
Sœur Agathe Corriveau
Sœur Sainte-Lucrèce
retournée à la Maison du Père le 2 septembre 2009
à l'âge de 91 ans
et 67 ans de vie religieuse+ 2181
1872
Au ciel, j’irai la voir un jour!
Avec le départ pour le ciel de notre chère Soeur Agathe, le trio des Soeurs Corriveau est amputé d’un deuxième fleuron. Elle est allée, près de Marie, rejoindre Soeur Marie-Thérèse, son aînée, et les siens qui lui étaient si chers. Qui était cette petite Soeur à la fois présente et effacée, affectueuse et réservée? Qui était Soeur Agathe qui aimait tout le monde et que tout le monde aimait?
Née prématurément le 27 janvier 1918, Agathe entra dans la vie marquée du sceau de la fragilité physique. Ses parents, Alfred Corriveau et Lucrèce Larochelle, étaient de grands croyants. Leur foi triompha de leurs craintes quant à la survie de l’enfant; elle sera baptisée le lendemain à l’église Saint-Pierre de Shawinigan, quatrième enfant d’une famille qui comptera quatre filles et deux garçons.
La douceur du nid familial permettra à la petite Agathe de se fortifier et de s’épanouir. L’enfant était douée de multiples talents. Elle tenait de ses parents cette figure attachante, qui aime la prière et le travail bien fait. Son père était de presque tous les métiers, mais particulièrement mécanicien et soudeur à l’électricité. Il a travaillé de nombreuses années, soit à la Belgo, soit à la Shawinigan Water and Power. C’était un homme ordonné, très bon travaillant et courageux. Bénéficiaire d’une excellente éducation, la maman apprit à ses enfants les bonnes manières et les vertus tant personnelles que sociales. Elle était une femme joyeuse, enjouée même, douce, sage et clairvoyante. Couturière adroite, elle confectionnait bellement les vêtements des enfants à des prix très modiques. Agathe hérita des qualités de sa mère et, à ses côtés, elle apprenait l’art du travail bien fait.
Dès son jeune âge, Agathe eut le privilège de demeurer chez son grand-père maternel à Saint-Ferdinand d'Halifax, dans les Cantons de l'Est. En plus de bénéficier de la tendresse et de l’amour de son aïeul, Agathe avait le plaisir de rencontrer beaucoup de gens qui venaient sur cette ferme bien spéciale: on y trouvait un moulin à farine et un moulin à carder.
La petite école du rang étant sur le terrain de la ferme, Agathe y commença sa scolarité. Mais une épreuve l’attendait: elle n’avançait pas au même rythme que les autres. Comme dans les écoles du temps, la jeune élève n'a pas eu toute l'attention qu’on aurait dû lui donner. Elle n'avait pas la chance de parler. La maman s'inquiétait de ce handicap. On a fini par détecter une surdité sérieuse. Après avoir été traitée, Agathe a pu reprendre son retard et faire sa première communion à six ans, à l’église du village.
L’époque de sa scolarité fut assez mouvementée. Elle retourne à Shawinigan au couvent Saint-Bernard, où elle connaît les Soeurs Grises. Peu de temps après, elle revient chez son aïeul qui, très malade, désire la présence de la petite auprès de lui. À 9 ans, Agathe est ainsi témoin de la mort de son grand-père adoré et lui demande une seule grâce: être assistée dans le choix de sa vocation. On pouvait percevoir alors chez elle la dévotion mariale qui l’a profondément marquée. « Déjà la Vierge Marie veillait sur moi, écrit-elle; elle m’a entourée de sa douce protection dès mon jeune âge. Je me souviens que les exercices du mois de Marie me remplissaient de joie. »
Pour subvenir plus facilement aux besoins des siens, monsieur Corriveau installe sa famille à Victoriaville où il ouvre son propre atelier de soudure et enseigne le métier à ses deux fils. Agathe l’y rejoint quelque temps. Elle ne retourne pas en classe: « Ma surdité n’était pas complètement corrigée, écrit-elle, et maman avait besoin de moi. »
À 19 ans, l’appel du Seigneur la poursuit, mais la vie est belle et bonne à la maison et Agathe s’y sent heureuse. Entre temps, en janvier 1937, l’aînée, Marie-Thérèse, entre à notre noviciat d’Ottawa et fait profession en 1939 sous le nom de Sainte-Thérésita. Après avoir longuement prié l’Esprit Saint et Marie, le 14 janvier 1940, Agathe se décide; elle part seule, par train, pour Ottawa qu’elle ne connaît pas, et entre à son tour au noviciat. Un an plus tard, le 15 janvier 1941, Hélène vient rejoindre ses deux aînées. Et c’est ainsi que s’est formé le trio attachant des Soeurs Corriveau que nous avons beaucoup aimé.
Devenue professe, sous le nom de Soeur Sainte-Lucrèce, (du nom de sa mère), Agathe est prête à s’engager dans une vie de service avec tout son coeur et ses talents, mais aussi avec la fragilité d’une santé qui la menacera toute sa vie. Sa délicatesse, sa douceur et son tact lui attirent l’affection des orphelins à Ottawa, à Mont-Laurier, à Saint-Jérôme; elle est très aimée des pensionnaires à Pointe-du-Lac et à Aylmer. Comme couturière, elle se dévoue à Saint-Marc de Shawinigan, à l’Accueil Mont-Bleu de Hull auprès des prêtres, puis à la Maison provinciale de Cap-de-la-Madeleine. Elle fut aussi entre temps réfectorière, puis préposée au soin des vieillards, à Saint-Jérôme et à Rigaud. Durant cette période de vie active, elle rend de multiples services aux aînés laïques et à ses consoeurs religieuses, qui admirent et apprécient sa débrouillardise, sa délicatesse, ses gestes affectueux, ses doigts de fée. En résumé, Soeur Agathe a été 14 ans avec les orphelins, 25 ans maîtresse des petites pensionnaires et 11 ans avec les personnes âgées.
Souvent la maladie l’a obligée à un repos forcé. Sa faible constitution physique l'a même obligée à passer quelques mois au Sanatorium de Hull. Pendant ces temps d’épreuve, l’affection de ses deux soeurs et leur protection indéfectible l’ont soutenue et réconfortée.
Parlant de sa vie, Soeur Agathe relève d’abord de grandes joies, entre autres la présence affectueuse de ses deux soeurs. Elle relève aussi une grande épreuve: en 1943, la perte de deux êtres chers, victimes d’une noyade lors d’une partie de pêche: sa mère, âgée de 55 ans, et sa belle-soeur de 24 ans. Épreuve qui atterra Soeur Agathe et toute la famille. Lors du remariage de son père, elle eut cependant la faveur d’avoir une belle-mère merveilleuse qu’elles appelaient affectueusement “belle-maman”, qui les a sécurisées et a su créer, avec la famille Corriveau, une belle et solide amitié.
Le 16 janvier 2005, Agathe vit le décès de sa soeur Marie-Thérèse qui avait si maternellement veillé sur elle et qu’elle a tant pleurée. Après, c’est la plus jeune des trois, Soeur Hélène, qui a joué presque à temps plein le rôle d’ange gardien de sa soeur. Mettant de côté ses intérêts personnels, elle a suivi et accompagné Agathe lorsqu’il lui a fallu quitter l’infirmerie de la Maison Béthanie pour aller bénéficier de soins plus adaptés au Couvent Mont-Saint-Joseph. Elle lui a été fraternellement présente, lui amenant des visiteuses, suscitant des conversations avec son entourage, la promenant en fauteuil roulant à travers la maison et même à l’extérieur, la tenant éveillée aux événements communautaires, devinant ses besoins, essayant d’y répondre le plus efficacement possible, lui donnant tout son temps libre, l’enveloppant de son affection et de sa prière.
Les vues de Dieu sont bien mystérieuses. Cette petite soeur si fragile a tout de même défié le temps et franchi le cap des 90 ans. Avec son tempérament tout tourné vers les autres, elle s’est toujours gagné l’amitié de ses consoeurs et des personnes qui l’ont accompagnée et soignée.
« Marie m’a toujours tenue dans la certitude et dans la joie », disait-elle. C’est sûrement la Vierge Marie qui a pris délicatement Soeur Agathe par la main, le 2 septembre 2009, pour la conduire auprès de son Dieu qu’elle a tant aimé et si bien servi dans ses amis, les petits, les faibles, les malades.