
Sœur Anita Mélançon
Angèle-de-l’Eucharistie
retournée à la Maison du Père le 29 décembre 2010
à l'âge de 88 ans
et 65 ans de vie religieuse
+ 2351
1905
Je Te rends grâce car Tu m'as choisie pour servir en Ta présence!
Cette parole de louange a fait vivre Soeur Anita Mélançon qui est partie à la rencontre du Seigneur le 29 décembre 2010, à l’âge de 88 ans. Consoeur priante et dévouée, Sœur Anita a donné à Dieu soixante-sept années de sa vie, soucieuse de vivre de son mieux sa mission évangélique au cœur de la Congrégation et de l’Église.
Née le 25 octobre 1922, à Shawinigan, elle était la sixième enfant d’Albert Mélançon et de Léona Isabelle. De leurs douze enfants, neuf ont survécu; les deux premiers, des jumeaux, sont morts à la naissance pendant la grippe espagnole, et un autre garçon est décédé à 6 mois.
Anita a trois ans quand la famille quitte la ville pour la campagne. « Nous avions une ferme, papa s'en occupait ainsi que maman jusqu'à ce que mes frères puissent prendre la relève », nous dit Soeur Anita dans ses notes personnelles. D’ailleurs, tous les enfants ont appris à fournir leur part de travail; Anita devait le faire le matin, avant de partir pour l’école, et le soir à son retour.
Pour ses parents, Anita n’a toujours eu que des éloges. « Mon père était un homme vaillant, un homme de coeur. Pour assurer le nécessaire à la famille, il travaillait à l’usine de papier, la Belgo, de Shawinigan. Maman était aussi bien courageuse, le travail ne lui faisait pas peur. Très habile, elle se rendait capable de tout faire: cuisine, couture, courtes-pointes, travail de la ferme, jardinage, tissage au métier pour faire des catalognes. Mes parents étaient très croyants. La messe dominicale et le chapelet en famille étaient en honneur chez nous. Bons chrétiens, charitables, ils accueillaient les pauvres à la table familiale. » Tous ces exemples ont laissé de fortes empreintes dans la vie d’Anita.
Les premières années de son enfance, Anita fréquente l’école du rang, petite école de quatre divisions. Son père la trouve trop jeune pour marcher, seule, la longue distance qui la sépare de l’Académie Saint-Marc dirigée par les Sœurs Grises de la Croix, à Shawinigan. Plus tard, son père lui permet de poursuivre ses études. Laissons la parole à une amie d’Anita : « J’étais alors moi-même étudiante au couvent Saint-Marc et je me souviens de l’admiration que j’avais pour cette fille de deux ans plus jeune que moi, qui devait marcher trois milles pour se rendre à l’école, hiver comme été. Et je ne sais si je me trompe, mais dans mes souvenirs, les hivers d’alors étaient beaucoup plus froids que ceux d’aujourd’hui et les tempêtes plus féroces. Anita était dans la classe de Sœur Pauline Boisvert. J’ai été témoin de gestes attentifs de Madame Boisvert qui disait à Pauline, quand il faisait très froid ou que les élèves avaient un examen à écrire: “Pauline, amène Anita dîner avec nous. Il faut qu’elle ait un bon repas chaud aujourd’hui.” Ces gestes délicats, Sœur Anita ne les a jamais oubliés et les rappelait avec bonheur même peu de temps avant de mourir. »
Vivre sur une ferme, avec une famille de neuf enfants, exigeait beaucoup de travail. Toute jeune, Anita en était bien consciente: pendant ses vacances d’été, elle donnait congé à sa mère et se rendait responsable de l’intérieur de la maison, pendant que sa mère prenait soin du jardin, c’était pour elle une détente. Un jour, cette aide temporaire ne suffisait plus. C’est pourquoi, de 15 à 17 ans, Anita est restée à la maison pour aider sa mère qui lui a appris tant de choses dans le domaine de la cuisine et de la couture. Après, elle a continué ses études jusqu'à son entrée à notre Noviciat en 1943. Sa mère est très heureuse de la décision de son aînée ainsi que ses frères et sœurs, mais son père s’y oppose fermement; il finit par se rallier aux siens et, le 1er août, les parents accompagnent Anita jusqu’à Montréal, après quoi elle continue avec ses cinq compagnes jusqu’à Ottawa.
Sœur Anita fait profession le 16 juillet 1945 sous le nom de Sœur Angèle-de-l’Eucharistie. Choix judicieux car elle porte le nom de sa sœur cadette, Angèle, et s’engage dans la mission apostolique sous l’Étendard de l’Eucharistie qui a tellement compté dans sa vie. Elle l’a écrit : « J'ai toujours aimé contempler Jésus dans l'Eucharistie, lors de l'adoration à chaque vendredi du mois. J'ai commencé dès l'âge de six ans à faire partie de la Croisade Eucharistique et j’étais membre de la Garde d’honneur du Saint-Sacrement à l’église Christ-Roi de Shawinigan jusqu'à mon entrée en communauté. »
Engagée par obédience dans la mission éducative comme enseignante, elle poursuit sa formation, et obtient le Brevet A d'enseignement, un Baccalauréat en Pédagogie, une Licence en enseignement secondaire avec option en Sciences religieuses, et fait même un cours de peinture par correspondance au Connecticut.
Sœur Anita a vécu une longue et belle carrière de cinquante et un ans d’enseignement dans diverses écoles de la Province de Québec, dont vingt années dans la Mauricie et vingt-trois dans la région de l’Outaouais, surtout au Collège Saint-Joseph de Hull où elle a donné treize ans de bons services.
Enseignante appréciée, elle a reçu la prime d’enseignement de la Commission scolaire de Hull. Elle aimait beaucoup ses élèves qui la disaient très patiente, avait à cœur que toutes réussissent et profitait de son enseignement de la catéchèse pour faire connaître et aimer Jésus.
Comme dans tout cheminement humain, peines et joies se sont inscrites dans l’histoire de la vie de Sœur Anita. Les grandes épreuves de sa vie furent de voir partir les siens. Elle a vécu péniblement le départ de son frère qui s'est noyé à l'âge de 21 ans; il en fut ainsi avec sa sœur, Angèle, décédée d’un cancer à l'âge de 68 ans, après avoir souffert pendant cinq ans avant que les médecins découvrent ce qu'elle avait. Par contre, elle reconnaissait avoir été favorisée de grâces spéciales dont la joie d’accompagner Angèle avant son départ pour le ciel.
Durant près de seize ans, elle a eu la consolation de pouvoir demeurer dans la même ville que ses parents qu’elle a eu le privilège d’accompagner lors de leur dernière maladie. Elle était là au moment du décès de son père des suites d’une anémie pernicieuse, le jour de Noël 1976, et a pu être près de sa mère qui mourut quarante-deux jours plus tard, à la suite de troubles cardiaques.
Retraitée, Sœur Anita se disait heureuse d’assumer de multiples services, soit à la sacristie, à la cuisine, à la distribution de nourriture aux pauvres. Elle aimait visiter les personnes âgées, leur porter le Corps du Christ, précieux réconfort pour ces personnes pieuses et d’une foi profonde. Excellente couturière, en plus de venir en aide à des consoeurs elle a fait de la couture pour le personnel de la Nonciature, en particulier pour Mgr Serge Poitras, aujourd’hui à Rome. Mis au courant du décès de Sœur Anita, ce dernier s’est dit reconnaissant des services qu’elle lui a rendus, toujours dans la joie et la confiance. La veille, le 30 décembre, il avait célébré la messe pour elle.
Toute sa vie, Sœur Anita a dû composer avec une santé fragile. Mais un jour est venu où la maladie fut la plus forte. Courageuse, Sœur Anita accepta sa situation, ne se plaignant jamais; elle saisissait même toutes les occasions de rendre de menus services.
Un jour vint où elle dut rejoindre les malades de la communauté Marguerite-d’Youville au Couvent Mont-Saint-Joseph. Jusqu’à la fin, nourrie de l’Eucharistie et de la Parole, elle demeura fidèle à sa grande dévotion à la Vierge Marie et à saint Joseph.
Après l’épreuve d’une longue maladie, elle partait avec amour et confiance vers Celui à qui elle peut dire éternellement cette Parole qui l'a fait vivre: « Je Te rends grâce, Seigneur, car Tu m'as choisie pour servir en Ta présence! »
Au revoir, Sœur Anita, et merci pour tout!