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Sœur Blanche Montour
Bernard-du-Sacré-CoeurRetournée à la Maison du Père le 20 décembre 2009
à l'âge de 101 ans
et 76 ans de profession religieuse.
+ 1732
1877
Dieu, dans sa grâce, m'a choisie et m'a appelée à le servir.
(Ga 1,15)Rendre hommage à Soeur Blanche, c’est rendre grâce au Père pour les 101 ans et 8 mois de vie qu’Il a accordés à sa fidèle servante et amie, témoin de la continuité de Sa présence au milieu de nous.
La grandeur de sa vie, Blanche la doit d’abord à Dieu, mais aussi à sa famille dont elle a toujours parlé avec beaucoup d’amour. Cinquième des neuf enfants d’Adélard Montour et de Fridoline Garceau, elle naît à Pointe-du-Lac, le 19 avril 1908, et est baptisée le même jour à l’église paroissiale Notre-Dame-de-la-Visitation. Après une enfance heureuse sur la ferme familiale, à 7 ans, Blanche fait sa première communion alors qu'elle est au Pensionnat Saint-Louis de Pointe-du-Lac. C'est la seule période où Blanche connaîtra la vie au Pensionnat. Outre l'école du rang, où elle fait son cours primaire, elle sera externe au Pensionnat pour ses dernières années d'étude, avec chambre et repas chez sa sœur, Mme Germaine Guay.
Comment s'est développé le germe de la vocation religieuse chez cette jeune fille pieuse, sage et responsable? Les parents ont su donner le goût du travail à leurs enfants; ils leur communiquent aussi le goût de la prière et du devoir accompli. Cette formation initiale dispose au dépassement les jeunes de la famille Montour qui comptera un Moine trappiste à Oka et deux religieuses chez les Soeurs Grises de la Croix.
Dieu parle à travers les personnes et les événements. Il le fit pour Blanche. À 18 ans, elle est invitée à suivre une retraite de huit jours prêchée par deux Oblats de Marie Immaculée, et rencontre un des Pères prédicateurs qui s'enquiert du choix de son état de vie. Blanche avoue qu’elle songe à la vie religieuse, mais ne se sent pas prête à couper le lien familial, car elle est trop utile à la maison. Ce n'est qu’à 22 ans que l'hésitante jeune fille avertit ses parents de sa décision, alors que sa demande à la Congrégation est déjà faite.
La réponse de la Maison mère lui parvient par télégramme: « Nous attendons aspirante mardi soir à la gare.» signé: Soeur Saint-Guillaume, secrétaire générale. Cette dernière, cousine de la mère de Blanche, s'intéresse à cette nouvelle recrue. Mais Blanche a de la difficulté à partir. Elle entrera cinq jours plus tard, le 20 janvier. Par un jour de tempête, son père la conduit au train qui arrête spécialement pour la laisser monter. Blanche est consciente du sacrifice qu'elle impose à ses chers parents, mais ne veut pas tergiverser plus longtemps avec le Maître de sa vie.
La transition brusque de la ferme, où le bon air remplissait les poumons, et les stages de formation à l’intérieur altèrent quelque peu la santé de la postulante. Elle se demande si elle pourra persévérer. - Fait étonnant pour qui a pu constater la force vocale chez la centenaire, même dans les derniers jours de sa vie. - La grâce de Dieu aidant, Blanche tient bon et est admise à la profession le 4 janvier 1933; elle portera le nom de Soeur Bernard-du-Sacré-Coeur.
Ce que Blanche ignorait, ce sont les multiples déplacements qui l’attendaient en vue d’une grande variété de services. L’amour de Dieu avait choisi Soeur Blanche, il attendait sa réponse. Une réponse qui s’est traduite en gestes d’amour, en foi vivante et en prière. Femme d’une grande générosité, elle n’a jamais compté ses pas ni ses fatigues; elle a su refléter la bonté de Dieu dans le service aux malades à l'Hôpital Saint-Vincent, au Foyer Saint-Charles, à la Maison mère, à l'Hôpital Cloutier de Cap-de-la-Madeleine, au Foyer de Mont-Laurier. Elle a fait généreusement du service de nuit et a préparé bien des malades pour leur dernier voyage, les rassurant par ses soins attentifs, les encourageant à répéter cette invocation qui lui était si chère: Souffrances du Coeur de Jésus, je m'unis à vous. Pour Soeur Blanche, c’était une grâce de les accompagner jusqu’à la porte du ciel. Il lui est même arrivé une fois, la même nuit, d’être près de trois agonisants dont l’un était prêtre. « Il fallait les surveiller de près, disait-elle, car il n’y avait pas alors de côtés de lit et parfois ils cherchaient à se lever. » Après le soin des malades, vint une obédience pour la cuisine à Guérin, puis à Rémigny, un travail qu’elle n’avait jamais fait, mais où elle fut très appréciée des Soeurs. Par la suite, elle fut lingère à Rouyn, buandière à Ville-Marie, couturière à l'Hôpital Youville de Saint-Jérôme.
Soeur Blanche a vécu la majeure partie de sa vie religieuse loin des siens. Mais en 1969, elle est nommée à Pointe-du-Lac, son pays, ses amours! Là elle peut à loisir contempler son beau lac Saint-Pierre, tout en étant couturière au Cénacle puis à la Maison Béthanie, rendant aussi divers services selon ses capacités. Elle confectionne des tricots pour les pauvres, heureuse de contribuer au bien-être des démunis, surtout pour le Noël du pauvre à Pointe-du-Lac. « Sur la ferme, disait-elle, il y avait beaucoup à faire. Les travaux exigeaient une grande disponibilité. Je me rends compte qu'il en est ainsi à Béthanie. Que de menus services on peut rendre discrètement! » Elle y retrouve sa soeur Madeleine, de 5 ans plus jeune qu'elle. Ce fut comme le terme de ses nombreux déplacements antérieurs qui lui ont mérité de sa famille un titre qu’elle a porté chaleureusement, celui de « Notre Dame de la Route ».
Plus près des siens, elle peut les aider davantage. En 1974, Soeur Blanche est heureuse de rendre service à sa soeur Lucille qui, âgée de 68 ans, était à la fin de son voyage sur la terre. Voici le témoignage que lui rendit une nièce venue en 2008 fêter sa tante centenaire. « Nous n’étions plus des adolescents, mais nous étions encore jeunes. Nous étions désemparés et nous ne savons pas comment nous nous en serions sortis sans vous. Vous avez pris en charge les derniers soins à notre mère mourante. Votre amour de la famille, doublé de votre expérience, ont apporté dans la maison calme, sérénité, respect et sens des responsabilités. Nous nous en souviendrons jusqu’à notre centenaire. »
En février 2002, Soeur Blanche dut quitter la Maison Béthanie pour la Résidence Sacré-Coeur de la Maison mère, où Soeur Madeleine vint la rejoindre.
En consacrant sa vie à Dieu, Soeur Blanche a choisi la vie besogneuse de Marthe tout en le contemplant comme Marie, servant le Seigneur dont elle découvrait le visage dans toutes les personnes qu’elle a aidées. Sa dévotion au Sacré-Coeur soutenait son amour pour Marie. Quand elle avait la possibilité de se déplacer, que de fois on l’a vue se rendre auprès d’une compagne malade et dire avec elle son chapelet. À la fin de sa vie, elle a écrit dans son carnet personnel une belle prière qui l’habitait: « Jésus, donnez-moi maintenant et à l’heure de ma mort, un centième de votre amour filial pour votre bien-aimée Mère qui est en même temps ma bien-aimée maman. »
Célébrer la vie de Soeur Blanche, c’est louer le Seigneur de nous avoir accordé la grâce d’avoir avec nous une centenaire, qui fut témoin à la fois de grands bouleversements sociaux et de nombreux changements dans notre civilisation. Elle a connu deux grandes guerres mondiales, fut témoin d’un siècle de contrastes, de découvertes scientifiques qui ont envahi et modifié nos vies, presque à notre insu. Soeur Blanche s’est bien adaptée à tous les changements technologiques. On dit qu’elle aimait beaucoup se promener en auto; on l’a même surnommée « le Grand Dieu des routes », car chaque fois que quelqu’un prenait une voiture, elle était toujours partante.
Même âgée, Soeur Blanche continuait à rendre grâce au Seigneur pour le don de la santé qui lui a permis de rendre service pendant de nombreuses années. Et ce fut une surprise générale de la voir partir si vite, à presque 102 ans, dans la paix et la sérénité.
Soyez à jamais heureuse, Sœur Blanche, près de votre Dieu que vous avez tant aimé et si bien servi.