Dans les mains de la Providence : La vie d'Élisabeth Bruyère

 

Dans les mains de la Providence
La vie d'Élisabeth Bruyère


Traduit de l'anglais: "In the Hands of Providence Life of Elisabeth Bruyère"
Auteure: Soeur Grabrielle L. Jean, sco
Illustration à gauche: Soeur Gertrude Boucher, sco

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Élisabeth et la main directrice de la Providence

Divine Providence,
tu es notre guide dans la vie...

Qui est cette jeune dame distinguée de 21 ans qui cherche l’admission chez les Sœurs Grises de Montréal en mai 1839?… Son comportement démontre une culture et une délicatesse.  Serait-elle d’aristocratie?  Qui est-elle?

Sa jeunesse

Divine Providence,
tu crées et gouvernes toutes choses.

Cette jeune femme n’est autre qu’Élisabeth Bruyère, la future fondatrice des Sœurs de la Charité d’Ottawa, plus communément connues sous le nom Sœurs Grises de la Croix.  Elle est née à L'Assomption, un petit village près de Montréal, le 19 mars 1818.  Son père, Charles Bruguier, un marchand, décéde lorsqu’Élisabeth n’a que six ans.  La jeune veuve, accablée par les affaires complexes de son époux, déménage à Montréal afin de trouver du travail pour soutenir sa fille et ses deux plus jeunes fils.  Là, Élisabeth devient l’élève des Sœurs de la congrégation de Notre-Dame.  Elle a le privilège de recevoir sa première Communion dans la chapelle historique de Notre-Dame-du-Bon-Secours, et est confirmée par Monseigneur Lartigue, premier évêque de Montréal.

La mère d'Élisabeth, remariée, quitte Montréal avec sa famille, en 1829, pour s'établir sur une terre boisée dans un rang perdu de Rawdon, au Québec.  Il n'y existe ni église, ni école. Désireuse de s'instruire, la fillette, non sans déchirement, doit se séparer de sa mère et de ses deux frères cadets. Elle est alors recueillie chez un cousin maternel, M. l'abbé Charles-François Caron, curé de la paroisse Saint-Esprit, voisine de celle de L'Assomption.

C'est à l'école de ce village qu'elle continue ses études sous la direction de mademoiselle Émilie Caron, future cofondatrice des Sœurs de la Providence.  En même temps, le cousin-tuteur s'intéresse vivement à la formation intellectuelle et morale de sa protégée. En 1834, il la juge suffisamment instruite pour prendre en charge la petite école du rang. Élisabeth n'a que seize ans, mais elle surprend déjà son entourage par la distinction de ses manières et le sérieux de son comportement.  Deux ans plus tard, elle est promue à l'école du village Saint-Vincent-de-Paul, à proximité de Montréal. C'est à cette époque que naît sa décision d'embrasser la vie religieuse.

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Devenir une Soeur?

Divine Providence,
tu nous conduis sur le chemin du ciel.

N’est pas claire la raison pour laquelle Élisabeth sent un attrait pour les Sœurs Grises de Montréal et leurs œuvres de charité de préférence aux Sœurs éducatrices de la congrégation de Notre-Dame.   On croit, que lors de son stage d’institutrice à Saint-Vincent-de-Paul, Élisabeth subit l'influence de Sœur Elmire Brault, s.g.m., qui lui fait connaître l'œuvre de Mère d'Youville.

Lorsque Élisabeth fait sa demande d’admission chez les Sœurs Grises de Montréal, elle découvre qu’elle n’a pas les moyens de se procurer le trousseau requis.  Elle fait appel à la famille de sa cousine, et sa générosité lui permet d’être accueillie par les Sœurs Grises le 4 juin 1839.  Sans doute, la main de la Providence guide Élisabeth… car elle s’attend à passer sa vie à quêter et à servir les pauvres, les orphelins, les vieillards, les nécessiteux de tous genres.

La formation religieuse d’Élisabeth se fait tout naturellement et, le 31 mai 1841, elle fait profession.  Grâce à sa maturité et à son expérience, ainsi qu’à son zèle et à ses talents remarqués sans tarder par ses supérieures, on confie à Élisabeth le soin des grandes orphelines.  Sœur Bruyère tient encore ce poste lorsqu’elle est appelée pour la fondation de la mission à Bytown le 8 février 1845.  Elle n’a que 26 ans et a une très courte expérience de la vie religieuse.

Un appel vers Bytown

Divine Providence,
tu es notre refuge.

Mère Beaubien, l’ancienne supérieure, a été le premier choix pour la fondation de Bytown, selon la demande des Pères Oblats.  Frappée de paralysie peu avant le départ choisi, les autorités de Montréal approchent une religieuse d’expérience pour combler le poste, mais celle-ci ne se sent pas de taille pour endosser de telles responsabilités.  À Bytown, il faut des femmes qui peuvent assumer les œuvres de charité et l’éducation des enfants; l’établissement de bonnes écoles est une priorité.  Le 8 février 1845, on demande à Sr Élisabeth Bruyère d’accepter de se rendre à Bytown et d’assumer le rôle de supérieure.  Le groupe de fondatrices quitte Montréal le 19 février 1845.

Fondation à Bytown

Divine Providence,
tu pourvois à toute choses.

Première maisonLe 20 février 1845, Élisabeth Bruyère, accompagnée de trois Sœurs professes, d'une postulante et d'une aspirante, arrive à Bytown, petite localité à triste réputation. Il s'agit d'une jeune ville privée d'aqueduc, d'électricité, de trottoirs, et autres, enfin dépourvue de tout service de sécurité.

Les bagarres occasionnées par l'intempérance et les haines raciales y sont fréquentes. La population cosmopolite de 6,000 âmes compte environ 3,125 catholiques canadiens-français et irlandais.  Les arrivantes logent d'abord au 163, rue Saint-Patrice, petite maison d'emprunt qui abritera les premiers malheureux recueillis de Bytown.

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La compassion à l’œuvre

Divine Providence,
tu es la Mère des orphelins.

Mère Élisabeth Bruyère est vite reconnue tout particulièrement pour son humilité, sa simplicité et sa compassion.  Elle cherche à secourir toute forme de détresse.  Ses entreprises les plus remarquables sont les suivantes.

Dès le 3 mars 1845, s'ouvre la PREMIÈRE ÉCOLE BILINGUE de Bytown; on y inscrit cent vingt élèves de langues française et anglaise. Un modeste hangar de bois, au fond d'une cour adjacente au presbytère, rue Saint-Patrice, permet d'y organiser deux salles de classe.

Le 10 mai 1845, le PREMIER HÔPITAL GÉNÉRAL voit le jour; un pulmonaire de 43 ans, Pierre Éthier, et un mulâtre estropié, Jim McDermott, 21 ans, sont les prémices de cette clientèle souffrante.

Le 30 mai 1845, l'œuvre des ENFANTS TROUVÉS est fondée: la petite Élisabeth Jordan est la première à sourire en ce foyer de tendresse destiné aux orphelins, à l'enfance malheureuse.

La compassion de Mère Bruyère et de ses Sœurs se penche sur tous les besoins de l'heure; elle englobe dans une même charité les initiatives pastorales et les urgences de ce milieu démuni:

- elles inaugurent une école du soir pour les mères de famille; on y enseigne prière, catéchisme, lecture, calcul, notions d'économie domestique;
- elles se dévouent auprès des jeunes filles repenties;
- elles inaugurent la Maison Saint-Raphaël pour les jeunes émigrées sans emploi;
- elles assurent régulièrement la visite aux prisonniers ;
- elles s'adonnent quotidiennement à la visite des malades et des vieillards à domicile;
- elles assistent les agonisants et, au besoin, ensevelissent les morts.

Enfin, aucun service de charité ne reste étranger à leur zèle apostolique.

Gestes héroïques

Divine Providence,
tu es le secours des affligés

L'épidémie du typhus en 1847 met au défi le dévouement de la communauté naissante de Mère Bruyère. Sur le terrain destiné à l'Hôpital Général, on élève des abris de fortune, à l’angle Sussex et Water, pour y recevoir près de 3,000 patients, dont 400 succomberont à la maladie. Les Sœurs Grises soignent héroïquement ces malheureux émigrés irlandais, en dépit du danger de contagion et de la pauvreté des ressources. Travail ardu et répugnant, critiques et vexations, rien n'abat leur courage. Sur les vingt-deux religieuses de la rue Saint-Patrice, dix-sept contractent le typhus; pas une n'a succombé. À la prière confiante de Mère Bruyère, la Sainte Vierge a visiblement protégé ses filles de Bytown.

En 1871, la même charité héroïque inspirera Mère Bruyère lors d'une épidémie de petite vérole qui sévit dans la ville d'Ottawa et ses environs. Tous réclament un hôpital « des picotés », mais personne ne le veut dans son voisinage. Mère Bruyère, à qui on fait appel, accepte d'organiser dans la cour du couvent, un lazaret connu sous le nom d'Hospice Sainte-Anne, à condition d'en garder l'inviolable secret. Pendant plus de deux ans, cinq religieuses et deux domestiques y demeurent séquestrés pour secourir les victimes de la contagion.

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Une ère de fondations

Divine Providence,
tu nous consoles dans notre exil.

Malgré certaines difficultés d'adaptation, la congrégation de Bytown connaît une étonnante expansion. En septembre 1848, sur les instances de Mgr Patrick Phelan, Administrateur du diocèse de Kingston, Mère Bruyère ouvre une école-pensionnat à Saint-André de Cornwall, en Ontario.

En 1855, Mère Bruyère, émue par les misères de ses consœurs de Montréal œuvrant à Saint-Boniface et à Rivière-Rouge, cède ses trois premières missionnaires apostoliques pour leur venir en aide.

Assurée de faire œuvre d'Église, Mère Bruyère, à l'invitation des révérends Pères Oblats, consent à essaimer aux États-Unis en vue de fournir des écoles à la population franco-américaine. Des missions se fondent successivement de son vivant à:

Premier édifice, Buffalo, New York

- Buffalo (1857)     (texte, 100e anniversaire    -  photo >>>)
- Plattsburgh (1860)
- Ogdensburg (1863)
- Hudson (1869)
- Medina (1872)

Pourtant, en terre canadienne, les besoins de l'éducation ne sont pas moins pressants.

Les écoles paroissiales de la ville d'Ottawa fonctionnent avec succès, desservant des centaines d'écoliers de langues française et anglaise, mais les paroisses nouvellement organisées réclament des Sœurs Grises pour la formation des jeunes. Alors, Mère Bruyère, confiante en la Providence, se fait « toute à tous » et multiplie les fondations à un rythme qui dépasse nos prévisions humaines:

- 1866: Témiskaming, au Québec
- 1867: Aylmer, au Québec
- 1867: Montebello, au Québec
- 1868: Pembroke, en Ontario
- 1869: Buckingham, au Québec
- 1869: Ottawa, Pensionnat Notre-Dame-du-Sacré-Cœur.
- 1869: Hull, au Québec
- 1870: Maniwaki, au Québec
- 1872: Gatineau, au Québec
- 1873: Eganville, en Ontario
- 1875: Saint-François-du-Lac, au Québec

Toujours dépourvue de ressources mais débordante de la charité du Christ, Mère Bruyère pourvoit encore au bien-être des orphelins, des vieillards et des laissés-pour-compte par la fondation des établissements suivants à Ottawa:

- 1865: Orphelinat Saint-Joseph (canadiens-français)
- 1866: Asile Saint-Patrice (irlandais)
- 1871: Hospice Saint-Charles

Voilà un bilan qui nous interpelle! Au soir de sa vie, Mère Bruyère l'entrevoit dans une perspective toute surnaturelle: « Le nombre toujours croissant de notre humble famille, les bénédictions diverses répandues avec tant d'abondance sur chacune de nous et sur toutes nos œuvres, tout atteste que notre congrégation des Sœurs de Charité est l'ouvrage de Dieu seul! » (24 décembre 1875)

Une femme forte s'éteint

Divine Providence,
tu es notre salut et notre seule espérance.

Pendant 31 ans, de 1845 à 1876, elle assuma la responsabilité de sa congrégation en dépit d'une santé frêle et de mille tracas financiers.

Dès 1875, elle se sent gravement atteinte: soins, repos, prières de ses filles, tout s'avère inefficace. Elle s'endort doucement dans la paix du Seigneur, le 5 avril 1876, âgée de cinquante-huit ans. Mgr J.-T. Duhamel, évêque d'Ottawa, accorde à la congrégation l'insigne privilège de conserver le cœur de sa Fondatrice.

Le 7 avril suivant, le corps est inhumé dans le caveau funéraire de la cathédrale Notre-Dame d'Ottawa.

Le 30 avril 1879, les restes mortels de Mère Élisabeth Bruyère sont transférés au cimetière Notre-Dame d'Ottawa.

Enfin, le 5 avril 1966, au soir du quatre-vingt-dixième anniversaire de sa mort, on procède à la translation des restes vénérés de notre chère Mère Fondatrice. Au son des cloches de la cathédrale, comme en 1845, Mère Élisabeth Bruyère rentre dans sa maison, celle qu'elle avait bâtie dans l'espérance et le sacrifice. Elle repose maintenant dans le sarcophage de travertin blanc, à l'Oratoire précédemment dédié à Mère d'Youville. Le souvenir de la Mère est de ce fait lié à la présence de la fille.

Sur ce modeste tombeau est scellée l'urne qui conserve le cœur de Mère Élisabeth Bruyère, son vrai cœur, son cœur confiant en la Providence, ce cœur entièrement voué

- à Dieu
- à l'Église
- à sa famille religieuse
- à ses œuvres
- à l'humanité.

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Les Sœurs de la Charité d’Ottawa aujourd’hui

Divine Providence,
tu nous donnes la vie,
tu nous conserves et nous gouvernes.

Aujourd’hui, la Sœur de la Charité d’Ottawa est Fille de l’Église dont la compassion s’exprime de diverses façons :

Les Sœurs sont soutenues par leur vie de prière, ainsi que par leur vie fraternelle et communautaire.

La congrégation a évolué au cours des ans.  Les Sœurs de la Charité d’Ottawa se trouvent au Canada, aux Etats-Unis, au Lesotho, en République d'Afrique du Sud, au Malawi, en Zambie, au Japon, au Brésil, en Haïti, au Cameroun et en Thaïlande.

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