
Sœur Albertine Schryburt
Alberte-de-Jésus
retournée à la Maison du Père le 25 novembre 2010
à l'âge de 101 ans
et 79 ans de vie religieuse
+ 1668
1902
C'est lui qui me donne la force d'agir,
qui fait réussir ce que j'entreprends.
(Ps 18, 33)
Le 25 novembre, vers 8 h 30, une de nos centenaires nous quittait, vivant enfin la réalisation de son désir de rentrer chez Dieu qu’elle appelait de tout son coeur. Soeur Albertine Schryburt avait atteint l’âge mémorable de 101 ans, dont 79 de vie religieuse.
Qui était cette religieuse toute menue qui a défié le poids du lourd travail et l’accumulation des ans? Elle naît à Ottawa, le 10 juin 1909, jour de la Fête-Dieu, au matin des funérailles de Monseigneur Joseph Thomas Duhamel, évêque du diocèse d’Ottawa. Quatrième d’une famille de douze enfants, elle est baptisée à l’église Sainte-Anne d’Ottawa, paroisse où s’écoule toute la première étape de sa vie jusqu’à son entrée au Noviciat.
Soeur Albertine est de souche allemande par son grand-père paternel, venu d’Alsace-Lorraine. Son père, François Schryburt, entrepreneur général natif du quartier Saint-Roch de Québec, était un chrétien bien engagé. Albertine en était très fière. Chez sa mère, Philomène Carrière, femme de maison dépareillée, elle admirait la tendresse alliée à une foi profonde. « Je comprendrai seulement dans le ciel la vigilance, le dévouement, l’amour de mon père et de ma mère, écrit-elle. Dans notre foyer régnait une atmosphère de bonne entente et de distinction; l’observance religieuse, la discipline, le sens du devoir étaient à l’ordre du jour et la réussite scolaire était fort appréciée. »
À l’âge de 6 ans, elle prend la route de l’école Sainte-Anne d’Ottawa, milieu où la religion et la langue française sont à l’honneur. Albertine y sera toujours du nombre des premières de classe. Ses enseignantes sont des Soeurs Grises de la Croix, qu’elle admire et prend pour modèles. À leur contact, elle se sent attirée vers une profession qui capte tout son intérêt. Après l’obtention de son certificat d’enseignement à l’École normale du Père Lamoureux en 1928, Albertine se dévoue un an à l’École Montfort, devenant la première institutrice laïque à offrir ses services à la population d’Eastview. Un soir de mai 1929, elle accompagnait sa classe d’une trentaine de petits garçons à la grotte de Lourdes, quand Mgr Forbes, circulant dans les rangs, lui adresse la parole et lui dit: « Mademoiselle, vous prendrez le voile. » Albertine y voit la confirmation de son appel à la vie religieuse.
Après avoir oscillé entre la vie contemplative et la vie active, elle opte définitivement pour la famille spirituelle de Mère Bruyère et entre à notre postulat, le 1er août 1929. Malgré l’ennui qui la faisait pleurer presque tous les jours à la chapelle, elle sent naître en elle l’assurance du bon choix et fait profession le 15 juillet 1931, sous le nom de Sœur Alberte-de-Jésus.
Son physique délicat ne présageait pas la résistance au travail qu’elle manifestera au cours d’une longue carrière de quarante-cinq ans dans l’enseignement, durant lesquels, pendant environ dix-huit ans, elle assumera la direction. Soeur Albertine fut une bonne éducatrice. Sa conscience professionnelle la faisait remarquer de son entourage. Elle savait transmettre le feu de son expérience aux professeurs et aux jeunes qui ne manquaient pas de lui faire confiance et de l'apprécier à sa juste valeur. Excellente enseignante, elle aimait ses élèves et engageait toutes ses énergies pour qu’elles réussissent. La récompense a toujours été évidente puisque ses élèves réussissaient avec brio.
Trois milieux ont surtout bénéficié de sa compétence: Embrun, Ottawa, Sudbury. Les témoignages de reconnaissance ne lui ont pas manqué. L'Association des enseignants lui décerne un Certificat de l’Ordre du mérite scolaire à titre de « bien méritante ». Le Conseil des écoles séparées lui remet un Certificat en reconnaissance de toutes ces années d'inlassable dévouement consacrées à l'éducation catholique à Ottawa. La Croix Rouge, avec laquelle elle a œuvré pendant quinze ans, alors qu'elle était directrice, la décore de la Médaille de la Croix rouge.
Ayant pris sa retraite de l’enseignement, elle demeure débordante d’activité et met tous ses talents, tout son cœur et toutes ses énergies dans des services variés: secrétaire, comptable, sacristine, réceptionniste, maîtresse de pensionnaires, service de pastorale, service des pauvres et des démunis. Assignée au Couvent Notre-Dame-du-Rosaire, Sœur Albertine se dévoue pendant deux ans auprès des pauvres et des démunis dans la paroisse Saint-Jean-Baptiste et la société Saint-Vincent-de-Paul.
Sa carrière d’éducatrice peut être terminée, mais notre vaillante Sœur Albertine accepte encore de rendre service et cette fois à la paroisse Sacré-Cœur d'Ottawa. Pendant dix-sept ans, elle agit comme secrétaire, comptable, réceptionniste, sous la direction du bon Père Véroneau, o.m.i. C’est dans une ambiance de charité, d'esprit religieux et d'apostolat varié que Sœur Albertine vit ces années de service ecclésial. On la voyait tous les jours prendre l'autobus pour se rendre fidèlement à son travail; beau temps, mauvais temps, notre Sœur était au poste, donnant à son insu un grand exemple de courage et de fidélité. La paroisse Sacré-Cœur a couronné Sœur Albertine en lui offrant l'honneur d'être récipiendaire de la Médaille du centenaire de la paroisse. Ce fut un moment de grande joie pour Sœur Albertine. En recevant cet hommage, elle pouvait à son tour l’offrir à son Dieu en murmurant dans le fond de son cœur ces paroles du psaume 18, verset 4: « C'est lui qui me donne la force d'agir, qui fait réussir ce que j'entreprends. »
À 81 ans, arrive pour elle la retraite de la vie active. Elle continue toutefois de rendre de petits services communautaires au Couvent Mont-Saint-Joseph et sent le besoin d’intensifier sa vie intérieure.
Son souhait de venir à la Maison mère se réalise en 1995. Au berceau de Mère Bruyère, Sœur Albertine trouve le milieu idéal où les secours spirituels sont abondants; sa chambre, toute proche de la chapelle, lui fournit l'occasion de s'y rendre souvent puiser force et courage pour continuer sa course.
De très petite taille, et d’apparence frêle, Sœur Albertine était pourtant capable de s’affirmer; elle avait un tempérament actif, nerveux, très sensible, qu’elle ne réussissait pas toujours à maîtriser, d’autant plus qu’elle avait la voix claire, la parole facile et un vocabulaire très coloré. Son cheminement de vie fut long et souvent laborieux. Sa force et son courage, elle les alimentait dans sa dévotion profonde à l’Eucharistie et sa grande piété. Plutôt portée à la solitude, elle avoue que la vie en commun lui est difficile, mais son assiduité à la chapelle lui assure les grâces nécessaires pour l’assumer. Les notes qu’elle a laissées sur son histoire personnelle le révèlent. Elle écrit: « Ma nature impressionnable à l’excès semble douée pour ressentir en profondeur les heurts involontaires et les mots maladroits qu’entraîne inévitablement toute vie en commun. »
Une longue vie de 101 ans lui a permis de célébrer son jubilé d'or en 1981, son jubilé de diamant en 1991 et son jubilé de grâce en 2001. C’est au Couvent Mont-Saint-Joseph qu’elle a célébré son centième anniversaire de naissance.
Ses forces déclinant, elle passe ses derniers mois de vie à la communauté Bon Pasteur où on l’a vue s’abandonner à la volonté de Dieu dans la douceur, la sérénité et la confiance. « Maman, je veux mourir », répétait-elle dans sa soif de voir Dieu. Aujourd’hui, nous la savons heureuse dans la Maison du Père, où elle a enfin retrouvé sa mère bien aimée et tous les siens qui l’ont accueillie.
Merci, Sœur Albertine, pour tout ce que vous avez fait en faveur de la société, de l’Église et de la Congrégation.
