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Sœur Éliane Lafleur
Sœur Rose-Madeleine
retournée à la Maison du Père le 8 novembre 2009
à l'âge de 93 ans
et 71 ans de vie religieuse+ 2036
1874
« Ils sont nombreux les bienheureux
qui n’ont jamais fait parler d’eux et qui n’ont pas laissé d’images…
[qui ont] aimé sans cesse et de leur mieux
autant leurs frères que leur Dieu! »Oui, elle est entrée dans le Royaume des bienheureux, car on peut, sans hésiter, lui appliquer ces éloquentes paroles de Robert Lebel. Voyons comment toute la vie de notre Sœur Éliane Lafleur mérite cette louange réservée aux bienheureux.
Née à Rockland, le 18 février 1916, Éliane, troisième enfant du couple Raoul Lafleur et Rosa Boileau, est précédée de deux petites sœurs, Simone et Yvette. Le lendemain de sa naissance, on s’empresse de faire baptiser la nouvelle-née à la paroisse Sainte-Trinité de Rockland, sous les noms de Marie Liliane Emma Rosa. Aucune note de la défunte n’explique les circonstances du changement de nom Liliane en Éliane.
L’enfance de la petite est marquée par le deuil et la séparation; sa maman décède alors qu’elle n’a que trois jours et le père, désemparé, confie ses trois filles à des parents, dans des foyers différents. Toute sa vie, Éliane garde au cœur des blessures qui ne se cicatrisent pas : n’avoir jamais connu sa mère, avoir été séparée de ses sœurs, n’avoir pas connu le bonheur de grandir avec elles.
De ses études, Sœur Éliane mentionne qu’elle fit ses cours primaire et secondaire au Couvent Sacré-Cœur de Rockland, où elle termina en 8e année.
Adoptée par une cousine, Madame Elzéar Lafleur, de Rockland, Éliane, malgré la bonté de cette dernière et celle de son époux, souffre en secret; elle ne se sent pas comme les autres, puisqu’elle ne vit pas avec ses vrais parents.
À 18 ans, elle entre dans le monde du travail comme aide à l’Hôpital général d’Ottawa. L’attitude des Sœurs, leur accueil et leur compréhension l’incitent à venir les rejoindre, à partager leur vie et leur charisme.
Mûrie par l’épreuve, Éliane fait son entrée au noviciat d’Hurdman’s Bridge le 1er août 1936; elle a 20 ans. Ses deux années de formation terminées, elle prononce ses vœux temporaires le 15 juillet 1938, sous le nom de Sœur Rose-Madeleine. Dans toute la générosité de son cœur, elle s’engage, en service de soutien, forte de toutes les ressources de sa personnalité et de ses multiples talents. C’est alors que débute sa carrière de cuisinière, une carrière dont on connaît l’importance dans le vécu quotidien des membres d’une communauté.
Pendant 14 ans, des obédiences la conduisent tour à tour, à Hull, Ottawa, Chelmsford, Fauquier, Clarence Creek et Embrun, où elle assume sa tâche dans de grandes et de petites maisons. Partout, elle s’acquitte de son rôle avec fidélité, diligence, rigueur et professionnalisme. L’œil ouvert, elle s’assure que tout est bien préparé et que rien ne se perd. Elle sera aussi couturière à l’Hospice Saint-Charles, réfectorière à l’Hôpital Général d’Ottawa, préposée auprès des vieillards et des malades au Foyer de L’Orignal.
Mais c’est dans le service de sacristine que notre Sœur se dévoue le plus longtemps. En effet, pendant 29 ans, dont six au Pensionnat Notre-Dame-du-Sacré-Cœur, quatorze à l’Hôpital Général d’Ottawa, et quatre au Couvent Saint-Louis, elle prépare et entretient avec diligence autel, tabernacle, linges et vases sacrés; elle aime ce travail qui la garde près de Celui à qui elle a donné sa vie. Dans la gratuité de son aide mutuelle et par son humble dévouement dans le labeur quotidien, Sœur Éliane vit l’Évangile et le propose discrètement aux personnes qui l’entourent. Elle sait « que son travail, uni à celui du Seigneur, devient acte d’amour du Père » (Ch. de v., art. 44, 2).
Sentant le besoin d’un congé de fin de semaine, avec sagesse, elle s’en ouvre à sa supérieure qui a vite fait de lui trouver une remplaçante; elle remercie celle-ci de lui permettre de jouir d’un peu de repos. Au témoignage de cette compagne, Sœur Éliane est un modèle d’ordre et de propreté et elle se montre toujours très attentive aux prêtres qui viennent célébrer l’Eucharistie.
Quand ses forces diminuent, Soeur Éliane manifeste le désir de s’engager dans des services communautaires qui exigent moins de résistance physique. On la voit alors se dévouer tour à tour au Couvent Saint-Luc, à l’Hôpital Saint-Vincent et au Couvent Saint-Louis, du mois d’août 1987 à novembre 2000. À cette date, elle entre à notre unité des soins de la Maison mère, faisant partie de la Communauté Notre-Dame-de-Fatima, puis de la Résidence Sacré-Coeur.
Femme très effacée, Soeur Éliane ne fait pas de bruit. Peu communicative, solitaire, elle ne prend pas l’initiative d’une conversation, mais, contente de la partager sans parler, elle se mêle gentiment au groupe et joint son rire à celui des autres. Heureuse de rendre service, elle ne tarit pas de remerciements quand c’est son tour d’en bénéficier. À une conscience aiguë de ses responsabilités, elle allie un souci constant du bonheur des autres et de leur sécurité.
Parvenue à un grand âge, elle goûte le vrai bonheur que le Seigneur lui réservait : la présence de sa sœur, Yvette, qui vient souvent la chercher en voiture pour souper. Là, sa nièce, son neveu et son épouse, attentifs et chaleureux, se font un plaisir, le soir venu, de ramener leur tante au Couvent Saint-Louis, tout en lui promettant de revenir. En ces moments de rencontre familiale, Sœur Éliane vibre de joie, de cette joie que l’on peut qualifier de revanche un peu tardive de la privation que connut son cœur pendant l’enfance et la jeunesse.
Comme aucun passe-temps n’occupe notre Sœur, elle va et vient de la chapelle à la salle de communauté, marchant beaucoup et priant sans cesse. Si elle en arpente, des corridors! Elle est devenue, femme de prière, bien plus, femme prière, douée d’une conscience vive de la présence de Dieu en elle et dans les autres, nouvelle forme de fécondité apostolique.
Dans l’attitude de Sœur Éliane et dans son regard, on devine facilement qu’une souffrance profonde l’habite depuis longtemps, ce qui peut expliquer les réactions vives qu’il lui arrive parfois de manifester et qu’on lui pardonne bien volontiers.
En janvier 2005, notre chère Sœur est transférée à la Communauté Bon Pasteur où, retraitée et malade, elle se montre polie, toujours bien mise, acceptant humblement les soins et ne s’imposant jamais. D’une grande sensibilité, elle accueille avec gratitude toute marque d’attention, et alors sa physionomie en est comme illuminée. Malgré sa santé fragile, son sourire est, pour ainsi dire, permanent, ce sourire qui aurait sûrement donné à Nietzche le goût de croire.
Sœur Éliane a rempli sa feuille de route avec amour et générosité, faisant sienne la béatitude Heureux les pauvres. Oui, heureuse celle qui a accepté le service des autres. La mission, pour Sœur Éliane, était une question d’oubli de soi, de présence et de témoignage. S’oublier, n’est-ce pas ce que fait jour après jour une cuisinière ou une sacristine à l’intérieur de la Communauté?
Bienheureuse du quotidien, Sœur Éliane, tu es passée parmi nous sans faire parler de toi, sans laisser d’image. Tu as aimé sans cesse et de ton mieux, autant tes Sœurs que ton Dieu.Merci, Sœur Éliane, d’avoir si bien servi, si généreusement aimé. Sois éternellement heureuse dans le Royaume, près de ton Dieu que tu as tant aimé et de ta maman que tu as enfin retrouvée.