Notre histoire

 

Notice biographique

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Sr Gilberte Paquette 

Sœur Gilberte Paquette
Sœur Saint-Basile

 

retournée à la Maison du Père le 10 août 2009
à l'âge de 86 ans
et 65 ans de vie religieuse

+ 2288

1871

 

« Toi, ma soeur, saisie par le Christ, une passion envahira ton coeur,
une eau vive abreuvera ton être, une blessure d’amour brûlera en toi. »

Cette parole inscrite au début de notre Chemin de vie s’applique à merveille, telle une prophétie, à notre Soeur Gilberte Paquette. Voyons comment son don total au Christ, inspiré par le charisme de compassion d’Élisabeth Bruyère, l’a portée à soulager la misère humaine et l’a conduite à se laisser brûler d’amour dans un OUI à tout épreuve.

Quatrième enfant d’une famille qui en comptera huit, dont sept filles, Gilberte voit le jour à LA REINE, comté d’Abitibi, au Québec, le 9 juin 1923; elle reçoit le baptême en sa paroisse Saint-Philippe, le 13 juin suivant. Deux semaines plus tard, la famille va rejoindre leur père, William Paquette, employé du Canadien National transféré peu de temps auparavant à Mace, (Ontario), minuscule réserve indienne sur les bords du lac Abitibi. Le train étant le seul moyen de transport régulier, un prêtre s’y rend, deux fois l’an, célébrer la messe, bénir les mariages et baptiser les nouveaux-nés. Pour la circonstance, la petite chapelle s’élève dans la salle à manger de leur maison, à côté de la gare, où se réunissent les Indiens catholiques qui participent aux cérémonies reli­gieuses. La mère, Alice Blouin, sait apprêter une nourriture frugale et la transformer en régals selon le goût de ses hôtes; travailleuse infatigable, elle réussit à faire traverser la crise économique de 1929 à sa maisonnée sans trop de soubresauts; ayant vécu quinze mois chez les Augustines de l’Hôpital général de Québec, elle y avait développé une confiance illi­mitée en Notre-Dame de la Protection. « Ma mère était une personne très douce, écrit Soeur Gilberte; elle savait nous reprendre et même nous punir, mais avec beaucoup d’amour. » Elle écrira aussi de son père : « Il aimait chanter et raconter des histoires. Travailleur manuel, il revenait physiquement fatigué à la fin de la journée, ce qui ne l’empêchait pas de s’attaquer à d’autres travaux, tels que l’entretien du terrain, la prépara­tion du bois de chauffage; il s’adonnait aussi à la menuiserie. » Elle ajoute : « J’ai grandi dans une ambiance paisible, mais pas monotone pour autant. Je n’avais qu’à regarder par la fenêtre, ou ouvrir la porte, pour admirer une forêt à l’état sauvage qui me fascinait. Le chant des oiseaux et la présence de petits animaux, comme le lièvre et le renard circulant librement près de la maison, apportaient vie et mouvement. Les souvenirs de cette époque me révèlent des années heureuses au sein d’un petit monde, soit ma famille et deux compagnons de travail de papa qui logeaient chez nous. » Jeune enfant, elle se mêle souvent à la conversation des adultes; elle sait lire et écrire avant d’aller à l’école. Un événement lui plaît tout particulièrement : le voyage annuel chez la parenté de son père, au Saguenay, et de sa mère dans le comté de Bellechasse. Le train étant gratuit pour eux, ces voyages font partie des vacances d’été de toute la famille.

« Après six ans d’une vie isolée, écrit Soeur Gilberte, mes parents décident de quitter leur forêt profonde pour se diriger vers un endroit qui me permettra de fréquenter une vraie école. » Il s’agit de Frederick House, dans le Nord de l’Ontario, agglomération d’une cin­quantaine de familles à majorité agricoles, dont la moitié est anglo­phone. » Le 29 avril 1929, Gilberte commence ses études primaires dans une école séparée, située presque en face de la maison familiale, et complète sa 1re année en deux mois; elle fait sa première Communion le 20 avril suivant. Elle termine son cours primaire à 14 ans et reste à la maison, puisqu’il n’y a pas d’école secondaire. Elle apprend à tenir maison et tente de compenser l’absence de scolarité par l’étude person­nelle; alors elle cherche à perfectionner sa connaissance de l’anglais, étudie les mathématiques et les sciences à la maison, lit beaucoup, tant l’anglais que le français; elle jouit d’une grande facilité dans les études, les travaux domestiques, la broderie, les arts, dans tout.

Comme elle demeure près de l’église, elle accepte, à la demande de M. le curé Ulric Arpin, d’apprendre de lui les répons en latin et de l’assister à la messe quotidienne, ce qu’elle fait jusqu’à l’âge de 16 ans. « J’étais emballée, écrit-elle, par la découverte du latin et il me semblait normal de participer tous les matins à la célébration eucha­ristique, en dialoguant avec le célébrant. » Le curé étant fermier, elle aide souvent à la ferme et fait les repas et la couture pour lui et sa vieille maman. À son dernier voyage à Québec, elle visite ses deux grands-tantes religieuses Augustines qui lui parlent de vocation; mais c’est par l’intermédiaire du curé de la paroisse et par une institutrice qui loge chez ses parents qu’elle est interpellée et qu’elle décide d’entrer chez les Soeurs Grises de la Croix le 15 janvier 1942.

À 20 ans, Sœur Gilberte prononce ses voeux de religion sous le nom de Soeur Saint-Basile et reçoit, dès le lendemain, sa première obé­dience pour Alfred, en Ontario. Elle enseignera d’abord le cours pri­maire, puis le secondaire après avoir fait son École Normale à l’Université d’Ottawa. Poursuivant des études supérieures, elle obtient un baccalauréat ès arts, en 1956, un baccalauréat en sciences commer­ciales, en 1959, et le parachèvement des études en administration hospitalière, en 1966. La carrière de Soeur Gilberte prend un tournant définitif en septembre 1959, lors de sa nomination comme administra­trice adjointe à l’Hôpital général d’Ottawa, responsabilité à laquelle s’ajoute, l’année suivante, celle d’économe de la Province Christ-Roi. Directrice générale à compter de 1968, elle y restera jusqu’à la cession de l’Hôpital général à une corporation laïque en 1980. Femme de vision, elle présidera à la création du Centre de santé Élisabeth-Bruyère destiné aux personnes nécessitant des soins prolongés. Grâce à sa ténacité, sa persévérance et son grand esprit de compassion, elle obtient, le 26 octo­bre 1983, l’ouverture officielle de l’Unité régionale de soins palliatifs à l’intérieur du Centre de santé Élisabeth-Bruyère, unité reconnue à travers le Canada; elle met aussi sur pied, avec un comité de citoyennes, un service de désintoxication à l’intention des femmes.

Mais où Sœur Gilberte prend-elle sa prodigieuse énergie? La réponse est simple : « Dieu premier servi en tout occasion. » Elle garde au cœur une filiale confiance en la Vierge Marie; l’eau vive de la prière alimente sa flamme intérieure et la porte à s’engager au sein d’associa-tions professionnelles et communautaires. Elle participe à la fondation du Collège canadien des directeurs de services de santé, s’engage activement au sein d’organismes tels que la Conférence catho­lique ontarienne et canadienne de santé, l’Association des hôpitaux de l’Ontario, l’Académie des directeurs d’hôpitaux de la région d’Ottawa. Fidèlement, elle assiste aux réunions, conférences, congrès et prend part à des voyages à l’étranger; on la reconnaît comme personne-ressource et consultante dans le soin des patients à long terme. En reconnaissance de tous ses engagements, elle reçoit des distinctions nombreuses et presti­gieuses, comme la décoration papale Pro Ecclésia, en 1984, l’Ordre du Canada des mains de la Gouverneure générale du Canada, madame Jeanne Sauvé, en 1985.

Comme compagne, Sœur Gilberte est un élément positif; coopérante et joyeuse, elle est discrète et très charitable, ne dénigre jamais personne, même si parfois elle est un peu cassante dans ses réparties. Au cours des années, elle a développé une grande flexibilité; son trait dominant est sans doute son optimisme naturel.

En 1988, c’est la grande épreuve de sa vie : très rapidement, elle perd la vue et doit laisser son travail comme directrice générale. Elle, si active et si productive, se voit tout-à-coup dépourvue et démunie, ce qui ne l’empêche pas d’écrire, avec une admirable patience, son livre inti­tulé  « Dans le sillage de Mère Élisabeth Bruyère », où l’on découvre une femme déterminée, fidèle à ses engagements et à la compassion dont a fait preuve Mère Bruyère, sa mère spirituelle. Retraitée, elle profite de ce temps pour prier davantage et être toujours présente aux prières communautaires. Elle loue le Seigneur présent dans la beauté de la nature; la musique la détend, l’environnement l’attire, la rivière, les pommiers, le jardin. Docile, joyeuse, reconnaissante, elle porte avec sérénité la cécité et la maladie qui la dépouille graduellement de tout. Quand elle apprend, plus tard, qu’elle est atteinte de la maladie d’Alzheimer, elle dit, avec une étonnante lucidité : « Priez pour que le Seigneur me fasse cadeau de la docilité dans la maladie qui me diminuera de jour en jour. »

Aujourd’hui, elle reçoit, en joie éternelle,
infiniment plus que tout ce qu’elle avait perdu.

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