dame-du-Sacré-Cœur qu’elle poursuit ses études secondaires où elle suscite l’admiration par son intelligence précoce et son ardeur exemplaire au travail. On la voit souvent sacrifier des heures de loisir pour se livrer à l’étude du piano, ce qui ne surprend guère car on connaît son goût très prononcé pour le beau.

À l’âge de 17 ans, possédant déjà un diplôme d’études secondaires, Yvette se trouve à une croisée de chemins. Quelle voie adopter? Celle d’une carrière que ses talents lui permettraient d’entrevoir ou celle de la vie religieuse que, dès son jeune âge, elle pressent comme le choix idéal? Fidèle à sa nature réfléchie, elle choisit la meilleure part et se stabilise dans la trajectoire où l’avait lancée son baptême, celle de la vocation religieuse. Elle sera épouse du Christ.

Dans la personne de notre regrettée Sœur Marie-Alma (Dolorès Dignard), elle rencontre l’ange protecteur qui la conduit à notre Noviciat d’Hurdman’s Bridge, le 1er août 1933. Au cours de ses deux ans de formation à la vie consacrée, elle s’applique à l’écoute de la Providence et s’abandonne au bon vouloir divin. Adoptant le nom de Soeur Saint-Barthélémy, elle prononce ses premiers vœux le 3 janvier 1936.

Dès septembre de cette même année, on lui offre une année d’études à la Maison de la Jemmerais, lui permettant ainsi d’obtenir un brevet d’enseignement à l’École Normale de l’Université d’Ottawa. Elle entame une longue carrière de 36 ans, dont bénéficient des étudiants d’Ottawa, de Sudbury et de Rockland; elle se distingue surtout par ses cours de catéchèse, de mathématiques et d’orientation, possédant un certificat de spécialiste dans cette matière.  

Une obédience de Sœur Saint-Barthélémy attire notre attention : de 1954 à 1958, elle enseigne au Pensionnat d’Youville de Rockland, où elle ouvre les classes de 9e et 10e. Une de ses élèves d’alors la décrit comme une femme tout intérieure.  « Nous les filles, nous disions : “Soeur Berthélémy est une sainte.” Elle semblait toujours contempler l’invisible. »   

Quoique le succès et l’amour de ses élèves couronnent ses efforts, Sœur Yvette sent qu’il lui manque quelque chose. L’année 1973 devient pour elle une année de discernement pendant qu’elle enseigne au Collège Notre-Dame de Sudbury. En elle, depuis son entrée en religion, Marthe et Marie se livrent un dur combat, celui de l’action en conflit avec la contemplation. Source de souffrance intime, cette dualité la conduit chez les Rédemptoristines, au monastère Sainte-Thérèse de Blainville, où elle assouvit sa soif de prière, mais où elle constate que vie active et vie contemplative sont parfaitement conciliables.

Après cette année d’intense réflexion, Sœur Yvette nous revient et sa vie prend un virage bienvenu. Elle quitte l’enseignement et se prépare à une deuxième carrière en suivant des cours en pastorale hospitalière à l’Université Saint-Paul. 

D’octobre 1974 à septembre 1990, elle exerce son apostolat à Extendicare Falconbridge, à Sudbury, où elle sème la joie, redonne l’espoir, favorise la paix et apporte le réconfort aux résidents et résidentes. Elle se décentre d’elle-même et cultive la transparence, pour permettre à chacun de découvrir, au fond de son cœur, la présence de Celui qui nous attend avec une infinie tendresse. Convaincue que toute personne mérite écoute et respect, Sœur Yvette est très attentive aux autres, à leur présence; elle cherche les centres d’intérêt de chacun, sait féliciter et encourager. En sa présence, tous se sentent importants et infiniment précieux. Cette chaleur humaine, qui semble innée chez elle, lui permet de deviner la détresse, l’angoisse et l’insécurité chez les personnes âgées, puis d’agir en conséquence avec le tact qu’on lui connaît.

Quand Sœur Yvette quitte le Manoir, une résidente fait son éloge en ces termes : « Sœur Yvette restera présente dans nos vies si nous continuons de nous abreuver avec elle à la Source de vie. Ce qu’elle attend de nous, c’est de faire avec Jésus la volonté du Père par des gestes de compassion pour les aînée(es), qu’elle aimait appeler ses petites brebis soumises. » À cette même occasion, le quotidien de Sudbury, Le Voyageur, lui consacre un article très élogieux dont voici le résumé : Le départ de Sœur Yvette Ménard afflige ses chers aînés(es). Par sa grande délicatesse, elle les a préparés pour ce jour. Cela fait partie de son action dans cette maison, leur apprendre à se détacher dès ici-bas de tout lien. « Ça rend le passage vers Dieu plus facile », disait-elle. Elle était sans artifice et semait à tout vent les fruits de sa prière et de son oraison. Il nous faut cueillir maintenant et faire vivre les merveilleux effets de la paix, de l’amour et de la compassion.

En septembre 1990, une obédience conduit notre Sœur à la Pension Notre-Dame d’Ottawa, et l’année suivante, elle reprend son travail en pastorale hospitalière, à temps partiel, à Hamilton. Le 25 juillet 1993, Sœur Yvette se joint à la Communauté Sainte-Marie, au couvent Mont-St-Joseph, où elle rend d’humbles services et visite les aînés du Manoir Laurier d’Ottawa.

En l’an 2000, ses forces déclinant, elle fait partie de la Communauté Marguerite-d’Youville. Là, elle reçoit les soins appropriés à son état, tout en rendant de menus services. Un peu plus tard, la maladie se faisant plus débilitante, elle est admise à notre Communauté Bon Pasteur, où elle s’éteint doucement dans la paix du Christ, le 20 novembre 2009.

Sœur Yvette a laissé le souvenir d’une femme que tout le monde aimait, parce que charmé par sa bonté, sa compréhension, son impartialité, mais bien plus, parce qu’elle était pleine de l’amour de son Dieu. Que dire de sa confiance en la Providence? C’est de là qu’elle tenait sa sérénité et sa bonhomie coutumière. Femme appréciée de tous ceux qui l’approchaient, femme à la vie intérieure intense, elle édifiait par « sa foi profonde qu’elle  nous transmettait comme par osmose, affirme l’une de ses élèves; elle aimait sa vocation et nous la faisait aimer; plusieurs élèves l’ont suivie dans la vie religieuse ».

L’Eucharistie, centre de ses dévotions, faisait ses délices et l’attirait tous les jours, après son dîner, dans la petite chapelle du couvent, où, profondément recueillie, elle allait puiser des forces auprès de Celui qu’elle aimait et qui Seul avait sondé la profondeur de son cœur et pouvait le combler.

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