
Sœur Georgette Villeneuve
Saint-Thomas-de-Villeneuve
retournée à la Maison du Père le 20 novembre 2010
à l'âge de 86 ans
et 60 ans de vie religieuse
+ 2565
1901
Avec Toi, Seigneur, jusqu’au bout!
Sœur Georgette est originaire de la Petite Nation, plus particulièrement du comté historique de Papineau. Née à l'ombre des collines laurentiennes, dans la paroisse agricole de Saint-Sixte, le 31 janvier 1924, elle était la dixième des onze enfants de la belle famille de Narcisse Villeneuve et d’Adoralda Jean.
Bons chrétiens, soucieux de bien élever leurs enfants, ils ont connu l'épreuve d'un incendie qui détruisit tout ce que le père avait pris des années à construire. Avec une foi vive en la Providence, la mère répétait alors souvent : « Le bon Dieu qui nourrit les petits oiseaux aura soin de nous; il ne nous abandonnera pas. » Le don de soi des parents et leur exemple d'honnêteté ont profondément marqué tous leurs enfants.
La famille déménagea à Thurso. C’est ainsi que Georgette a fait ses études à l'école des Sœurs des Saints Cœurs de Jésus et de Marie. La religieuse qui lui enseignait en 5e année lui dit un jour: « Vous, on vous amène à notre noviciat, à Joliette. »
« À partir de cette phrase, écrit Sœur Georgette, je me suis crue obligée de me faire religieuse. J'avoue que j'en étais un peu effrayée et j'ai essayé d'oublier. À l'âge de 18 ans, cependant, le Seigneur s'est chargé de me le rappeler à l'occasion d'une " retraite fermée ". Le prédicateur, à qui j'ai demandé conseil, m'a dit d'attendre encore six mois et d'y réfléchir. Et j'ai réfléchi durant… six ans. Il faut dire que, durant cette période, mon père est décédé après une longue maladie. Mon tour était donc venu d'aider financièrement la famille par mon travail assez bien rémunéré. Ce laps de temps a sans doute été voulu par le Seigneur afin de ranimer mon désir de vie religieuse que j'avais chassé de mon esprit. »
Après avoir franchi, un à un, les obstacles qui s'étaient dressés sur sa route, le 2 août 1948, Georgette se présente au postulat des Sœurs de la Charité d'Ottawa et non à celui de Joliette. « C'est là l'œuvre du Seigneur! », écrit-elle. Le 15 juillet 1950, elle fait profes-sion sous le nom de Sœur Saint-Thomas-de-Villeneuve.
Une belle vie s’ouvre alors devant elle. Durant quinze années, elle dit avoir vécu de grands bonheurs à la Maison mère, croyant ne jamais pouvoir s'adapter ailleurs. Pourtant, le Seigneur l'a fait fleurir dans d’autres secteurs de sa vigne: quatre ans à la Maison Notre-Dame-de-la-Providence d'Orléans; vingt et un ans à la Résidence Saint-Pierre de Rouyn-Noranda; sept ans au Couvent Notre-Dame, à Hull; et depuis 1995, au Couvent Saint-Joseph de Gatineau.
Qui était cette femme qui s’est tenue dans l’ombre sans jamais chercher à se valoriser? Dieu s’en est chargé en lui façonnant une âme d’artiste, et quelle artiste! Elle a travaillé au studio de peinture de la Maison mère où de ses doigts créateurs sont nés tant de chefs-d’œuvre : bouquets spirituels, inscriptions, enluminures, program-mes, panneaux décoratifs.
La Congrégation a reconnu ses talents et l’a fait étudier à l’École des Beaux-Arts de Montréal où il lui fut donné de se familiariser avec les secrets de la peinture classique. Son talent, toute la Congrégation en a bénéficié: signets lors de la canonisation de Mère d’Youville, tableau du Christ couronné d’épines, portrait d’une Mère Bruyère rajeunie, et particulièrement cette reproduction du tableau de Heinrich Hofmann, le Christ et le jeune homme riche, placé dans le corridor du 1er étage, à la Maison mère, près de l’entrée de la porte 9, rue Bruyère.
Âme très sensible, Sœur Georgette avait un sens de l’émerveillement qui s’éveillait spontanément devant les beautés que la nature lui dévoilait. Nous l’avons vue apprivoiser une tourterelle, sa Cocotte, essayer de nous convaincre de l’intelligence supérieure des corneilles, ce en quoi d’ailleurs la science lui a donné raison. Même malade, elle entretenait les plantes du Couvent Saint-Joseph et les fleurs de la cour, s’arrêtant parfois, fascinée, par le chant des oiseaux.
Femme d’Église, elle a été assignée au service de Monseigneur Albert Pelletier, curé fondateur de Rouyn, que nous hébergions à notre Résidence Saint-Pierre dans les dernières années de sa vie. C’est elle qui l’a soigné, accompagné dans sa dernière maladie jusqu’à la fin. Sa présence fidèle, discrète, attentive, apportait au malade calme et réconfort. Que de fois il réclamait “sa”. Georgette dont la seule présence avait le don d’apaiser ses inquiétudes. Après le décès de Mgr Pelletier, Sœur Georgette quitta Rouyn-Noranda pour Hull où une nouvelle mission l’attendait. Quand Monseigneur Roger Ébacher est devenu évêque du diocèse de Gatineau-Hull, il est venu résider à notre Couvent Notre-Dame. Pendant les premiers six ans de son mandat, c’est Sœur Georgette qui a veillé attentivement à son bien-être.
Âme musicale, Sœur Georgette était douée d’une belle voix. Compagne aimable, elle avait une collection de petites chansons qu’elle nous murmurait gentiment, souvent à l’oreille, mêlant l’humour à la délicatesse de l’amitié.
Femme de prière, elle était une fervente de la Parole qui habitait son cœur et facilitait chez elle la louange et la contemplation. Dans plusieurs de nos couvents, elle assuma la fonction de sacristine. Cette mission, elle l’a vécue avec toutes les ressources de l’artiste et de l’orante, s’ingéniant à préparer des décorations signifiantes qui invitaient à la contemplation, nous aidant à faire de nos temps de prière des célébrations d’action de grâce. Ses décorations, elle cherchait toujours à les adapter aux temps liturgiques, créant une atmosphère de joie et louange lors des fêtes communautaires et des jubilés.
Tous ces traits caractéristiques de notre Sœur Georgette, ses compagnes les lui ont rappelés, lors de la célébration de son jubilé d’or, dans ce couplet que nous nous permettons de citer:
Dis, te souviens-tu, Sœur Georgette,
Des beaux jardins où tu aimas,
Semant, cueillant et toujours prête,
Mille talents Dieu te donna.
Âme d’artiste et doigts magiques
Ont secondé ton cœur chantant.
Des Monseigneurs du Corps mystique
Proclament avec nous ton grand dévouement.
Où puisait-elle la force d’avancer dans un chemin parfois bien laborieux? Voici sa réponse: « L'esprit de la Communauté, la dévo-tion au Père Éternel, sans oublier la confiance en Jésus, Marie et Joseph m'ont puissamment soutenue dans les nombreuses et lourdes épreuves qui ont jalonné ma vie. La mort est passée, plus d'une fois, pour me ravir les êtres chers que Dieu m'avait prêtés pour faire ma joie et mon bonheur. » Elle comptait avant tout sur la présence de Dieu en elle et le secours de sa force paternelle. Avec Toi, Seigneur, jusqu’au bout!
Éprouvée par la maladie depuis quelques années, ne se plai-gnant jamais, Sœur Georgette continuait de rendre service, au Couvent Saint-Joseph, à la sacristie, même lors de l’ouverture de nos chalets à Val-des-Monts. Un jour, à la suite d’une intervention chirurgicale sérieuse, il lui fallut être admise à l’infirmerie Marguerite-d’Youville, ignorant qu’elle y vivait les dernières semai-nes de sa vie. Les visites quotidiennes de ses consoeurs et amies du Couvent Saint-Joseph lui ont apporté un grand réconfort. Aban-donnée à la volonté de Dieu, elle nous a quittés le samedi 20 novembre, aux premières Vêpres de la fête du Christ-Roi, rejoignant la foule immense de ceux qui ont cherché Dieu.
Merci, Sœur Georgette, pour la consoeur merveilleuse que tu as été pour nous. Merci, d’avoir été avec Lui, jusqu’au bout!
